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Céramiques « Contre-Nature, à l’épreuve du feu » au MO.CO. de Montpellier

Céramiques « Contre-Nature, à l’épreuve du feu » au MO.CO. de Montpellier

31 août 2022 | PAR Rachel Rudloff

Le MO.CO. Panacée, cœur de l’art contemporain à Montpellier, propose de redécouvrir la céramique comme vous ne l’avez jamais vue. Loin de sa fonction utilitaire première, elle devient œuvre d’art, organique, puissante, envahit l’espace, fusionne les éléments -la terre, le feu, l’eau. A voir d’urgence avant le 4 septembre.

 

Transformation et magie

Loin de nous donner à voir un historique de la céramique, le MO. CO. nous ouvre les portes de la céramique contemporaine, sous toutes ses formes. Longtemps décriée, c’est en effet une pratique qui revient à la mode chez beaucoup de plasticiens, mais aussi dans les écoles d’arts. Toujours innovant, l’art de la céramique étonne, interroge notre rapport à la nature et notre humanité : à la frontière philosophique entre art et artisanat, Numa Hambursin parle même de « réhabilitation de la figure de l’alchimiste« , cette figure folle qui prétend s’élever au-dessus des lois de la nature.

« Tu m’as donné ta boue et j’en ferai de l’or« , si la céramique était un vers de poésie, ce serait définitivement celui-ci. Les dizaines d’artistes exposés s’amusent des métamorphoses, des trompe-l’œil en jouant avec le spectateur, le faisant naviguer entre naturel et artificiel. Le japonais Takuro Kuwata, s’inspirant par exemple des codes très précis de la céramique utilitaire du Japon (des services à thé, des assiettes etc), s’amuse grâce au kinsuki (technique de réparation de la porcelaine brisée avec de la poudre d’or) à refaçonné ses objets, en provoquant des formes accidentelles mais maîtrisées, qui évoque à la fois des volcans et des gâteaux.

Cette transformation du naturel vers de l’artificiel, cette métamorphose est aussi symbolisée par la présence des masques, figure récurrente de l’exposition. Dans le travail de Julie Béna par exemple, à l’origine comédienne, qui a voulu garder un lien entre la céramique et les arts du spectacle par la matérialisation de la performance -que l’on retrouve par exemple dans sa technique, qui consiste à frapper la terre jusqu’à ce qu’elle s’éclate.

Parfois la métamorphose, la transfiguration est encore plus graphique, comme dans le travail reconnaissable entre mille de Claire Lindner. De longs boudins colorés, auxquels elle semble avoir donné vie. Elle trouble les matières : les matières dures et solides semblent être en mouvement et se déplacer d’elles-mêmes, dans un aspect souple et doux. Ainsi, la céramique, comme le rappelait Numa Hambursin, mélange les techniques les plus archaïques à celles les plus novatrices pour sembler défier les lois de la nature, dans des formes fantasques, organiques et étranges.

 

Défier les lois de la nature

« Il m’apparaît que la céramique et les NFT sont les deux faces d’une même pièce angoissante, celle d’un monde entre deux rives« . La céramique angoisse, questionne, par son aspect bizarroïde et extravagant. Mais ne vous faites pas d’idées préconçues : il existe autant de sortes d’œuvres d’art que d’artistes exposées, et aucune ne sont semblables, on oublierait presque qu’elles ont quelque chose en commun.

Au delà de partager plus ou moins la même technique, les œuvres évoquent presque toutes quelque chose de vertigineux de notre monde : tout en façonnant la terre, maîtrisant le feu et l’eau pour leur donner des formes artificiels, certains artistes semblent attacher au fait de rappeler à travers leurs créations que face à l’infinité du monde et du temps, nous ne sommes rien. C’est le cas d’Anne Verdier dont l’œuvre occupe une salle entière dans une installation noire immersive. Comme pris au piège, le spectateur est obligé d’y jouer son rôle : seul face à un paysage désolé, noir et calciné, comme résultat d’un incendie. L’usage de la céramique fait tout à fait sens : la terre dont se sert l’artiste pour créer vient symboliser la Terre, elle détruite par l’Homme, dont nous pouvons seulement observer les décombres.

Ainsi, la céramique devient une technique de réappropriation d’une Terre en sursis. Ce sont ce qu’évoque aussi les installations de l’italien plasticien Salvatore Arancio, qui travaille à partir d’inspirations d’éruptions volcaniques, qu’il transforme en formes phalliques. Ces excroissances, inspirées de phénomènes naturels, symbolisent pour l’artiste la manière dont la céramique s’extrait de la Terre pour devenir un objet quasi-spirituel, qui élève l’humanité.

Tout au long de l’exposition, la céramique est vue et ressentie comme quelque chose avec une identité et une volonté propre, indépendamment de celle de l’artiste. Elle se fraie son propre chemin, construit et déconstruit les matériaux naturels pour remettre en question toutes nos certitudes et bouleverser notre rapport à la nature.

 

Exposition à voir jusqu’au 4 septembre, visite guidée tous les jours à 15h30.

 

Visuel : affiche officielle de l’exposition

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Rachel Rudloff

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