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Picasso s’invite au musée de l’Armée

Picasso s’invite au musée de l’Armée

04 avril 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

Pablo est partout. Alors qu’il continue de dialoguer avec l’œuvre de Calder au Musée Picasso-Paris et qu’il inspire depuis lundi les rêves et le cinéma du Maestro Fellini à la Cinémathèque Française, Picasso est de nouveau mis à l’honneur, au musée de l’Armée cette fois-ci, du 05 avril au 28 juillet 2019, pour une exposition inédite qui explore les liens entre la guerre, sa vie et son œuvre.

 

C’est un portrait photographique de Picasso (1881-1973) portant l’uniforme français en 1911 qui accueille le spectateur à l’entrée de l’exposition : une mise en scène. Picasso n’a jamais combattu. Le costume appartient à George Braque qui a d’ailleurs aussi pris la photographie. Espagnol résident en France, Picasso n’a jamais été mobilisé contrairement à ses amis Braque, Derain ou Apollinaire, avec qui il a correspondu tout au long du conflit. Cette exposition retrace donc le parcours d’un contemporain des grandes guerres du XXème siècle, de la guerre d’indépendance cubaine à la guerre du Vietnam dont il n’a pas vu la fin en passant par les guerres mondiales, la guerre civile espagnol, la guerre de Corée, la guerre d’Algérie, la guerre Froide….

Il s’agit, dans cette exposition, de réfléchir « à la relation que Picasso a entretenu avec la guerre », selon les mots du Général Alexandre d’Andoque de Sériège, directeur du musée de l’Armée. « Une fois de plus, il nous surprend » nous assure le directeur du musée Picasso, Laurent Lebon, qui insiste sur la nouveauté de cette association entre deux établissements nationaux qui choisissent de faire dialoguer leurs collections. En effet, l’exposition repose essentiellement sur des prêts du musée Picasso en ce qui concerne les œuvres de l’artiste (environ 1 tiers des pièces présentées) tandis qu’une foule de documents d’époque, d’archives et d’objets des collections du musée de l’Armée viennent enrichir le propos. Au long du parcours chronologique, nous  découvrons d’abord le jeune Pablo qui griffonnait de petits soldats dans les marges de ses feuilles de cours ainsi que d’étonnants documents dont un rapport des Renseignements Généraux français datant de 1901 qui qualifie l’artiste d’anarchiste alors qu’il réside chez son compatriote (et marchand d’art) Pedro Mañach, à Paris. L’anecdote fait sourire la conservatrice du musée des armées qui nous fait la visite. 

Contrairement à l’image de l’artiste engagé que l’on connaît du peintre, cette exposition nous révèle que son engagement artistique contre la guerre fut tardif. Absorbé par le perfectionnement de son art et les recherches formelles du cubisme, il ne représente étonnement pas le premier grand conflit mondial qui frappe l’Europe. C’est dans ses documents intimes qu’il faut chercher pour trouver des traces de soutien à la France et à ses amis mobilisés. Apollinaire lui envoie une aquarelle (Autoportrait en cavalier masqué décapité, 1918, musée de l’Armée) alors qu’il est en convalescence suite à sa blessure à la tête par un éclat d’obus. Cocteau, quant à lui, lui adresse en cadeau ses bons de tabac reçu à l’armée.

Il faut attendre les années 30 pour que ses amitiés antifascistes et proches du Parti Communiste (son amante Dora Maar, Paul Eluard) l’engagent à prendre des positions publiques. Soutien du Front Populaire en France en 1936 puis du Frente Popular en Espagne, il s’engage pour les Républicains Espagnols ce qui le mènera à l’iconique Guernica, présenté au pavillon espagnol de l’Exposition Universelle de Paris en 1937, ainsi qu’à d’autres représentations antifascistes de guerre et de souffrance. Se faisant discret dans son atelier Parisien durant la Seconde Guerre mondiale, l’engagement politique de Picasso s’amplifiera avec son adhésion au Parti Communiste en 1944, comme en témoigne une Une du journal l’Humanité présentée dans l’exposition.

