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Les Extatiques, l’art ludique au grand air

Les Extatiques, l’art ludique au grand air

29 juin 2020 | PAR Laetitia Larralde

Pour sa troisième édition, le festival d’art contemporain des Extatiques prend de l’ampleur et associe La Seine Musicale à La Défense, pour un double parcours de sculpture en plein air.

Alors que la crise du Covid a fortement touché le monde de la culture, maintenir un festival artistique gratuit et ouvert à tous est un acte fort. La culture représente une part importante de l’économie française (un poids de 44,5 milliards d’euros en 2016), mais la grande diversité des structures économiques, allant de l’artiste-auteur à l’opéra, de l’association au musée, rend l’aide compliquée (voir notre article). Quand Georges Siffredi, Président du département des Hauts-de-Seine, annonce sa volonté d’investir dans la culture et de contribuer à son redémarrage, il envoie donc un message important.

Le soutien aux artistes se traduit ici notamment par la commande. Les œuvres présentées dans cette troisième édition des Extatiques sont toutes produites pour le festival, et chaque année certaines sont achetées par Paris La Défense pour intégrer la collection existante, comme la voiture sur le lampadaire de Benedetto Bufalino l’année dernière.

Côté Seine Musicale

Cette année, l’aire de jeu des artistes s’est étendue jusqu’à La Seine Musicale. Toujours entièrement en plein air, les œuvres s’accrochent au bâtiment de Shigeru Ban et à ses abords. Ici, les thèmes des œuvres sont globalement orientés vers nos cinq sens et le rapport à la nature.

Du côté de l’odorat, Julie C. Fortier nous invite à sentir des molécules parfumées cristallisées dans un dispositif de verre et de porcelaine poreuse. Le parfum est voué à s’évanouir au fil de la saison, suivant le rythme de la nature. De cette nature, Elsa Sahal en évoque les esprits, tapis au fond des eaux. Son dragon scintillant sinue entre ses fleurs sous-marines en céramique, tel un fond marin mis à jour par la baisse des eaux de la Seine.

On retrouve le lotus gonflable de Choi Jeong Hwa, présenté l’année dernière sur fond des tours de La Défense, et dont les pétales respirent maintenant dans le jardin recouvrant La Seine Musicale, pour une perception différente mais toujours dans le contraste naturel/artificiel.

Jouant avec la vue et surtout la recherche du bon point de vue, Felice Varini a installé une anamorphose d’ellipses tricolores sur les façades du bâtiment. L’œuvre se compose ou se décompose à mesure que bouge le visiteur, faisant de lui et de sa perception l’élément central. Matteo Nasini lui, teste notre ouïe et laisse le vent décider de la mélodie de son orgue éolien.

Côté Défense

Faisant le lien entre les deux sites, les petits hommes et femmes verts de Fabrice Hyber laissent l’eau s’écouler de tous leurs orifices. Ces hommes et femmes fontaines ont pris place dans le bassin Takis, jouant sur le rapport d’échelle entre ces mini-humains végétaux et les gratte-ciels minéraux de La Défense.

Sur l’esplanade, les œuvres choisies ont une dimension plus ludique. Si la sculpture de Yue Minjun nous montre un homme qui rit à s’en décrocher la mâchoire, dans une tentative taoïste de résoudre tous les problèmes par le rire, c’est pourtant à un rire de résistance que l’on a affaire.

Les pigeons de Julien Berthier viennent coloniser les œuvres existantes, comme le feraient leurs modèles vivants. Se perchant sur la tête des statues ou au plus haut des sculptures, ces points d’observation imprenables sur la ville, les pigeons de bronze viennent se blottir au plus près des œuvres qui deviennent alors le support d’une autre œuvre qui les augmente.

Plus loin, Gilles Barbier lâche ses requins-ouvre-boîtes sur les pelouses de l’esplanade. Dans un lieu où l’on croise quelques « requins de la finance » en train de déjeuner, l’œuvre prête à sourire. Entre les deux arches, La fière obélisque d’Ivan Argote est complètement ramollie et ondule au sol comme un ver de terre. Associées à des trompe-l’œil connus, les photographies de Paul Rousteau jouent avec l’architecture et transforment tout en matière souple, dans un mouvement d’alchimiste de la photographie. On trouve également un petit labyrinthe en briques ajourées d’Hector Zamora, comme une réponse à taille humaine au dédale d’immeubles vitrés de La Défense.

Avec une quinzaine d’artistes présentés, Les Extatiques nous offrent une promenade ludique dans l’art contemporain. Un retour en douceur vers l’art et les musées.

Les Extatiques
Du 26 juin au 04 octobre 2020
Paris la Défense – La Seine Musicale

Visuels : Les Extatiques – photos © Martin Argyroglo

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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