Cinema
41e festival Cinéma du réel : palmarès et courts-métrages percutants

41e festival Cinéma du réel : palmarès et courts-métrages percutants

25 mars 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

La clôture de l’édition 2019 du festival international de films documentaires s’est faite avec la reprise des films récompensés par des prix, décernés par différents jurys. Parmi ceux-ci, on a pu découvrir des courts-métrages marquants. 

La 41e édition de Cinéma du réel s’est terminée le dimanche 24 mars, avec, au soir, la reprise du film lauréat du Grand Prix du festival : Bewegungen eines nahen Bergs, signé par l’Autrichien Sebastian Brameshuber et consacré à Cliff, immigré nigérian qui récupère les pièces détachées sur des carcasses de voiture puis en fait commerce (à la clé avec ce prix : 8 000 euros ; doté par la Bpi avec le soutien de la Procirep). Le public s’y pressait, la séance était pleine. Côté récompenses, au sein de la même section du Festival (la Compétition Internationale), le Prix international de la Scam est allé couronner This Side of History, de l’Américain John Hulsey (à la clé : 5 000 euros ; doté par la Scam). 

Courts percutants

Côté courts, outre le Prix Tënk (allé au film Vivir alli no es el Infierno…, de Javiera Véliz Fajardo ; un prix doté à la hauteur de 500 euros, en achat de droits de diffusion SVOD sur la plateforme Tënk), le jury Courts-Métrages a choisi de distinguer Dans l’oeil du chien, de Laure Portier. Le film a donc reçu 2 500 euros de la Bpi, et 1 000 euros de prestations techniques de Cinécim Vidéo. On a pu découvrir, lors de sa reprise, ce court aux images imprégnées de mystère. Sa réalisatrice y affronte la mort prochaine de sa grand-mère, avec un œil sans pathos, en enregistrant son quotidien, chez elle, dans une atmosphère sèche. Avec beaucoup de tristesse qui court, souterrainement : cette vieille dame souriante est en effet atteinte d’une maladie qui ronge son visage. Ses effets ne seront pas montrés en détails : on verra juste certains endroits de la tête de ce personnage central se couvrir de pansements. Puis, au détour d’un plan, on s’apercevra soudain que son nez a disparu, sous le bandage… Lumière crue mais réelle, figure centrale saisie avec grâce malgré ces graves accidents de vie (jamais soulignés, jamais dramatisés exprès), et questionnements ouverts (la cinéaste questionnant sa grand-mère sur sa mère à elle, à la personnalité compliquée) : tel est le menu de ce film court très marquant, douloureux et sans concessions mais très pudique, aussi.

Ce même soir, le court lauréat du Prix du public – Première fenêtre – décerné par les internautes via Mediapart – a également été projeté : J’suis pas malheureuse, de Laïs Decaster, propose, lui, une atmosphère assez différente, parsemée d’angoisses elle aussi cependant. La jeune réalisatrice y présente des portraits éclatés de ses amies, filmées périodiquement pendant ses études à elle. Et dans ce film sur le réel d’une quarantaine de minutes, les fragments retenus, et ce qu’ils montrent du passage du temps, sont des éléments qui marquent. Au soleil au coeur d’un espace vert, ou entre filles dans un appartement, ces copines tentent de grandir et d’évoluer ensemble, et s’interrogent, derrière les propos qu’elles tiennent, sur les manières d’y parvenir. La réalisation sur le vif de Laïs Decaster, soutenue par son montage, offre des fragments de conversation à la fois énergiques, et en même temps porteurs d’angoisses souterraines quant à l’avenir ou au présent, parfaitement perceptibles. Ces interrogations composent au final un ensemble prenant. On souhaite une bonne suite de route à ces talentueuses réalisatrices. Beau point d’orgue pour une édition qui nous a fait découvrir, en Compétition Internationale, le beau Campo (article ici), ou Le Procès de Sergei Loznitsa en avant-première (article sur ce film vaste ici).

Les autres prix

Le jury Longs-Métrages a distingué cinq films : le Prix de l’Institut Français – Louis Marcorelles (7000 euros ; doté par l’Institut Français) et le Prix Loridan Ivens – Cnap (à la clé : 6500 euros ; doté par Capi Films et le CNAP) ont couronné Nofinofy, de Michaël Andrianaly, film consacré à Roméo, coiffeur itinérant de Madagascar, qui brasse toutes les rumeurs de l’île dans ses différents salons. Pour le Prix de l’institut Français, une Mention spéciale est en prime allée à Green Boys, d’Ariane Doublet (réalisatrice célébrée des Terriens ou des Sucriers de Colleville).

Quant au Prix Loridan Ivens, il a distingué un film Ex-aequo, avec Nofinofy, à savoir Hamada, d’Eloy Dominguez Serén, consacré à de jeunes habitants du Sahara, pris entre les feux des pays revendiquant ce désert (le jury des Jeunes a également remis son Prix à ce film, avec à la clé 15 000 euros dotés par Ciné+ sous forme d’achat de droits). Et le Prix L. Ivens a également recelé cette année une Mention spéciale, remise à Capital retour, du Français Léo Bizeul. Quant au Prix de la musique originale, remis par le même jury (à la clé : 1000 euros ; doté par la Sacem), il a salué Los suenos del castillo, de René Ballesteros, film qui peint l’existence dans une prison pour adolescents au Chili.

Dans les autres catégories, outre une Mention spéciale du côté du Prix des jeunes (allée à Present.Perfect, de Shengze Zhu), le Prix des Bibliothèques est allé à Diz a Ela que me viu chorar, de Maira Bühler (2 500 euros ; doté par la Direction générale des médias et des industries culturelles, Ministère de la culture), avec une Mention spéciale pour Learning from Buffalo, de Rima Yamazaki. Le Prix du Patrimoine de l’immatériel est allé, lui, à Forbach Swing, de Marie Dumora, réalisatrice de l’acclamé Belinda, présenté à Cannes à l’Acid (à la clé : 2 500 euros ; doté par le Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique, Ministère de la culture).

Quant au Prix des Détenus de la Maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, il est venu saluer L’Immeuble des braves, où la Bulgare Bojina Panayotova enquête autour d’un immeuble délabré, impliqué à un moment de son existence dans la Grande Histoire.

Visuel : Dans l’oeil du chien © Gaëlle Jones (Perspective Films), Julien Sigalas (Stempel)

« Together_till the end » : la transe répétitive d’Arno Schuitemaker
Hélène Guilmette nous parle des Boréades à l’Opera de Dijon
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture