Théâtre
Pauline Bureau cède au chant des « Sirènes »

Pauline Bureau cède au chant des « Sirènes »

12 mars 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Qu’il est séduisant ce spectacle ! La toute nouvelle création de la metteuse en scène Pauline Bureau, artistique associée au Volcan notamment  qui nous avait soufflés avec Modèles  signe avec Sirènes une pièce plaisante mais un peu trop en surface. A voir au Nouveau Théâtre de Montreuil salle Maria Casarès.

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Peut-être le sujet est-il trop entendu. Ici, il est question de la filiation inconsciente, de ce que le corps dit malgré soit. Il est question des mensonges de famille ou plutôt, de ce qui n’a pas été transmis et qui se retrouve avoir des conséquences inattendues. L’affaire avait déjà été bien traitée par Lignes de faille toujours au CDN de Montreuil. Du roman palpitant de Nancy Houston, Catherine Marnas avait créé une mise en scène parfaite, évidemment en quatre parties où la filiation était vue par des yeux d’enfant en prise avec un double rapport au temps, celui de leur quotidien et celui de la grande histoire.

Dans Sirènes, puisqu’il est question de chant, une jeune artiste perd sa voix lors d’un concert. Elle s’appelle Aurore, en hommage au vrai renom de George Sand. Sa mère Hélène a été élevée au Havre dans les années soixante. Sa propre mère, Annie a été abandonnée par son mari, Louis, juste avant que les premières lois sur l’indépendance des femmes ne soient votées. Hélène est une working girl sous tranxène. A l’autre bout de la planète, Max vit à Shanghai, il y fait du business sans voir la lumière du jour.

Les histoires se croisent et se mêlent, dans une scénographie qui fait penser très fort au travail de Joel Pommerat que ce soit dans le geste très cinématographique, la mise en lumière dévoile une scène, le noir l’efface ou dans les lignes tracées par les projecteurs. Le plateau est flanqué d’un large panneau support à de la vidéo qui laisse apparaître comme dans une cage en verre le bureau de Max ou la consultation médicale d’Aurore.

Dans cet espace temps qui nous promène sur trois générations on avance comme dans une enquête policière, guidés par un récitant qui nous conte l’histoire d’une sirène qui s’est libérée de sa condition, à lourds frais. Pourquoi Aurore a t-elle perdu sa voix ? C’est chez le psy qu’elle va commencer à dénouer ce qui lui entrave la gorge.

Les comédiens sont excellents. On retrouve Anne Rotger, fidèle de Joël Pommerat, l’excellente Marie Nicolle, déjà repérée dans Modèles, Catherine Vinatier vue notamment dans Lignes de Faille. Tous jouent parfaitement, peut être  trop scolairement et rapidement, on  devine ce qu’il va se passer.  Pauline Bureau signe ici un travail d’école et déçoit. Celle qui avec Modèles offrait une réflexion sur la société portée par la scénographie cède ici à l’esthétisme de choses vues chez ses contemporains, elle puise chez Macaigne, Warlikowski, Richter et on a du mal ici à voir ce que Sirène apporte, et tel est le rôle d’un CDN,  à la création contemporaine.

Le spectacle est pourtant impeccable dans sa distribution et sa dramaturgie. La cohérence entre le jeu, les costumes et la musique jouée live est totale mais cela reste trop prévisible, trop déjà vu. Dommage.

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