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Expo : Un florilège d’émotions au Musée Marmottan Monet

Expo : Un florilège d’émotions au Musée Marmottan Monet

20 avril 2022 | PAR Iseult Cahen Patron

Le musée Marmottan Monet présente jusqu’au 21 août 2022 l’exposition « Le Théâtre des émotions ». Elle retrace l’histoire des émotions et leurs traductions picturales du Moyen Âge au XXIe siècle. 

Qu’il n’est pas aisé de parler d’émotions ! Et c’est pourtant l’axe choisi par le Musée Marmottan Monet pour sa nouvelle exposition. Qu’est-ce que l’émotion ? Comment est-elle représentée au fil des siècles ? Sa représentation évolue-t-elle à l’instar des mœurs ? L’exposition « Le Théâtre des émotions », fruit de la collaboration entre l’historien et philosophe Georges Vigarello et l’historien de l’art Dominique Lobstein, porte un nouveau regard sur cette vaste thématique. Des memento mori médiévaux aux œuvres de Christian Boltanski en passant par le romantisme noir du XIXe siècle, le panel d’œuvres présenté favorise une immersion dans le monde des visages extatiques et sidérés. 

Le grand théâtre de l’émotion

Gravés, peints, brodés, les visages de la Comédie et de la Tragédie constituent une image de référence dans l’histoire culturelle occidentale. Caractérisés par leur expressivité, ces masques du théâtre incarnent la dualité comique et tragique de l’existence humaine. Partant de ce point, l’exposition invite à suivre au gré des siècles et des territoires, l’évolution du grand théâtre de l’émotion… 

Les émotions attestent des passions et des événements qui viennent bousculer nos existences. L’émotion vibre dans chacun de nous et peut se lire en trois stades : le choc, la passion et le sentiment. Dans la première salle, le visiteur se trouve face à deux œuvres : Sainte Madeleine en pleurs (v. 1525) du Maître de la Légende de Sainte Madeleine et la Suppliante (1937) de Pablo Picasso. Ces œuvres inaugurales sont, en ce qui concerne la représentation de l’émotion, aux antipodes l’une de l’autre. Au visage inexpressif de Sainte Madeleine s’oppose l’hyper représentation de l’émotion de Picasso où le corps convulse sous le coup de l’affect. Du Moyen Âge au XXIe siècle, l’écart est grand. L’exposition entreprend d’expliciter les processions de mutation de la sensibilité. 

 
 
 
 
 
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En quête d’individualité

L’exposition met en lumière la progressive prise en compte de l’individualité dans les arts et dans les modes de pensée. Les connaissances anatomiques se précisent et s’observent dans les représentations. En conséquence, le visage vit et se meut. Les planches de Charles Le Brun constituent un formidable inventaire de visages expressifs. Sa méthode imprègne la société des artistes. Cette exaltation du sentiment est récupérée par les peintres de scènes de genre qui se tournent, tel Louis-Léopold Boilly, vers les spectateurs. Il dresse un catalogue de l’exacerbation des émotions.

Du fol amour à la folie

D’autre part, l’exposition évoque le rôle de la science, soutenue par la photographie, dans la description des causes et des effets des comportements allant jusqu’à pénétrer le domaine de la psychiatrie avec Jean-Martin Charcot et Paul Richer. La photographie offre aux artistes, un abondant corpus d’expressions faciales et corporelles des émotions. En peinture, le thème de la folie retient très largement l’attention des artistes. La génération romantique s’inspire de la littérature sombre, en témoignent les illustrations de La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott. L’héroïne Lucy contrainte au mariage devient folle de désespoir et poignarde son époux le soir de leurs noces. Le peintre saisit ce moment d’épouvante qui avait valu au tableau d’être présenté lors de l’exposition « Visages de l’effroi » en 2015 au Musée de la Vie romantique

L’impact des fléaux

« Le Théâtre des émotions » ne s’attelle pas uniquement à présenter des œuvres dans lesquelles se lisent les passions des protagonistes. En effet, elle cherche aussi à émouvoir le spectateur. Dans ce sens, elle aborde les nombreux fléaux sociaux qui accompagnent la fin du XIXe siècle, l’entrée du XXe siècle ainsi que les deux guerres mondiales. L’alcoolisme, les addictions, la prostitution, les horreurs de la guerre offrent aux artistes tout un nouvel ensemble d’émotions à transcrire menant parfois jusqu’à l’indicible et l’intranscriptible. 

Visuels : 

  1. Louis Léopold Boilly, Trente-cinq têtes d’expression, vers 1825, huile sur bois, 19 x 25 cm. Tourcoing, musée Eugène-Leroy
  2. Maître de la Légende de Sainte Madeleine (actif entre 1483 et 1527), Sainte Madeleine en pleurs, Vers 1525, huile sur bois. 52, 7 x 38, 1 cm, Londres, National Gallery, legs Layard, 1916 © The National Gallery, London
  3. Émile Signol (1804-1892), Folie de la fiancée de Lammermoor, 1850, huile sur toile. 116 × 111 cm. Tours, musée des Beaux-Arts, don Nanine Robert-Signol, 1912 © Tours, musee des Beaux-Arts / photo Dominique Couineau
  4. Martine Martine (née en 1932), Grandes Mains rouges II, 1985, huile sur toile. 162 x 130 cm, Collection particulière © Bertrand Michau © Adagp, Paris, 2022
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