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« Be my guest », une expo née du confinement

« Be my guest », une expo née du confinement

30 mai 2020 | PAR Laetitia Larralde

Réouverte depuis le 12 mai dernier, la galerie Anne Barrault présente Be my guest, une exposition collective née des contraintes imposées par le confinement. Une sélection d’œuvres qui questionne sur le rapport au temps et à l’espace.

Pensée pendant le confinement, l’exposition Be my guest joue avec les contraintes et les frustrations d’une situation hors normes. En effet, le choix des œuvres est limité à celles déjà sur place, ou du moins en France, car le transport d’œuvres entre pays est suspendu. La galerie Anne Barrault a donc puisé dans ses réserves et a décidé d’inviter quatre artistes extérieurs, telles que la jeune Neïla Czermak Ichti, encore étudiante aux Beaux-Arts de Marseille, ou la chorégraphe Mathilde Monnier.

Privée de vernissage, l’exposition s’articule en deux temps : un premier volet en mai, le second en juillet pour un total de treize artistes. Le but de ces deux accrochages étant de proposer au public une alternative aux musées encore fermés, d’établir un lien, nouveau ou non, à la galerie, tout en donnant l’espace nécessaire aux œuvres.

L’épidémie a eu un impact important sur le monde de l’art. Les musées ont souvent pu reporter ou prolonger leurs expositions temporaires, sous réserve d’accord des assurances et de disponibilité des œuvres, mais les salons et les foires d’art contemporain ont pour beaucoup dû annuler l’édition 2020. La galerie Anne Barrault a donc décidé d’atténuer la frustration de ne pas pouvoir présenter le travail de ses artistes en le faisant à domicile, tout en leurs montrant son soutien.

Be my guest est également une façon de rappeler, en montrant des œuvres encore inédites dans la galerie mais déjà intégrées dans le circuit artistique, l’importance pour l’artiste du réseau des musées, centres d’art, galeries et lieux de résidences. S’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact réel du confinement sur les artistes, ceux qui ont eu la capacité de continuer à créer ont assurément dû s’adapter à des contraintes matérielles nouvelles, comme le manque de matériel, ou l’impossibilité d’accéder à son atelier.

Les œuvres des six artistes présentées dans ce premier volet de l’exposition partagent différentes visions de l’idée du déplacement, à la fois temporel et spatial. On peut, par exemple, admirer les quatre-vingts pages de l’album Atelier de Jochen Gerner, récemment publié par L’Association. Ce carnet, qui regroupe les dessins « sous contrainte » faits pendant que l’artiste téléphonait, déploient devant nous dix ans de conversations, chaque page prenant deux à trois mois.

le temps s’écoule également dans l’œuvre The Shape of distance de Stéphanie Saadé, qui matérialise le passage de l’enfance à l’âge adulte par des prothèses en laiton faisant grandir un bureau d’écolier. Chez Manuela Marques, il s’incarne dans ses compositions végétales Graines, faisant appel à l’idée du cycle de la nature. Les œuvres de David Renaud quant à elles nous font voyager à la suite des marins, au gré des vents et des courants, en suivant ses cartes précises et évocatrices.

Une certaine nostalgie souffle dans l’exposition, entre l’évocation des souvenirs précieux de Stéphanie Saadé, l’ailleurs de David Renaud ou l’accumulation de moments disparus dans les pages de Jochen Gerner. Mais réjouissons-nous que le temps file : il permet ainsi l’apparition de nouveaux talents tels que Neïla Czermak Ichti.

Be my guest, Galerie Anne Barrault
51 rue des archives, 75 003 Paris
Ouvert du mardi au samedi, de 11h à 19h

visuels : 1- David Renaud, Les courants océaniques, 2012 – crayon de couleurs et mine de plomb sur papier -72 x 102 cm – Courtesy de la galerie Anne Barrault / 2- vue de l’exposition, LL / 3- Stéphanie Saadé, Golden Memories, 2019 – Ancienne photographie, feuille d’or, 42 x 31 cm – Courtesy de la galerie Anne Barrault / 4- Jochen Gerner, série Atelier – 3, 2009-2019 – technique mixte, 21 x 14,7 cm – Courtesy de la galerie Anne Barrault

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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