A l'affiche

[Critique] « La Reine des Neiges », Disney irrite et émerveille dans son conte de Noël bâclé

[Critique] « La Reine des Neiges », Disney irrite et émerveille dans son conte de Noël bâclé

23 décembre 2013 | PAR Gilles Herail

D’une splendeur visuelle véritablement bluffante, Frozen est malheureusement bien trop caricatural dans l’application d’une méthode Disney usée jusqu’à la corde. Franchement décevant.

[rating=2]

 Les Mondes de Ralph, Raiponce et même Bolt avaient marqué une entrée imparfaite mais prometteuse de Disney dans l’animation 3D et la modernité. Avec une bonne réponse du public, qui semblait apprécier ce changement de cap longtemps attendu. Après l’énorme succès de Raiponce, Disney a donc décidé de se plagier avec une nouvelle princesse girly qui n’a malheureusement ni le charme ni la verve de l’originale. Anna, l’héroïne, est transparente, inexistante, sans aspérités, et semble n’intéresser personne à part son cliché de brute au grand cœur, transporteuse de glaçons de profession. Pendant près d’une heure, le dessin animé laisse place à une comédie musicale sans inspiration, bêtement cul-cul, où madame fait des petits pas de danse en s’émouvant de tomber amoureuse en moins de trente secondes. La comparaison avec la magique Princesse et la Grenouille où la 2D traditionnelle donnait une fluidité incroyable aux danses endiablées et à des chorégraphies burlesques virevoltantes sur fond de jazz et de vaudou au cœur de la Louisiane. Les chansons sont ici une pop molle la plus neutre possible, sur lesquelles des voix stéréotypées s’enflamment sur des paroles limitées.

On prend plus de plaisir en rencontrant certains seconds rôles. Un renne et un bonhomme de neige, notamment, qui apportent une touche d’humour bienvenue et efficace. Les premières minutes, très bien réalisées, épiques et émouvantes, laissaient espérer un autre film. Qui aurait aurait choisi l’autre sœur comme héroïne. Cette Reine des neiges prisonnière de son secret et de pouvoirs immenses qu’elle est incapable de contrôler. Mais qui se retrouve malheureusement reléguée en second plan pour laisser la place à une héroïne plus jeune et à laquelle Disney espère que les petites filles vont s’identifier plus facilement. Et c’est bien dommage car le thème de la glace et de la culpabilité étaient riches. Que la magie visuelle opère à fond quand le film laisse exploser son imagination dans des créations glacées somptueuses et des architectures incroyables. On regrette que la paresse du scénario, de l’écriture des chansons et d’une conclusion expédiée en deux minutes laissent une vraie sensation d’inachevée et gâchent notre plaisir. On repense alors à la Rebelle de Pixar qui avait peut être été sous-estimée. Car Merida était d’une autre trempe et la relation avec sa mère autrement plus complexe. La Reine des Neiges n’est qu’un véhicule, certes féerique, pour interposer des moments clipesques dans une histoire linéaire sans intérêt.

Gilles Hérail

La Reine des Neiges, un film d’animation de Chris Buck et Jennifer Lee, sortie le 4 décembre 2013, durée : 1h42

Visuels : © photos et bande-annonce officielles du film
[Live report] L’orchestre National de France et J-C Casadesus dans Franck et Poulenc
[Critique] « Tonnerre » de Guillaume Brac, beau film d’amour blessé
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *