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Un été culturel à Bordeaux

Un été culturel à Bordeaux

16 juillet 2021 | PAR Laetitia Larralde

Cet été, pandémie oblige, les voyageurs redécouvrent la France, où l’offre culturelle bouillonne suite aux sept mois de fermeture imposée. Si vous êtes de passage à Bordeaux, voici quelques idées d’expositions à découvrir.

Tous les deux ans, Bordeaux organise une saison culturelle estivale. Après Liberté ! en 2019, la saison 2021 s’articule autour du thème Ressources. Repensée avec les mesures sanitaires actuelles, la saison s’est recentrée sur son territoire pour soutenir l’art et la culture bordelaise dans une démarche solidaire et écoresponsable.

Découvrez la ville, et notamment sa rive droite, entre festivals, spectacles et expositions. Et sur votre chemin, vous croiserez peut-être une des dix vitrines du centre-ville occupées par les œuvres du CAPC avec l’expo hors les murs Tout doit disparaître. Sur l’idée du détournement d’objets de la vie courante et des codes de la consommation, Takako Saito, Caroline Achaintre ou encore Keith Haring proposent de réfléchir sur la place de l’art aujourd’hui.

Bordeaux contemporain

Dans ses murs, le CAPC nous présente le nouvel accrochage de ses collections intitulé Le Tour du jour en quatre-vingt mondes. Pensée par Sandra Patron, la nouvelle directrice arrivée début 2020, cette exposition relit les œuvres de la collection en regard d’œuvres en dépôt du CNAP (Centre National des Arts Plastiques). Construite à partir d’un double point de départ, l’histoire du CAPC et un contexte de crise généralisée, l’exposition cherche à décentrer notre regard sur l’histoire de l’art de ces cinquante dernières années.

Dominé jusqu’ici par un regard masculin et européen, l’art contemporain représenté dans les institutions culturelles a en effet besoin de s’ouvrir sur les artistes femmes et les artistes extra-occidentaux. Car si l’art raconte et représente notre monde, il ne peut pas le faire correctement d’une voix unique. C’est ainsi que, par des emprunts au CNAP, l’exposition recompose une histoire chorale, sans autre distinction ou comparaison entre les œuvres que celle de l’art.

Avec 80 artistes tels que Malik Sidibé, Rebecca Horn, Chen Zhen, Neda Razavipour ou encore Sol LeWitt ou Vivian Suter, Le Tour du jour en quatre-vingts mondes repense les œuvres à l’aune de ce que l’on vit aujourd’hui et propose de nouveaux scénarios. En parallèle, le CAPC propose une exposition de Kengné Téguia dans le cadre du nouveau programme de résidences d’artistes Les Furtifs, ainsi qu’Absalon Absalon, une exposition collective qui réinterprète l’œuvre de l’artiste franco-israélien Absalon.

Bordeaux Africa2020

Dans le cadre de la saison Africa2020, décalée de plusieurs mois, Bordeaux accueille plusieurs expositions sur le thème de la mise en valeur de l’innovation du continent africain. Le Frac Méca accueille jusqu’au 20 novembre l’exposition Memoria qui, dans une démarche que l’on peut rapprocher de celle du CAPC, propose de relire l’histoire de l’art par le biais de la création contemporaine féminine africaine.

La Base sous-marine accueille Rhizomes, une exposition où dix-sept artistes africains, dont quatre ont créé une œuvre spécialement in situ (Baloji, César Schofield Cardoso, Batida et Nástio Mosquito), du continent ou de la diaspora, explorent le numérique. Les œuvres s’organisent autour de trois axes : le rôle de l’oralité dans la transmission et la mémoire aujourd’hui (Alun Be), l’impact matériel de la colonisation et de la révolution numérique sur le continent africain (François Knoetze) et les utopies et univers alternatifs (Selly Raby Kane). Organisée selon une narration qui reprend le principe du rhizome, racine hors-sol créant un réseau infini horizontal où tout communique sans hiérarchie, les œuvres se rencontrent et réinventent leurs histoires.

La technologie s’exprime de différentes façons : dans le fond ou la forme. Les artistes et leurs œuvres sont polymorphes et utilisent aussi bien la photo, la vidéo, la sculpture que l’installation. Internet réduit les distances, offre un contenu presque infini, et nous permet de découvrir des cultures lointaines. Les déplacements sont virtuels ou réels, forcés ou choisis, et composent une géographie intime nouvelle. Certains artistes, comme Emo de Medeiros, Cyrus Kabiru ou Mbiyaki nous montrent l’impact du numérique en Afrique. Comment recycler les déchets technologiques, les transformer, tout en évitant de faire de l’Afrique la décharge de la technologie ?