La guerre est finie, mais le climat douloureux et morbide de l’après-guerre reste. Crânes et couleurs sombres se rencontrent dans des natures mortes cubistes qui feraient presque penser à des vanités. Au centre d’une pièce trône la sombre et rugueuse sculpture en bronze de l’Homme au Mouton que l’on pouvait admirer il y a quelques semaines encore à l’exposition de la réouverture du musée de la Piscine de Roubaix. Sont présentés des portraits presque inconnus de l’artiste : notamment celui d’un rescapé des camps peint après avoir visité Auschwitz ou le portrait de Djamila Boupacha, militante du FLN qui fut emprisonnée par l’armée française en Algérie et dont la cause fut défendue par Simone de Beauvoir.

Des bornes numériques dans presque toutes les salles permettent de se situer historiquement et présentent des documents (photographies, extraits vidéos) sur la chronologie et les dates importantes de chaque conflit du 20ème siècle.

Evidemment, une partie de l’exposition se consacre à raconter la création et le parcours de la symbolique colombe de la paix mondialement célèbre qui fut notamment détournée par les détracteurs anti-communistes. La fin de l’exposition met l’accent sur les sources d’inspirations de Picasso. Son Massacre en Corée (1951) rappelle les fusillés du Tres de Mayo (1814) de Goya, un véritable maître modèle pour Picasso qui va également puiser chez Delacroix, Manet, David, Poussin, Velasquez…

Le catalogue qui compte 450 illustrations est en vente à la boutique de l’exposition.

Enfin, de nombreux événements sont organiser autour de l’exposition : des visites guidées de l’UNESCO, une masterclasse culinaire sur les aliments en temps de guerre, des représentations théâtrales d’une étonnante pièce de Picasso jouée en 1941 (Le désire attrapé par la queue, une programmation de concerts et de projections cinématographiques, un cycle de conférences autour des guerres et artistes au XXème siècle.

Toutes les informations sur ces événements sont à retrouver ici : 

 

 

 

INFORMATIONS :

MUSÉE DE L’ARMÉE :
Hôtel national des Invalides
129, rue de Grenelle – 75007 Paris
01 44 42 38 77

ACCÈS :
M8, La Tour-Maubourg / M13, Varenne / RERC, Invalides.

HORAIRES :
Du lundi au vendredi de 10h à 18h
Nocturnes le mardi jusqu’à 21h
Samedi et dimanche de 10h à 19h.

TARIFS :
Plein : 12€
Réduit : 10€
Gratuit moins de 18 ans.

Retrouvez toutes les informations pratiques ici. 

 

Visuels : 

– Image en Avant : Affiche de l’expo, musée des Armée.

Gallerie : -1- George Braque, (1882-1963), Portrait de Picasso portant l’uniforme de Braque, Paris, 1911, Paris, Musée national Picasso-Paris

© RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Franck Raux / Adagp, Paris 2019 / Succession Picasso 2019

2- Pablo Picasso (1881-1973), Bouteille et journal, 1913, Dublin, National Gallery of Ireland. Bequeathed, Evie Hone
© National Gallery of Ireland / Succession Picasso 2019

3-Salle d’exposition, statue à droite : Pablo Picasso, L’homme au mouton, Paris, 1er mars 1943, Paris, Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979, ©Pierre-Lou Quillard. 

4-Pablo Picasso, « La femme qui pleure », Paris, Musée national Picasso-Paris © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Jean-Gilles Berizzi / Succession Picasso 2019

5-Salle d’exposition : à gauche, Pablo Picasso, Femmes d’Alger, version H, 24 janvier 1955, Monaco, collection particulière ; à droite : Picasso, Massacre de Corée, Vallaurius, 18 janvier 1951, Paris, Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979, ©Pierre-Lou Quillard. 

6-Pablo Picasso (1881-1973), La Guerre, 5 octobre 1951, Paris, Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979
© RMN-Grand Palais (Musée national Picasso- Paris) / Succession Picasso 2019

7-Pablo Picasso (1881-1973), Massacre en Corée,
Vallauris, 18 janvier 1951, Paris, Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979
© RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau / Succession Picasso 2019

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