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Picasso, l’effervescence des formes, à la Cité du vin de Bordeaux

Picasso, l’effervescence des formes, à la Cité du vin de Bordeaux

07 mai 2022 | PAR Sabina Rotbart

 

Jusqu’au 28 aout, 80 œuvres de l’artiste sont présentées autour de ce thème du vin qui renouvelle le regard sur l’artiste. Où l’on voit que l’ivresse n’est pas là où on l’attend.

Tour de force pour le commissaire d’exposition Stéphane Guégan que de trouver un angle neuf dans le trop plein de discours, d’expositions et de critiques autour de cet artiste désormais si célèbre. Pourtant Picasso et le vin, sujet qui s’imposait dans le contexte de la Cité éponyme a su trouver une vision rafraichissante. Car c’est plutôt la matérialisation de l’ivresse qui est en cause ici, plutôt que la seule présence des flacons aromatiques. D’ailleurs il s’agit plutôt d’alcools, notamment du fameux anis del Momo qu’il buvait jeune en Catalogne d’ailleurs plus suggéré que montré dans les tableaux des débuts sur la vie des cafés dont le style annonce les fauves. Le vin vient en sous-texte dans l’atmosphère vibrionnante, animée de tâches rouges, celles des foulards des hommes, des fleurs au chapeau des femmes que porte la population d’une Catalogne qui paraît fiévreuse, enflammée.  La vie des cafés, c’est aussi celle de l’absinthe, du célèbre poème d’Apollinaire où l’on boit jusqu’à l’aube. De superbes affiches de Capiello et une amusante collection de flacons d’apéritifs anciens rythment et contextualisent le propos.

Ce qui frappe ensuite le plus dans cette exposition suffisamment circonscrite pour qu’on ne soit pas débordé (et c’est appréciable car avec Picasso on l’est souvent), c’est que le vin est pour l’artiste non une pratique personnelle mais un symbole iconographique. Picasso a toujours paru des plus sobres précise d’ailleurs Henri Guégan. Sa jouissance passait visiblement ailleurs, au travers du corps des femmes qu’il démembre en peinture.

Le vin, symbole religieux

Le vin apparaît dans les œuvres de l’artiste comme un symbole religieux ou comme un signe de la jouissance des corps.  L’exposition met en valeur à travers la présence de ce symbole chrétien qu’est le vin comment la religion sous-tend la peinture picassienne. Une lecture rare, preuves en main.  Ainsi l’artiste fait-il  un hommage appuyé et d’une originalité sidérante à  un tableau d’inspiration biblique où pain et vin sont présents, comme le retour de baptême de le Nain (dont une œuvre appartint d’ailleurs à la collection personnelle de l’artiste). Il en crée une vision pointilliste,  faite de bulles colorées, effervescente, d’une délicieuse légèreté.  Et surtout le style est presque post-moderne. Durant la période cubiste, juste après 1900, « le repas frugal « reprend lui une iconographie proche de la cène de Philippe de Champaigne. Plus tard des ex-voto rustiques reprenant les emblèmes de la vie de café deviennent des sculptures poétiques.

L’ivresse, thème mythologique

Pour le côté plus métaphorique, celui de l’ivresse du corps, les fulgurantes évocations des Bacchanales, ces merveilleuses gravures postérieures au cubisme qui séduisent par leur incroyable vivacité sont ici largement présentées. Référence quasi obsessionnelle aux nus de Ingres, thèmes de la mythologie gréco-romaine tissent ensemble  le fil de  l’ivresse des corps et des esprits. Issues des estampes de la Suite Vollard, ces gravures piègent dans leurs volutes les  pulsions monstrueuses du Minotaure. Une thématique qui court des années trente jusque    dans les années cinquante.   

Quand la poterie fut un objet dérivé du PCF

Si l’essentiel des œuvres présentées à Bordeaux viennent du musée Picasso de Paris, d’autres moins vues en France proviennent de Valencia, de Grenoble, de Barcelone et même de collections privées. Certaines aussi de Vallauris. C’est l’autre intérêt de l’exposition.

Car très souvent dénigrées, considérées comme des pièces mineures, décoratives, les poteries de la période Vallauris gagnent à être redécouvertes. Desservies par la façon dont elles ont été louées par Aragon qui y voyait une leçon d’humilité populaire mais aussi par leur nombre, elles ne manquent pourtant pas d’intérêt. Un minuscule centaure à la coupe, archaïsant, s’avère ainsi très séduisant.

 Il faut se souvenir que Picasso est membre du parti communiste depuis 1944 et il ne le quittera que (trop) tard, en 1956, au moment des événements de Hongrie. Sur un dessin envoyé à Staline en 1949, il porte encore un toast au dictateur dont c’est l’anniversaire !

L’heure des vanités

A la fin de sa vie l’artiste peint des vanités qui mettent en scène des coupes presque vides… Comme le temps qui reste à vivre. Une intéressante Ménines aux couleurs de grisaille témoigne de la mélancolie de celui qui est alors nonagénaire.  Mais le vin est toujours aussi présent dans sa peinture qu’il est absent dans sa vie.  

                                                                        En pratique

Cité du vin, 134 quai de Bacalan 33300.Direct en tramway B, arrêt éponyme. Tous les jours de 10h à 18h

Billets http://www.laciteduvin.com

Exposition temporaire : 10 euros,  exposition permanente +temporaire +dégustation au sommet : 25 euros. A préférer si vous venez là pour la première fois.

La brasserie Latitude 20 situe au rez-de-chaussée est délectable, On y sert des plats du terroir revisités et toujours savoureux.  Juste devant, la Garonne coule et l’on peut piquer une sieste sur sa rive accueillante couverte d’herbe drue. 

Où loger ?

° version économique : Le Moxy, aussi clean que joyeux à 1 minute de la Cité du vin dans l’ambiance des docks, 25 quai du Maroc. www.Marriott.com 120 euros la double.

° version luxe : pour un week-end en couple, à l’hôtel Villas Foch, un 5* de charme, dans un très bel hôtel particulier 19ème tout près du Jardin Public, des chambres qui échappent à la banalité et un petit déjeuner vraiment recherché, fait rare.  Forfait « Bordeaux dans un écrin ». 495 euros pour 2, nuit et petit déjeuner à l’hôtel, cocktail au bar de l’hôtel, diner au restaurant « le 7 « à la Cité du vin, entrées à l’exposition Picasso, accès au spa vouté de l’hôtel.http://www.villasfoch.fr 

Pour en savoir plus  http://www.bordeaux-tourisme.com

°Pablo Picasso dans l’atelier Madoura, Vallauris 1948. Studio Lipnitzki, Musée national Picasso Paris.

©Roger-Viollet/studio Lipnitzki, Succession Picasso 2022, RMN (musée national Picasso)/Mathieu Rabeau

° Bacchanale, Picasso, 1955, Musée national Picasso 

©RMN-Grand Palais/ Adrien Didierjean. Succession Picasso 2022. 

 

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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