Bordeaux en famille

Nouveau site immersif de Culturespaces après l’Atelier des Lumières et les Carrières de Lumières, le Bassin des Lumières s’est installé en juin 2020 autour de quatre des bassins de la Base sous-marine. Construite pendant la seconde guerre mondiale, la Base, bunker de béton presque inamovible, permettait le stationnement de sous-marins dans ses alvéoles. Le principe de projections numériques immersives est repris dans ce lieu incroyable, avec une orientation vers un public familial ou néophyte clairement établie.

Le programme long proposé se tourne vers la Méditerranée et les peintres qui s’en sont inspiré tels que Monet, Renoir, Pissarro, Signac… Une vingtaine d’artistes allant des impressionnistes aux modernes en passant par les fauves et les cubistes défilent sur les murs et sols du lieu. Entre œuvre « plein écran », détails extraits des tableaux ou mosaïques de cadres, les maîtres se suivent mais peinent à nous emporter. Le programme court est dédié à Yves Klein pour une narration plus abstraite tournée vers la couleur.

Le lieu est à la fois un atout et un défi. Les projections se reflètent sur l’eau dans un jeu de dédoublement hypnotique, mais l’absence de projection au plafond, sûrement due à des contraintes structurelles, crée une zone d’ombre reprise sur les bassins un peu trop importante. Les 13 000 m² permettent de réellement se promener sans perdre le fil de la projection qui se démultiplie dans les différents espaces et créent ainsi une balade insolite. Mais le lieu semble avoir des limites acoustiques, la musique étant parfois désagréablement réverbérée.

A découvrir

Dans le reste de la ville, vous pourrez découvrir d’autres expositions qui sauront contenter tous types de publics. Au Musée des Beaux-Arts, l’année britannique continue avec deux expositions. Absolutely bizarre ! célèbre les liens de Bristol et Bordeaux en présentant les peintres de l’école de Bristol du XIXème siècle, et British stories met en valeur les collections anglaises du musée en regard d’œuvres prêtées par le Louvre.

Au Musée des Arts Décoratifs et du Design, on s’intéresse à la recherche centrée sur comment mieux produire notre nourriture sans épuiser la terre. Les Paysans designers, créateurs vernaculaires, inventent et adaptent les outils nécessaires à leur production et à leur paysage. L’exposition se prolonge en ville avec une dizaine d’espaces plantés et dans les exploitations de la région.

Pour partir en voyage sur les traces d’un héros, direction le Musée d’Aquitaine qui se consacre à Corto Maltese. Pour aventure plutôt tournée vers la gastronomie, accrochez-vous à vos papilles et à votre estomac à Cap Science avec Bon Appétit !? et son exploration des aliments les plus dégoûtants du monde.

Cet été, Bordeaux ne vous laissera pas vous ennuyer !

Ressources, saison culturelle 2021
Du 10 juin au 10 août
Bordeaux
Le Tour du jour en quatre-vingts mondes
Du 26 novembre 2020 à février 2022
CAPC – Bordeaux
Rhizomes
Jusqu’au 03 octobre 2021
Base sous-marine – Bordeaux
Monet, Renoir, Chagall… Voyages en Méditerranée
Du 19 mai 2021 au 02 janvier 2022
Bassins de lumières – Bordeaux

Visuels : 1- Premier plan : Dominique Ghesquière, Vagues. Arrière-plan de gauche à droite, Vivian Suter, Sans titre, VIS 07 ; Sans titre, VIS 05 ; Sans titre, VS2 000035 ; Sans titre, VIS 25 ; Sans titre, VS2 000033. Toutes, dépôt du Centre national des arts plastiques. Vue de l’exposition Le Tour du jour en quatre-vingts mondes au Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux. Photo : Arthur Péquin /2- Chen Zhen, L’Autel n° 9, 1993 – Installation murale composée de 18 éléments : eau, sable, poudre de pigments, cendres de journaux, verre, plexiglas, métal et objets 180 x 120 x 28,5 cm FNAC 94028 (1 à 18) – Centre national des arts plastiques. © Adagp, Paris, 2021 – Cnap – Photo : François Lauginie – B. Delanoë / 3- Au centre : Cecilia Bengolea, Dancehall Weather, 2014-2019, dépôt du Centre national des arts plastiques. Au sol : Dan Peterman, Ground Cover, 1995, collection Capc. Arrière-plan : Kelley Walker, Untitled (CAPC), 2006, collection Capc. Vue de l’exposition Le Tour du jour en quatre-vingts mondes au Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux. Photo : Arthur Péquin / 4- RHIZOMES, vue in situ, Cyrus Kabiru ©RodolpheEscher / 5- RHIZOMES, vue in situ, Nastio Mosquito ©RodolpheEscher / 6- RHIZOMES, vue in situ, Baloji ©RodolpheEscher / 7-8- Monet, Renoir, Chagall… Voyages en Méditerranée, vues in situ ©Culturespaces – E. Spiller / 9- Yves Klein, l’infini bleu, vue in situ ©Culturespaces – Spiller

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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