Galerie

FIAC 2013 : de l’Intime au Monumental sous la nef du Grand Palais

FIAC 2013 : de l’Intime au Monumental sous la nef du Grand Palais

23 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Alors que les 184 galeries venues de 25 pays pour poser leurs plus belles œuvres sous la nef du Grand Palais s’apprêtent à ouvrir leurs portes au grand public demain et jusqu’au 27 octobre,le « IN » de la FIAC oscille entre monumentalité et cabinet de curiosité. Une édition 2013 qui sait varier les volumes mais manque un peu de saveur.

[rating=3]

Les brochures qui accueillent les professionnels au Grand Palais, ce mercredi 23 octobre ont beau toutes titrer que la FIAC ne connaît pas la crise, comme c’est le cas depuis longtemps, l’on trouve sous la nef du Grand Palais des pièces de musée et des artistes qui « vendent ». Peu de photo, pas de vidéo et un double jeu marchand assez efficace : soit l’oeuvre monumentale qui attire l’œil du public et permet de sortir son épingle du jeu, soit le dessin intime sous-titré « pour les connaisseurs » et volontiers un tantinet érotique pour parler à autre chose que l’âme du collectionneur.

Parker ItoCette règle se confirme à l’étage, très haut perché, où les « plus jeunes » galeries suivent la tendance dans 4 halls assez exigus et où il est pourtant difficile de déployer des installations immenses. On regrette vraiment beaucoup que cet art un peu plus pointu n’ait plus la cour carrée comme terrain de jeu, car désormais, des galeries comme Jousse entreprise nous montrent plus des maquettes pour aller voir ses artistes dans les off, que les œuvres des artistes eux-mêmes. Mais certains, comme la New Galerie parviennent à faire du monumental dans de l’exigu, avec une installation déchaînée du mordu de junk food, Parker Ito (ci-contre).

Ai weiweiDu Monumental, donc pour commencer, avec dès l’entrée un grand arbre de bronze, qu’on pourrait croire rescapé de l’exposition Penone à Versailles, mais il n’en est rien : cette oeuvre unique présentée par la galerie Sprüth Magers est une création de l’artiste dissident chinois Ai Weiwei (ci-contre). L’on retrouve du grand et du très grand question installation où on l’attend : sous la nef, avec entres autres une Ferrari revue et corrigée par Bertrand Lavier en « dino » chez Yvon Lambert, une colonne immense de Dubuffet chez  Waddington Custot et un drôle de ET géant signé Markus Oehlen chez Hans Mayer. Mais le scuptural se glisse aussi dans les recoins les plus cachés. Avec tout de même un mélange de matières phénoménal et de l’humour pop en bonus : Darren Lago reprend le Balzac de Rodin en « Mickey de Balzac » chez Annely Juda, YUE Minjun repeint en bleu vif un Homme tao en explosion de rire chez Daniel Templon et Mona Hatoum étale ses seins rouges et prisonniers dans une installation plus horizontale chez Max Hetzler et Julien Audebert empile les sacs contre un mur chez Art: Concept. Surtout, le monumental attire l’œil sans avoir à être ultra-classique et c’est l’occasion de découvrir certains artistes peut-être un peu moins muséaux.

Enfin, à la galerie brésilienne Nara Roesler, Lucia Koch ouvre (ou ferme) deux de ses grandes structures.  Nous avons adoré les deux hommes assis en suspension sur leur banc de Juan Munoz chez Skarstedt (ci-contre), les miroirs réfléchissants de David Altmedj chez Andrea Rosen (qui nous sert d’ailleurs d’affiche pour cet article) et l’élégance géométrique des immenses sculptures de Boetti chez Tornabuoni Art.

kader attiaBonne transition entre le monumental et l’intime parce qu’il interroge justement la mémoire et le monument dans une installation conséquente mais cachée dans un repli du Rez-de-Chaussée, Kader Attia à la Galerie Nagek- Draxler est probablement notre coup de cœur de cette FIAC 2013 avec « Il n’y a pas de hiérarchie en art », une phrase de André Malraux qu’il retourne comme un gant en posant la question de l’art tribal et de l’empreinte coloniale …

monotaureDu côté intime de la force, la galerie Minotaure lance la tendance avec une exposition « Sexe et abstraction » qui va de Kupka à  Annette Messager (image ci-contre) en passant par les surréalistes. A côté la Galerie Ubu propose de fort jolis collages érotiques fourgues de Georges Hugnet et des clichés de Hans Bellmer. Les toutes récentes lenticulaires (2013) de Christian Boltanski font penser aux cartes sexy et rétro que les élèves du Professor Unrath de l’Ange Bleu confisque à ses élèves (à voir chez Marian Goodman). Plus pop mais tout aussi pin-up sont les rétro-collages de Martha Roesler chez Nagel Drasler. Moins érotiques mais intimes, les collages photos + textes de Victor Burgin sont vintage années 1970. Enfin, l’artiste qui a tout compris et nous offre à la fois une grosse tête de chat et juste derrière des petites images de fillettes est l’artiste japonais Yoshitomo Nara à la Pace Gallery. A l’étage, si le dessin se fait souvent plus conceptuel, Shana Moult offre des trésors d’inventivité girly à la Galerie Crève-Coeur.

Louise BourgeoisCôté best-off du monde de l’art, on remarque une présence moins appuyée des modernes et pour les  contemporains, vous verrez plusieurs Basquiat et des Dubuffet à tomber, un Nikki de Saint Phalle irrésistiblement vert chez Vallois, du Calder chez Van de Weghe et un autoportrait magique de Garouste chez Daniel Templon. Coup de coeur? Un autre autoportrait : I go to pieces – my inner life, de Louise Bourgeois chez Hauser & Wirth (ci-contre). Enfin, notez qu’alors que le Centre Pompidou lui dédie une rétrospective, Poliakoff est en solo show très fourni chez Applicat-Prazan.

Finalement, dans cette FIAC qui attire l’œil avec du coloré monumental et sait garder le regard attaché par des miniatures sexy, le seul lieu d’austérité artistique est l’alcôve du prix Marcel Duchamp, qui sous une affiche aussi noire que les corbeaux de l’hiver, abritait 4 concurrents plutôt très cérébraux. A lire dans notre article-dédié.

En conclusion, cette année pas de tempête sous la nef, pas même un petit scandale préparé chez Perrotin; les galeries restent classiques et presque sagement abordables en attendant que les temps soient plus propices à une débauche de créativité. Mais il est des œuvres, qui, comme chaque année à la FIAC, valent bien le voyage…

IMG_1986Pour l’inventivité, rendez-vous aux Hors les murs et aux Off.

Toute La Culture couvre :

Cutlog

Slick

Art Elysées

et le prometteur YIA.

Photos : Frankie et Nikki.

Infos pratiques

Prada, collection particulière de Noël pour le Printemps
Le futur prix Marcel Duchamp est à la FIAC
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *