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Vincent Bioulès, de l’abstraction à la figuration

Vincent Bioulès, de l’abstraction à la figuration

15 juillet 2019 | PAR Laetitia Larralde

En parallèle de l’évènement qu’est le lancement du MO.CO. à Montpellier, le musée Fabre propose un exposition monographique sur Vincent Bioulès. Parcours dans soixante ans de carrière entre abstraction et figuration, et toutes les possibilités entre.

En plus des expositions Distance intime du tout nouvel Hôtel des Collections et La Rue de la Panacée, le lancement du MO.CO. (voir notre article) s’est associé à la ZAT, Zone Artistique Temporaire. Habituellement centrée sur les arts de rue et le cirque, la ZAT se tourne cet été vers l’art contemporain en réactivant 100 artistes dans la rue, manifestation créée en 1970 par le collectif montpelliérain ABC Productions. Ce collectif, comme celui de Supports/ Surfaces, a été fondé entre autres par Vincent Bioulès, que le Musée Fabre met à l’honneur jusqu’à l’automne.

Cette grande rétrospective est l’occasion de découvrir les soixante ans de carrière d’un peintre souvent trop vite résumé à sa participation au groupe d’avant-garde Supports/Surfaces. Car bien qu’étant l’un des membres fondateurs, il n’y resta que de 1970 à 1972, pour quitter ensuite l’abstraction et revenir à la figuration. Si le revirement peut sembler radical, il semble aussi être le signe d’un besoin de retour de la peinture vers le réel. Car que peut-on faire après le monochrome ? Après s’être inspiré des avant-gardes américaines, avoir poussé l’abstraction jusqu’à éliminer le sujet de l’œuvre, que peut-on représenter ? Comment pousser encore plus loin une réflexion qui semble avoir été épuisée ?

C’est avec ce besoin de se relier au réel que Vincent Bioulès retourne à la figuration. Il s’empare des grands thèmes de la peinture classique du XIXème siècle : le nu, le portrait et le paysage. Mais figuration n’est pas synonyme de classicisme, et c’est avec un œil moderne qu’il aborde ces thèmes. Son travail se divise aisément en grandes séries, qu’il va suivre sur de très longues périodes. Le nombre de sujets est limité, Vincent Bioulès privilégiant le travail répété d’un motif par toutes les déclinaisons possibles jusqu’à s’en libérer. Certains thèmes sont d’ailleurs récurrents depuis le début de sa carrière, comme les marronniers, ou les fenêtres, et on constate que la répétition permet la libération du geste pictural.

Peindre le réel ne signifie pas non plus réalisme. Vincent Bioulès s’attache à retranscrire sa propre réalité. Comment il perçoit son sujet, souvent issu de son quotidien, ce qu’il ressent vis-à-vis de lui, et surtout conserver le plaisir de peindre avant tout. Dans ses portraits en pied par exemple, il ne cherche pas uniquement à être fidèle aux traits du modèle, mais aussi à reproduire ce qu’il dégage, sa vérité intérieure.

Les influences du peintre sont clairement identifiables. Le trait noir de ses nus fait penser à Bernard Buffet, ses intérieurs à Matisse avec ses perspectives aplaties, ses paysages lumineux à Albert Marquet, ses carnets de voyage à Delacroix. Le tout forme un langage pictural très personnel, qui souvent évoque la bande dessinée, notamment Loustal. L’aspect narratif de ses peintures, le trait cernant la forme, la liberté graphique comparable à celle des romans graphiques, sont des liens indéniables entre l’œuvre de Bioulès et le neuvième art.

Le don récent de ses carnets au Musée Fabre permet de mettre en avant ses œuvres de petit format et son dessin. Ses carnets de voyage, dans la droite ligne de ceux de Delacroix, font montre d’un trait vif et d’un aquarellage intense. Tous ses petits formats, ses « pochades », soulignent que l’activité artistique de Vincent Bioulès ne s’arrête pas à ses peintures grand format. Ses recherches semblent constantes et s’étalent dans ses carnets et ses essais de composition.

Ses paysages à la luminosité qui rappellent l’Algérie d’Albert Marquet, allient la géométrie d’une composition simple constituée de grandes masses à des surfaces texturées proches du pointillisme et à un fort pouvoir narratif. Selon la façon de regarder le tableau, on passe de l’abstraction à la figuration, avec un clin d’œil vers l’impressionnisme. Le résultat envoûte et entraîne dans une rêverie où l’ailleurs se dissout dans la lumière, où l’humain disparaît dans la nature.

Si pour certains la modernité en peinture est venue par le choix de sujets contemporains, pour Bioulès elle passe par le traitement contemporain de sujets classiques. Les scènes mythologiques se transforment en querelles d’amoureux dans les montagnes de la région, la place d’Aix se découpe en grandes masses texturées et son traitement de l’étang de l’or rappelle la division géométrique de ses toiles abstraites, pour donner des paysages d’une sérénité incroyable. Le vocabulaire de l’abstraction est présent, combiné à ces sujets dits classiques mais finalement intemporels, pour une synthèse entre abstraction et figuration des plus réussies.

Vincent Bioulès nous démontre ici que la seule réalité qui vaille la peine d’être peinte est celle du ressenti et des émotions, quelle que soit la forme que prend cette peinture.

Vincent Bioulès – chemins de traverse
Du 15 juin au 06 octobre 2019
Musée Fabre – Montpellier

Visuels : photos L. Larralde

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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