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Regards croisés sur l’oeuvre d’Auguste Rodin et Anselm Kiefer au musée Rodin

Regards croisés sur l’oeuvre d’Auguste Rodin et Anselm Kiefer au musée Rodin

22 mars 2017 | PAR Victoire Chabert

Le musée invite régulièrement des artistes contemporains à dialoguer avec Rodin. Cette exposition Kiefer – Rodin arrive à point nommé pour célébrer le centenaire de sa disparition. Quelle figure de l’art contemporain pouvait mieux affronter ce géant?

La vision d’Auguste Rodin

Lorsqu’en 1916 Rodin donna toute son œuvre et ses collections à l’État, il avait longuement réfléchi la création de son musée et sa motivation principale était précise: il souhaitait que sa sculpture serve aux générations futures d’artistes. C’est pourquoi exposer des sculpteurs contemporains a été une volonté perpétuelle du musée depuis les années 1940. En cette année du centenaire de la mort de l’artiste, la politique du musée est d’autant plus tournée vers l’art en train de se faire.

L’exposition Kiefer-Rodin, témoigne de la rencontre singulière de ces deux hommes, désireux d’expérimentations. En écho à cette présentation, le parcours du musée est modifié afin d’exposer pour la première fois des œuvres de Rodin totalement méconnues, témoignant des préoccupations communes aux deux artistes et de leurs combats esthétiques.

 D’où est venue l’idée d’une telle exposition ?

Admirateur des cathédrales, Auguste Rodin parcourut la France, à la découverte de l’architecture médiévale. Cette passion traversa sa vie et sa carrière, irriguant toutes les phases de sa création graphique et sculptée.

Anselm Kiefer, invité par le musée Rodin à travailler à partir de l’ouvrage que Rodin consacra en 1914 aux Cathédrales de France, a très vite souhaité élargir ses investigations à l’ensemble de l’univers créatif du sculpteur. Kiefer est un artiste qui, comme Rodin, expérimente sans fin des combinaisons de formes et s’intéresse à la matière, associant délibérément des éléments de provenance et de statut différents.

Le parcours de l’exposition

À travers ses vitrines, peintures, livres, Anselm Kiefer joue de tous les supports et use de toutes les techniques pour comprendre l’héritage de Rodin, et apprivoiser son univers.

L’exposition se déroule en plusieurs lieux distincts au sein du musée. La salle d’exposition temporaire est consacrée à une trentaine d’œuvres inédites d’Anselm Kiefer. Tout d’abord, on découvre des vitrines, toutes inédites, constituées d’éléments divers et de matériaux multiples. Kiefer s’y approprie les débris des moules de Rodin, en les agençant mystérieusement. Répondent à ces vitrines, des peintures d’où surgissent « les Tours-Cathédrales ». Artiste-alchimiste, Kiefer se confronte à la matière qu’il pétris, et sature de pigments. Puis, on se laisse surprendre par des croquis initiants un rapprochement inattendu voir déroutant entre l’architecture et l’érotisme.

Dans l’hôtel Biron, au sein des collections permanentes, ce sont des plâtres méconnus de Rodin qui sont présentés. Ils ont été sélectionnés pour faire écho aux œuvres d’Anselm Kiefer. Ces plâtres participent de la même logique créative que les pièces de Kiefer, dans la diversité des matériaux, le goût de l’exploration et de l’expérimentation ou encore les variations opérées autour d’un même sujet.

Enfin, l’immense passion de Rodin pour l’architecture médiévale est déclinée dans le cabinet d’art graphique, à travers son œuvre sculpté et dessiné. Une série de dessins retrace la réflexion de l’artiste sur la dimension organique qu’il attribua aux cathédrales. Les croquis d’architecture se transforment progressivement en silhouettes féminines combinées ou transformées en éléments ornementaux avant de faire place à des figures allégoriques.

Anselm Kiefer montre des préoccupations semblables à celles de Rodin, notamment dans le processus créatif, le rapport à la nature et la quête d’une vérité. Tout comme Rodin, ce n’est pas tant la perfection qui l’intéresse mais davantage la vérité. Une même quête de sens, de sincérité et d’authenticité qui pose inlassablement une interrogation sur le monde.

Crédits visuels : Musée Rodin

 

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