A l'affiche

[Critique] « Tonnerre » de Guillaume Brac, beau film d’amour blessé

[Critique] « Tonnerre » de Guillaume Brac, beau film d’amour blessé

23 décembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

Tonnerre1

Après son merveilleux Un monde sans femmes, Guillaume Brac livre son premier long métrage : il y est question d’amour passionnel, d’amour filial et de paysages. Sombre et lumineux, ce Tonnerre est une belle réussite. Sortie le 29 janvier.

[rating=4]

Dans la petite ville de Tonnerre, en Bourgogne, Maxime, qui est un rockeur connu (Vincent Macaigne), revient passer quelque temps chez son père (Bernard Ménez). Guillaume Brac est un cinéaste des paysages, des lieux : dans Un monde sans femmes (2012), Sylvain (Vincent Macaigne, déjà, actuellement à l’affiche du très réussi 2 automnes 3 hivers) n’avait jamais quitté Ault, petit endroit beau et triste. Ici, c’est le contraire : Maxime habite Paris, il est de passage à Tonnerre. Il n’est plus le jeune homme empêché par sa timidité du film précédent. Star du rock, Maxime maîtrise bien sa séduction, il est à l’aise dans son corps (Vincent Macaigne livre une belle scène de danse) et dans sa vie d’artiste. Sa rencontre avec Mélodie, une toute jeune fille jolie comme un cœur et décontractée (Solène Rigot) donne lieu, presque naturellement, à une idylle. La première moitié du film est ainsi imprégnée d’une atmosphère de Paradis perdu, où les sapins et les jeux dans la neige semblent sortis d’un conte de fées ou d’un poème de Musset.

Soudain, Mélodie, comme Albertine, disparaît et tout bascule. Le bel équilibre, la joie de vivre et même la santé mentale s’effondrent d’un coup. Guillaume Brac parvient à filmer ce point de rupture en nous communiquant une émotion trouble, vive. La disparition, l’absence d’explication, renvoient Maxime à un autre épisode d’abandon, qu’il croyait surmonté. Il y a longtemps, son père avait brusquement quitté sa mère, alors malade d’un cancer, pour une toute jeune femme. Le motif de la disparition (Solène Rigot s’appelle justement Mélodie, Maxime est musicien) revient le hanter, comme par surprise. Cette résurgence est filmée en une sorte de plongée hallucinée. Il y a des symboles, presque à l’état pur. L’amour-passion, la blessure narcissique, la relation avec le père, la nature, la musique. Et l’ensemble rayonne d’une belle fluidité, comme si chaque élément intégrait naturellement sa place. Ainsi, Bernard Ménez, acteur de Rozier, admiré par Guillaume Brac, incarne ce père séducteur, désinvolte et désarmant. Comme dans le court métrage Le Naufragé, ce père fantasmé fait du vélo pour oublier les soucis du quotidien. Maxime, lui, fait de la musique, et c’est Rover qui prête sa voix à Vincent Macaigne. Le film se dirige vers des contrées sombres, éclairées par des échappées bizarres.

Tonnerre est un film intime et ample, insolite, d’une belle intensité.

Tonnerre, de Guillaume Brac, France, 1h40, avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Ménez, Jonas Bloquet, Hervé Dampt, Marie-Anne Guérin. Sortie le 29 janvier 2014.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

[Critique] « La Reine des Neiges », Disney irrite et émerveille dans son conte de Noël bâclé
Voyage entraînant avec Ali Baba de Macha Makeïeff au Théâtre national de Chaillot
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *