Expos

Le MO.CO. ouvre ses portes à Montpellier

Le MO.CO. ouvre ses portes à Montpellier

07 juillet 2019 | PAR Laetitia Larralde

Le 29 juin dernier, avec l’inauguration de l’Hôtel des Collections, s’est mis en place le MO.CO., pour Montpellier Contemporain, nouvel écosystème artistique de Montpellier. Parcours artistique dans la ville.

Le MO.CO. regroupe trois lieux : la Panacée, l’ESBA, Ecole des Beaux-Arts de Montpellier, et le tout nouvel Hôtel des Collections. Il constitue une structure horizontale allant de l’enseignement à l’exposition de l’art, en passant par sa production. Porté par la ville et par son directeur artistique Nicolas Bourriaud, co-fondateur du Palais de Tokyo et ancien directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, le projet adopte une forme inédite.
Le MO.CO. s’appuie sur les institutions existantes, telles que le Musée Fabre ou Montpellier Danse, et vient compléter l’offre culturelle de la ville qui péchait en matière d’art contemporain. Pensé comme un système collaboratif où les trois institutions sont sur un pied d’égalité, les échanges ne pourront qu’être fructueux.
L’inauguration du MO.CO. est portée par deux expositions : Distance intime à l’Hôtel des Collections et La Rue à la Panacée, ainsi que par la ZAT, festival d’art de rue, tourné vers l’art contemporain pour l’occasion.

Distance intime à l’Hôtel des Collections

L’Hôtel des Collections n’a pas de collection propre. Il est destiné à accueillir les collections privées ou publiques internationales. L’espace, pensé par l’architecte Philippe Chiambaretta, se partage entre l’hôtel Montcalm, hôtel particulier de 1816 aux pièces plus contraintes, et des salles d’exposition polyvalentes neuves. Il est voulu comme un lieu de convivialité et inclus un restaurant et une boutique-librairie ouverts sur le jardin et indépendants du musée. Le jardin lui-même est conçu comme une œuvre d’art par Bertrand Lavier, qui a recomposé le parc existant pour en faire une mappemonde végétale en regroupant des plantes des cinq continents.

La première exposition de l’Hôtel des Collections, Distance intime, est consacrée à la collection Ishikawa. Initiée en 2011 par le jeune entrepreneur japonais Yasuharu Ishikawa, la collection est orientée vers l’art conceptuel contemporain. Elle regroupe aujourd’hui deux cents pièces et c’est ici la première exposition de cette envergure qui lui est consacrée.
La commissaire Yuko Hasegawa, directrice artistique du musée d’art contemporain de Tokyo, a sélectionné trente-quatre œuvres de dix-sept artistes internationaux. La forme est variée : sculpture, vidéo, installation ou photographie, tout peut devenir œuvre d’art. On retrouve les cartes postales de la série I got up d’On Kawara, l’aquarium Zoodram 4 de Pierre Huygue ou encore les bannières de Danh Vo. Tous portent un regard critique et distancié sur la société avec la plupart du temps un point de départ intime qui rejoint l’histoire globale.
Malgré la qualité des œuvres présentées, on peut regretter leur côté très hermétique. Le principe de distance est pris au pied de la lettre, et trop souvent elle s’intercale entre l’œuvre et le spectateur. Le parcours proposé est exigeant mais éveille peu d’émotions.

La rue entre les murs de La Panacée

De son côté, La Panacée reprend l’exposition La Rue créée par le musée MAXXI de Rome. On s’interroge ici sur la nature de la rue au travers des œuvres de soixante artistes internationaux. De quoi se constitue cet espace public fluctuant entre la réglementation et le chaos, le jeu des enfants et la manifestation ? Espace de transition entre intérieur et extérieur, canalisant les flux de circulation, n’appartenant à personne et à tout le monde, la rue semble être un support, un cadre polymorphe pour s’exprimer. La frise de Liu Qingyuan The streets of the story nous rappelle les interventions artistiques marquantes ayant pris la rue pour toile de fond de ces artistes pour qui elle permet de se faire entendre. Elle permet également de manifester sa joie ou sa colère, de faire sortir une conviction privée dans le cadre public.
Si l’exposition choisit de ne pas parler d’exclusion ou de marginalisation, elle s’intéresse aussi à la vie dans la rue. Le commerce, la nourriture, la publicité, la rue regorge de propositions d’expériences communes, de partage, voire de violence et d’indifférence.
L’exposition fourmille et nous sollicite énormément, notamment par une grande quantité de vidéos, justifiée par le fait que les écrans sont l’interface privilégiée entre nous et le monde extérieur. Et de ce chaos organisé, on en retient que la rue est un espace mouvant qui se détermine au gré de ce que nous y faisons.

100 artistes dans la rue

Pour poursuivre l’exposition de La Panacée, plongez dans les rues de Montpellier pour la ZAT 2019, la Zone Artistique Temporaire. Habituellement dédiée aux arts de la rue, la saison 2019 a été pensée en lien avec l’ouverture du MO.CO. et s’intéresse à l’art contemporain. En reprenant la formule 100 artistes dans la ville du groupe d’artistes montpelliérains ABC Production qui avait investi l’espace public en 1970, les œuvres investissent les parcs, les vitrines, les places publiques ou les cafés pour créer un parcours reliant les différents lieux du MO.CO. et se prolonge à Sète où treize artistes sont exposés.

Cet été, Montpellier fait son entrée sur la scène internationale de l’art contemporain avec le MO.CO. Une initiative qui devrait produire des réactions artistiques innovantes et inattendues.

 

Distance intime – chefs d’œuvre de la collection Ishikawa
Du 29 juin au 29 septembre 2019
Hôtel des Collections – Montpellier
La Rue, où le monde se crée
Du 8 juin au 18 août 2019
La Panacée – Montpellier
100 artistes dans la ville – ZAT 2019
Du 8 juin au 28 juillet
Montpellier et Sète

Visuels : photos L.Larralde – 1- Pierre Huygue / 2- Ryan Gander / 3- Rosa Barba et Liu Qingyuan / 4-Rirkrit Tiravanija / 5- Nils Alix-Tabeling / 6- Bruno Peinado

Plantes vertes et fonte des glaciers à Vive Le Sujet ! (1) au Festival d’Avignon
Les Faussaires de Manhattan, une histoire vraie de faussaires amoureux des grandes plumes
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *