Théâtre
Avignon OFF : La Vie et la mort de J. Chirac, portrait grinçant d’une icône politique

Avignon OFF : La Vie et la mort de J. Chirac, portrait grinçant d’une icône politique

16 juillet 2021 | PAR Anne Verdaguer

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Jacques Chirac ? Derrière sa bonhomie apparente et ses mimiques grotesques, de quelle manière a t-il influencé la politique et la façon dont nous la percevons aujourd’hui ? Léo Cohen-Paperman, le metteur en scène, et son acolyte Julien Campani tentent de répondre à ces questions et ne sont pas tendres… mais de ce portrait se dégage aussi une certaine nostalgie et on rit beaucoup ! 

En s’attachant à faire le portrait de Jacques Chirac et à le suivre pendant toute sa carrière, c’est un à gros morceau que la Cie des Animaux au Paradis s’est attaqué, tant le personnage est encore présent dans l’inconscient collectif et qu’il est facile de le résumer à quelques phrases chocs.  

Car s’il y a bien dans La Vie et la mort de J. Chirac, roi des Français la description d’un personnage hâbleur, ambitieux et opportuniste, on y découvre aussi une vraie volonté historique de replacer dans leur contexte les discours (terrible moment de celui sur « le bruit et l’odeur ») et les débats les plus célèbres (le « monsieur le Premier ministre » de François Mitterrand). Il y a aussi les questionnements, les doutes, et la relation touchante qu’il crée avec son chauffeur. Un Jacques Chirac comme vous ne l’aurez sans doute jamais vu. 

Pour le meilleur et pour le pire

Julien Campani (extrêmement convaincant dans le rôle de Chirac) et Léo Cohen-Paperman nous entraînent dans les coulisses des manœuvres politiques et des réflexions du personnage sur le modèle de société qu’il veut offrir aux Français. Prompt à retourner sa veste de nombreuses fois, sur l’Europe ou sur son héritage gaulliste, il n’hésite pas à devenir maire de Paris par opportunisme, use et abuse de sa proximité avec ce qu’on appelle aujourd’hui « les territoires » et se gausse de ses nombreuses saillies verbales…  L’homme dit pourtant que l’ambition ne l’intéresse pas et qu’il est un mauvais orateur. Jacques Chirac, un paradoxe sur deux jambes. Le populisme et la séduction incarnés au service du pouvoir.

Il y a aussi pêle-mêle, les couteaux dans le dos de Balladur, la tentation d’alliance avec le FN… Jacques Chirac comme le symbole d’une religion, le RPR qui a déçu ses fidèles. Devant son miroir et dos au public, le personnage se crée un masque qui l’enferme et le rend aussi attachant. La scène finale, celle de la déchéance, est très émouvante. 

Le spectacle interactif est aussi un régal de trouvailles scénographiques et scéniques dont on ne dévoilera pas la teneur pour ne pas divulgâcher le plaisir. 

Mais que vous soyez né avant ou après le grand avènement du président Chirac en 1995, sachez qu’on a tous en nous une part de Chirac, qu’on le veuille ou non.

La Vie et la mort de J. Chirac, roi des Français, mis en scène par la cie des Animaux en Paradis, à 10 heures au Théâtre du train bleu jusqu’au 26 juillet (relâche le 20 juillet)

 

Visuel : © Simon Loiseau

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Anne Verdaguer

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