Théâtre

« Mon Coeur », la colère sur le billard de Pauline Bureau

« Mon Coeur », la colère sur le billard de Pauline Bureau

22 mars 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 1er avril, la très talentueuse Pauline Bureau met en scène Mon Cœur aux Bouffes du nord, explorant encore une fois son intérêt pour les malaises de la société. Elle s’attaque ici au scandale du Mediator. 

 

La pièce est reprise au Théâtre Paris Villette du 23 janvier au 2 février 

[rating=5]

La première fois c’était pour Modèles en 2011. Et depuis on rate rien de la compagnie La part des anges, on essaie. Parce que depuis Pommerat  ( dont elle a retenu les leçons de clair-obscur) on a pas vu ça. « Ça » c’est une direction d’acteurs cinématographique qui sait maîtriser la lumière et les ambiances sonores. Lors de cette première fois, elle s’intéressait au statut des femmes. Et finalement, Mon cœur est aussi un spectacle sur les femmes.

Pendant deux heures Pauline Bureau va malmener la chronologie. De 2001 à 2016, on va suivre la vie de Claire Tabard campée avec brio par la muse de la metteuse en scène Marie Nicolle. Ça c’est la fiction. Pour la part réelle, Pauline Bureau a entendu en 2014 une Interview de Irène Frachon, pneumologue et lanceuse d’alerte du scandale du Médiator, retiré en silence du circuit de vente en 2009, sans que les laboratoires Servier ne soient alors condamnés. Pauline Bureau la rencontre, rencontre les victimes et les rassemble en une : Claire.

En 2001 Claire a laissé son « corps d’avant sur la table d’accouchement ». Son médecin lui prescrit le puissant coupe faim. Claire devient mince mais son cœur ne bat presque plus.

« Votre cœur est plus âgé que vous »

Comment les diktats de la minceur ont-il ouvert les vannes des pires ordures du monde pharmaceutique dans le mépris le plus total de ces jeunes femmes ? Car pour la plus part ce sont des femmes qui voulaient perdre du poids.

La scénographie parfaite qui mêle aux moments trop documentaires des respirations vidéos a ce soir provoqué de violentes réactions, on aura vu quatre spectateurs tomber dans les pommes. Un médecin devant être appelé quand le plateau en comptait un faux, Irène (Catherine Vinatier), médusée.

Là est la force de Mon cœur : avoir l’air d’un reportage. Il n’en est rien. Bien sûr tout cela est vrai et dénoncé. Le dernier acte, celui du jugement est une leçon de théâtralisation du pouvoir : le ballet des avocats orduriers de Servier face au combat de Claire qui grâce à Irène et son avocat comprend qu’elle est une victime d’empoisonnement de masse est d’une totale maîtrise.

Ce qui enchante c’est de retrouver sa troupe. Par exemple, Yann Burlot et Nicolas Chupin qui campaient respectivement un roi grenouille et un papa débordé dans Dormir cent ansSonia Floire vue dans Modèles ou Catherine Vinatier dans Sirènes.  Il faut citer aussi Rébecca Finet, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier. Tous excellent au plateau, dans des changements de rôles radicaux.

Ce qui glace, encore plus que le nombre de morts, c’est la preuve que Servier savait et a laissé faire. Dans les années 2000, 300.000 personnes ont pris du Médiator.

Une pièce folle, puissante sur un sujet qui fait partie de notre quotidien. Une bombe à regarder de sang froid à cœur ouvert.

Mon cœur de Pauline Bureau, avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier et Catherine Vinatier.

Visuel : ©Pierre Grosbois

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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