Théâtre

The Hidden Force, la tempête théâtrale d’Ivo Van Hove

The Hidden Force, la tempête théâtrale d’Ivo Van Hove

05 avril 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre du Festival 100% qui se tient à la Villette jusqu’au 6 avril, Ivo van Hove et l’Internationaal Theater Amsterdam présentent The Hidden Force, également en partenariat avec le Théâtre de la Ville hors les murs. Jusqu’au 11 avril 2019 dans la Grande Halle.

Le grand orfèvre des mises en scène offre une nouvelle fois un écrin somptueux à un texte de Louis Couperus . Après le noir De Dingen Die Voorgijgann présenté au dernier Festival d’Avignon, c’est pour The hidden force, roman écrit en 1900 et très connu aux Pays Bas (une série télévisée en a été tirée en 1974) que le directeur de l’Internationaal Theater Amsterdam pose un acte apocalyptique.

Le décor de Jan Versweyveld mêle l’eau à torrent à un sol carré tout en bois. Les scénographies d’Ivo Van Hove sont reconnaissables à la première seconde. Il réussit toujours à provoquer un choc sans en faire des tonnes, tout en en faisant des tonnes. La machinerie est sans doute énorme ici mais elle reste discrète et c’est l’ambiance qui nous enveloppe.

Pour nous raconter cette histoire qui se passe à Java au XIXe siècle sous colonie néerlandaise, il nous installe dans le très chic cadre du pouvoir, chez le résident (Gijs Scholten van Aschat) et sa nouvelle femme (Halina Reijn). Rien ne semble tranquille, jamais. L’impossible se passe, les tromperies intimes croisent les incompréhensions entre l’occupant et l’occupé. 

Comme dans Les Damnés, la vidéo est utilisée comme un acteur à part entière. Mais ici elle ne ne sert pas à décupler les personnages en entrant en eux. En interview, Ivo Van Hove nous a précisé : « Je l’utilise comme des peintures de guerre et comme références aux images historiques. Ce n’est pas vraiment comme j’ai l’habitude de faire. » La vidéo occupe les trois murs et vient avec la musique live (piano européen et percussions orientales) de Harry De Wit nous embarquer sur le plateau presque vide dans une tension ascendante vers l’inextricable.

C’est le début de la fin d’un monde qui s’expose pendant cette mousson interminable qui rend folle l’assistante du résident, Eva (Maria Kraakman) et où les occupants et les occupés doivent trouver des terrains d’entente. Les néerlandais devront composer avec le régent (Barry Emond) et sa puissante et hiératique mère (Chris Nietvelt)

La politique, les passions et la magie sont les yeux au cœur du cyclone. Le tsunami qui s’abat sur la ville symbolise le choc des mondes. Van Hove convoque les dieux et les auteurs antiques en faisant entendre des répliques aux accents grecs : « Et tu lui as donné ta propre fille en victime expiatoire ».  L’issue ne peut être qu’un anéantissement Les comédiens de la troupe sont à leur image , toujours éblouissants, dans un jeu naturaliste que seul Ivo Van Hove et ses héritiers maîtrisent. Les artistes doivent faire face à la tempête qui s’empare de la scène et cela permet au théâtre d’exploser. On entend : « l’art est un emplâtre » dans cette tragédie parfaite qui rappelle plus d’un siècle après son écriture l’impossible compréhension de l’autre.

Visuels: @Jan Versweyveld

Avec Bart Bijnens (Si-Oudijck), Mingus Dagelet (Addy de Luce), Jip van Den Dool (Théo van Oudijck), Barry Emond (Soenario, Régent van Ngadjiwa), Eva Heijnen (Doddy van Oudijck),Halina Reijn (Léonie van Oudijck), Maria Kraakman (Eva Eldersma), Chris Nietvelt (De Raden-Ajou Pangeran), Massimo Pesik (serviteur), Dewi Reijs (Oerip), Michael Schnörr (serviteur), Gijs Scholten van Aschat (Otto van Oudijck), Leon Voorberg (Frans van Helderen)

Jusqu’au 11 avril à la Grande Halle

Infos pratiques

Autodrome Linas-Montlhéry
BNF-Site François-Mitterrand
Alexander Mora-Mir

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