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Face au soleil, l’art de saisir la lumière

Face au soleil, l’art de saisir la lumière

29 septembre 2022 | PAR Laetitia Larralde

Cet hiver, le soleil illumine les cimaises du musée Marmottan Monet avec une exposition dont le titre seul nous réchauffe déjà : Face au soleil.

Cette année, le 13 novembre précisément, nous fêterons les 150 ans du célèbre tableau de Monet, Impression, soleil levant, conservé au musée Marmottan Monet. Pour célébrer cette toile qui donna son nom au mouvement impressionniste, le musée s’est associé au musée Barberini de Potsdam qui conserve lui aussi un grand nombre d’œuvres de Monet dans ses collections. Et pour ce faire, quoi de mieux que de s’intéresser à la plus grande source de lumière, principal sujet d’étude des impressionnistes, le soleil ?

Après L’Heure bleue de Peder Krøyer en 2021 et Hodler, Monet, Munch en 2016, deux expositions ayant pour thème l’art de peindre les variations infinies de la lumière, Face au soleil dresse un panorama historique de la représentation du soleil. De l’Antiquité à nos jours, au travers d’une centaine d’œuvres, on découvre comment notre perception de cet astre a marqué la représentation que nous en avons faite. De plus, à la dimension esthétique du parcours viennent s’ajouter des observations sociales, l’art racontant comment les artistes et leurs contemporains envisagent le monde.

Le statut et la symbolique du soleil évolue en lien avec les religions et la science. En effet, on constate que de divinité créatrice dans l’Antiquité, il a peu à peu perdu de son pouvoir de fascination mystique pour devenir un sujet d’étude scientifique. Si aujourd’hui le soleil est un astre parmi l’infinité d’astres d’un univers en expansion, il conserve malgré tout une place essentielle. Il n’est plus divin, mais toujours source de vie, et l’homme n’est plus au centre du monde mais une poussière dans l’univers.

Avec le passage du géocentrisme à l’héliocentrisme, notamment grâce aux travaux de Copernic et à l’apparition de l’astronomie, la peinture de paysage se développe. Mais si les artistes se plaisent à peindre les changements atmosphériques et météorologiques comme on peut l’observer dans les toiles de Rubens ou Le Lorrain, la peinture des mythes résiste. Icare et Apollon conservent leur force évocatrice, notamment chez Charles de la Fosse ou Carlo Saraceni. Cette dualité perdure au travers des siècles, et on la retrouve au XIXème avec les naturalistes et les symbolistes. Si les premiers peignent le quotidien, les seconds peignent l’âme au travers du paysage.

Le point de pivot de la peinture de paysage est l’apparition de l’impressionnisme. Alors que les peintres jusque-là composaient la nature en atelier, Monet, Boudin ou Signac s’installent face à leur motif, en extérieur. Mais comme nous le montre le tableau Le Soleil de Munch, fixer le soleil éblouit, voire blesse. Comment faire alors pour l’observer et rendre les subtilités de sa lumière ? Nombreux sont ceux qui préfèrent la délicatesse des levers et des couchers de soleil. Félix Vallotton par exemple en peindra une quarantaine dans les dernières années de sa vie.

En parallèle, les études sur la couleur et ses lois optiques poussent les peintres à expérimenter et à diviser les touches colorées, comme dans le flamboyant Big Ben de Derain. Avec la découverte des ondes lumineuses au XXème siècle, les couleurs continuent à se séparer, chez Sonia Delaunay par exemple, pour arriver avec Calder et ses stabiles à une véritable séparation physique, les couleurs suivant la même trajectoire expansive que les étoiles de l’univers.

Les représentations récentes du soleil ont fait disparaître le paysage pour laisser toute la toile à leur sujet. Fromanger, Piene ou Poussette-Dart quittent la Terre pour représenter l’espace. Le développement des recherches autour de la théorie de la relativité d’Einstein a encore donné un coup à l’égo de l’humanité : notre galaxie n’est plus le centre de l’univers, et notre précieux soleil n’est plus qu’une étoile parmi tant d’autres. Proportionnellement, l’homme réduit de plus en plus. Face à l’immensité incertaine qui nous englobe, se recentrer autour du soleil, constant depuis l’apparition de l’humanité, rassure et nous offre un ancrage.

Face au soleil réserve quelques belles surprises avec des pièces rares mises en valeur par une scénographie soignée. Alors que l’hiver arrive, nous trouverons notre dose de vitamine D avec la lumineuse sélection d’œuvres qui nous attendent au musée Marmottan.

Face au soleil – Un astre dans les arts
Du 21 septembre 2022 au 29 janvier 2023
Musée Marmottan Monet – Paris

Visuels : 1- affiche de l’exposition / 2- André Derain, Big Ben, 1906 – Huile sur toile, 79 x 98 cm – Troyes, musée d’art moderne de Troyes, collections nationales Pierre et Denise Levy © Olivier Frajman Photographe © ADAGP, Paris 2022 / 3- Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872 – Huile sur toile, 50 cm x 65 cm – Paris, musée Marmottan Monet © Musée Marmottan Monet, Paris / Studio Christian Baraja SLB / 4- William Turner, Mortlake Terrace, 1827 – Huile sur toile, 92,1 x 122,2 cm – National Gallery of Art, Washington, Patrons’ Permanent Fund, 1990.1.1 © Courtesy National Gallery of Art, Washington / 5- Sonia Delaunay, Contrastes simultanés, 1913, Huile sur toile 46 x 55 cm -Madrid, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid © Pracusa S.A. Courtesy Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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