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[Cannes, Compétition ] Wes Anderson sublime les pages du French Dispatch

[Cannes, Compétition ] Wes Anderson sublime les pages du French Dispatch

12 juillet 2021 | PAR Yaël Hirsch

De retour en compétition après Moonrise Kingdom en 2012, le réalisateur américain spécialiste du cocktail imagination/rigueur revient avec un très grand opus. En animant les pages du dernier numéro du magazine «French Dispatch», il offre peut-être enfin aux français leur New Yorker depuis la ville mythique d’Ennui-sur-Blasé.

Alors que son fondateur meurt, The French Dispatch, magazine aux 500 000 abonnés qui interroge le monde en faisant le pont entre Liberty, Kansas et Ennui-sur-Blasé prépare son dernier numéro. Arthur Howitzer Jr. (Bill Murray) refuse de sacrifier des articles longs préparés par ses collaborateurs et qui retracent l’histoire du média de 1925 à 1975. Le numéro s’imprime en couleur, en noir et blanc et en animation sur notre très grand écran au fur et à mesure que le rédacteur en chef relit les papiers. Souvent, les protagonistes ont fait un peu de prison ou travaillent au commissariat… Et le magazine raconte aussi bien une révolte étudiante (avec Timothée Chalamet en révolutionnaire joueur d’échecs) que la création de la cote d’un grand criminel / grand artiste en prison (avec Léa Seydoux en muse-gardienne).

L’imagination triomphe

On retrouve dans ce French Dispatch le meilleur de Wes Anderson : du nom du bled, aux travellings arrière de la caméra, l’imagination est au pouvoir dans un élan de créativité qui est absolument irrésistible. On rit énormément, avec tendresse, et mille détails nous émerveillent tandis que le conseil du rédacteur en chef nous touche au cœur : écrire comme si c’était authentique. C’est sur cette notion d’authenticité que Wes Anderson nous titille et nous fait réfléchir.

Une nostalgie familière et drolatique

Ainsi, la nostalgie francophile et américaine huppée fonctionne à plein, dans une ville de carte postale où les poursuites de voitures ont lieu en voiture et où les policiers piègent les criminels en leur envoyant un chef – pire qu’une bombe. Le casting fleuve de stars du film fonctionne à plein, comme si Benicio del Toro, Adrien Brody, Tilda Swinton, Léa Seydoux, Frances McDormand, Timothée Chalamet , Lyna Khoudri, Jeffrey Wright, Mathieu Amalric, Elizabeth Moss, Stephen Park, Bill Murray, Liev Schreiber, Elisabeth Moss, Edward Norton, Willem Dafoe, Lois Smith, Saoirse Ronan, Christoph Waltz, Cécile de France, Guillaume Gallienne, Jason Schwartzman, Tony Revolori, Rupert Friend, Henry Winkler, Bob Balaban, Hippolyte Girardot et Anjelica Huston pouvaient sortir l’un après l’autre sans nous perdre des 80 pages du magazine. 

Donner leur New Yorker aux Français

Mais alors qu’on s’imagine fortement le New Yorker derrière les illustrations typiques et les textes généreux (et aussi l’idée que le poétique peut être « en bien » ou « en mal ») de ce French Dispatch, on s’émerveille, et nous, journalistes français, sommes heureux que ce soit Wes Anderson qui nous l’offre. 

The French Dispatch, de Wes Anderson, USA, 2021, Disney, sortie le 22 octobre 2021. En compétition.

visuel affiche du film

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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