Expos

Fellini rêve de Picasso à la Cinémathèque Française.

Fellini rêve de Picasso à la Cinémathèque Française.

02 avril 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

Après une exposition Pasolini en 2013 et Michelangelo Antonioni en 2015, il était normal que le Maestro Fellini ait une exposition qui lui soit consacrée à la Cinémathèque Française. Originalité cependant, la maison du cinéma français propose de rapprocher l’œuvre du mythique réalisateur de Huit et demi (1963) et de La Dolce Vita (1960), avec celle du non moins célèbre Pablo Picasso qui inspira ses films et occupa ses rêves : « Quand Fellini rêvait de Picasso », une exposition à voir jusqu’au 28 juillet 2019.

 

 

Ça n’est pas la première fois que la Cinémathèque française choisit de faire dialoguer le cinéma avec d’autres arts visuels. Dès la première exposition temporaire après son déménagement dans le bâtiment flambant neuf de Franck Gehry, en 2005, la Cinémathèque inaugurait une exposition sur les Renoir, dialogue de filiation entre peinture du père et cinéma du fils, concept qui fut d’ailleurs repris au Musée d’Orsay en 2018. Plus récemment, on se souvient de l’exposition de l’an dernier qui était dédiée aux liens que René Goscinny entretenait avec le 7ème art, aux dialogues entre BD et cinéma.

Si l’exposition est bien fournie sur les deux premiers tiers, elle s’essouffle en fin de parcours et peine une fois de plus à remplir l’espace de la dernière salle qui apparaît bien vide en comparaison. Cependant, rien de comparable avec la précédente exposition sur Sergio Leone qui tentait tant bien que mal de camoufler un manque cruel de matière par des artifices décoratifs. Ici, les nombreux objets présentés (affiches de films, extraits de scénario, costumes, photographies) issus des fonds non-filmiques de la Cinémathèque Française ainsi que de certains collectionneurs (anciens collaborateurs du Maestro) sont enrichis par une généreuse sélection de 50 œuvres rares du grand Pablo, essentiellement issues des collections de la Fundacion Almire y Bernard Ruiz Picasso para el Arte (FABA) et du Musée national Picasso-Paris.

L’exposition débute par une plongée dans l’inconscient de Fellini, raconte sa découverte de la psychanalyse Jungienne et la minutieuse retranscription de ses rêves par le dessin, support à l’introspection. Ses dessins, recueillis après sa mort dans un ouvrage intitulé « Le Livre de mes rêves » (Il libro dei sogni), témoignent de l’imaginaire onirique et fantasmagorique débordant de l’artiste, si caractéristique de son cinéma. Et comme pour légitimer cette exposition, l’accent est mis sur les occurrences de Picasso dans le dessin, les textes et donc, les rêves de Fellini :

Dans son rêve du 18 janvier 1967, le réalisateur écrit : « Toute la nuit avec Picasso qui me parlait, me parlait… Nous étions amis, il me témoignait beaucoup d’affection, comme un frère aîné, un père artistique, un collègue qui m’estime son égal, quelqu’un de la même famille, de la même caste. »

Mais ce Livre des rêves révèle surtout les qualités plastiques d’un homme de cinéma qui était aussi excellent dessinateur et peintre à ses heures. Echo à ce lien fellinien entre cinéma et peinture, l’exposition met à l’inverse un coup de projecteur en fin de parcours sur les relations qu’entretenait Picasso avec le cinéma : Picasso réalisateur d’un court-métrage aujourd’hui disparu, Picasso complice d’Henri-George Clouzot dans Le Mystère Picasso dont nous avions déjà revu des extraits lors de l’exposition consacrée à Clouzot, l’année précédente. Le plasticien y peint sur une vitre, face caméra, en transparence, comme s’il désirait directement en imprégner la pellicule.

Les deux artistes ne se sont jamais rencontrés. Une « constellation » des lieux qu’ils ont fréquentés, en fin d’exposition, révèle combien leur parcours est semé d’opportunités de rencontres ratées. Pourtant, les rapprochements entre l’œuvre des deux artistes sont une évidence à mesure que l’on traverse les différentes sections de l’exposition qui soulignent les thèmes communs dans l’œuvre des deux maîtres : l’Antiquité, les femmes, la sexualité, la danse, la corrida et le cirque… Des personnages archétypaux font des allers-retours entre toile et pellicule : clowns et arlequins, amantes et prostituées, minotaures et autre références mythologiques et oniriques.

 

Au centre du parcours scénographié se dresse un chapiteau de cirque. Les masques créés par Danilo Donati pour le Satyrion de Fellini (1969) ressemblent étrangement aux masques africains que collectionnait Picasso et côtoient les esquisses picassiennes de personnages clownesques ou encore la magnifique affiche du film Les Clowns (1970).

C’est finalement avec l’esprit chargé d’images des deux maîtres que l’on ressort de ce bel hommage à la manière dont Picasso a infusé (de manière consciente ou inconsciente) la cinématographie du Maestro italien.

 

« Picasso est tellement un créateur qu’il me semble qu’il habite dans l’imaginaire onirique des artistes comme le symbole de quelque chose de nourrissant. »

Federico Fellini.

 

 

 

« QUAND FELLINI RÊVAIT DE PICASSO », DU 3 AVRIL AU 28 JUILLET 2019 : 

HORAIRES : 

  • Lundi : 12h00 – 19h00
  • Mardi : Fermé
  • Mercredi à vendredi : 12h00 – 19h00
  • Samedi à dimanche : 11h00 – 20h00
  • 20 avril – 5 mai 2019 : 11h00 – 20h00
  • 1 mai 2019 : Fermé
  • 8 mai 2019 : 11h00 – 20h00
  • 30 mai 2019 : 11h00 – 20h00
  • 10 juin 2019 : 11h00 – 20h00

 

Toutes les informations pratiques ici

 

 

Visuels

-Image en avant : Giulietta Masina dans La Strada de Federico Fellini, 1954 © Beta Film Gmbh

Galerie photo

Femme au chapeau rouge, Pablo Picasso, 1965, Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el Arte, Madrid © FABA Photo : Hugard & Vanoverschelde Photography © Succession Picasso 2019

– Federico Fellini. Le Livre de mes rêves, volume I © Comune di Rimini Cineteca – Archivio Federico Fellini

-Pablo Picasso. Minotaure dans une barque sauvant une femme, Paris, mars 1937. Encre de Chine et gouache
sur carton, 22 x 27 cm © FABA Photo : Eric Baudoin © Succession Picasso 2019

-Federico Fellini. Maquette du costume de Matilda pour son film Les Nuits de Cabiria, 1957

Aquarelle et stylo-bille sur papier, 52,6 x 42,6 cm © ADAGP, Paris, 2019

 

-La Dolce Vita, 1960 – Collection Fondation Jérôme Seydoux- Pathé © 1960 – PATHE FILMS –
RIAMA FILM/identité de l’auteur réservée

« Tropismes », la ballroom vide de sens d’Olivier Dubois
La renaissance du Postillon de Lonjumeau à l’Opéra Comique
Pierre-Lou Quillard

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *