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[Critique] « Carrie la vengeance », mauvaise adaptation d’une histoire qui reste toujours aussi puissante

[Critique] « Carrie la vengeance », mauvaise adaptation d’une histoire qui reste toujours aussi puissante

07 décembre 2013 | PAR Gilles Herail

Multipliant les fautes de goût, le penchant pour l’ésotérisme de pacotille et parfois approximatif dans sa direction d’acteurs, le remake de Carrie n’arrive pas à la cheville du roman de Stephen King et du film de De Palma. Mais l’histoire révoltante d’une mise à mort sociale et d’une vengeance sanguinaire reste d’une puissance émotionnelle intacte.

 

 

[rating=2]

Carrie est sûrement l’un des meilleurs romans du maître du fantastique. Injustement présenté comme appartenant au genre horrifique, Carrie est avant tout un instantané de violence psychologique et de mal-être adolescent qui explose comme dans Elephant. Les privations, les coups bas, la cruauté gratuite, le fondamentalisme religieux. Une accumulation de frustrations et d’humiliations qui précèdent une éclaircie, un moment de bonheur tant attendu lors d’une soirée parfaite. Un instant gâché. Souillé par du sang de porc. La goutte qui fait déborder le vase et déclenche la fureur vengeresse incontrôlable d’une adolescente poussée à bout. Carrie est fidèle à la trame et aux séquences fortes du roman et du premier film. La terreur que provoque l’arrivée des premières règles et le regard perdu d’une jeune fille nue qui pense qu’elle est en train de mourir et se voit jeter des tampons à la figure par ses camarades hilares. La mère dévote persuadée d’avoir engendré le diable, qui maintient sa fille dans un cocon noir de repentance permanente.  Et puis cette scène finale où la violence atteint son paroxysme. Quand le lycée est détruit et les bourreaux taillés en pièce.

La réalisatrice, Kimberley Peirce, a du mal à gérer son film. On sent la pression d’un studio qui veut présenter le film comme un énième direct-to-vidéo d’horreur gore avec une touche de X-men. On perçoit aussi le manque de personnalité dans la direction d’acteurs qui hésitent et dérivent parfois vers le grand guignol (Juliane Moore et Chloé Moretz parfois en roue libre). Des effets spéciaux trop nombreux et étonnamment ratés et une fin qui s’éternise là où le film aurait dû conclure sur le bain de sang du lycée. Et pourtant, malgré ses défauts et l’impression d’un travail bâclé, Carrie reste un film d’une grande force. Grâce à la puissance de l’œuvre originale. Il y a une forme de jusqu’au-boutisme dans la description du trouble adolescent et du harcèlement (qui semble toujours tabou au regard de la polémique sur l’excellent clip d’Indochine). Un récit expiatoire coup-de-poing qui utilise le fantastique et les références ésotériques pour raconter un drame beaucoup plus simple, beaucoup plus personnel. Carrie première version était bien plus réussi, mais les adolescents ne l’ont pas vu et ne le verront sûrement pas. Donnons donc une chance à ce remake moyen qui permettra cependant à une nouvelle génération d’être hantée par la détresse et la fureur de ce personnage hors du commun.

Gilles Hérail

Visuels : © affiche, photo et bande annonce officielles du film
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Gilles Herail

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