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Cézanne et les maîtres, relecture des classiques avec un œil d’artiste

Cézanne et les maîtres, relecture des classiques avec un œil d’artiste

28 février 2020 | PAR Laetitia Larralde

Le Musée Marmottan Monet nous invite avec sa nouvelle exposition à nous glisser dans la peau de Cézanne et à découvrir la peinture italienne par ses yeux. Une plongée dans l’histoire de l’art italienne à la fois exigeante et réjouissante.

Cézanne et les maîtres n’est pas une rétrospective classique. Cette exposition est plutôt le résultat d’une recherche autour de la question du rapport entre Cézanne et les peintres italiens et une plongée au cœur de l’essence de l’art du maître aixois. La réponse s’articule en trois temps : les influences italiennes du XVIème et XVIIème siècle, les éléments dans l’art de Cézanne qui font de lui un peintre italien et son influence sur les peintres du Novecento.

Comme de nombreux peintres, Cézanne a passé beaucoup de temps au Louvre et aux musées d’Aix et de Marseille pour étudier le Tintoret, le Greco ou encore Poussin. Mais pas question de reproduire fidèlement des œuvres déjà existantes : l’artiste peint ce qu’il voit, il retranscrit ce qu’il comprend de l’œuvre et ce qu’il ressent. Il ne se contente pas de rester en surface de l’œuvre étudiée, il plonge dans sa matière, sa composition, sa technique. L’exposition nous propose d’adopter le regard de Cézanne et de se rendre compte de la particularité de sa lecture à la fois technique et émotionnelle des œuvres.
Du Tintoret, il retient la violence et cette jubilation terrible dans les tourments. Avec Les vénitiens, il recherche à se défaire du contour en travaillant de l’intérieur de son sujet, en sculptant les masses, en modelant sur la toile. Il partage la même approche de la couleur comme élément de base d’où naît la lumière, le modelé, la forme. Les napolitains lui apprennent l’humilité des sujets, et comment trouver la dimension divine dans la réalité, voire la pauvreté. Enfin, avec son retour à Aix correspondra un choix commun de sujet avec les romains : la nature et la lumière méditerranéennes.

Fervent lecteur de Virgile, d’Ovide et de philosophie stoïcienne et épicurienne, Cézanne en tire une vision organique et tournée vers la nature : tout n’est qu’un, la nature, l’homme, les objets, tout fait partie d’un même ensemble partageant une structure et une origine commune. Il cherche à traduire la stabilité, la permanence, avec des codes tels que la lumière et la couleur qui définiraient plus l’impalpable et l’éphémère.
Il n’y a pas lieu de faire de distinction dans la représentation des sujets. Pomme, baigneuse, montagne, chaque thème est d’importance égale et au final n’est qu’un prétexte pour que Cézanne travaille sur ce qui le passionne : la matière. Il plonge au cœur de cette matière picturale, travaille la touche, le grain et la lumière. L’air est aussi consistant que la roche, le symbolisme est évacué, et le tableau vibre de cette énergie fougueuse héritée des vénitiens.

Si les divinités du Tintoret deviennent chez Cézanne des hommes du peuple, les paysages oniriques et recomposés de Poussin retournent à la réalité des montagnes provençales et les natures mortes perdent leurs vanités, la vision des maîtres italiens perdure malgré tout au travers des siècles. Avec une œuvre profondément personnelle, le peintre s’inscrit dans une continuité italienne et de là est reconnu comme l’un des leurs par les peintres de la génération suivante tels que Giorgio Morandi, Fausto Pirandello ou encore Carlo Carrà. Eux aussi étudieront le maître aixois et retranscriront dans une interprétation personnelle l’essence des œuvres de Cézanne. Avec eux, la simplicité d’un paysage ou le dépouillement d’une nature morte deviennent des supports à une réflexion silencieuse, une méditation philosophique.

Dans une scénographie aux couleurs chaudes des terres méditerranéennes, les tableaux se juxtaposent. Les italiens donnent des clés de lecture de Cézanne, et Cézanne nous fait porter un regard nouveau sur les italiens. Des panneaux didactiques ponctuent l’exposition pour permettre d’approfondir les correspondances de structures et de traitement entre les tableaux de Cézanne et des maîtres italiens. On se rend compte qu’une même idée peut s’exprimer de façons très différentes et qu’une même technique peut permettre de mettre en lumière des idées opposées.

Avec Cézanne comme pivot central de l’exposition, nous sommes invités à dépasser l’aspect esthétique des tableaux et à creuser les techniques, la composition et la façon de penser des artistes. En comprenant à quel point le travail de la matière est essentiel à Cézanne, on peut penser alors que le processus même de création avait plus d’importance à ses yeux que le résultat. Et de là, apercevoir ce bonheur essentiel qu’il devait ressentir à tenir un pinceau.

Cézanne et les maîtres, Rêve d’Italie
Du 27 février au 05 juillet 2020
Musée Marmottan Monet – Paris

 

Visuels : 1- Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire, vers 1890, Huile sur toile 65 x 95,2 cm – Paris, musée d’Orsay, donation de la petite-fille d’Auguste Pellerin, 1969 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski / 2- Jean-François Millet, dit Francisque Millet, Paysage classique – XVIIe siècle, Huile sur toile, 96 x 128 cm – Paris, musée du Louvre, dépôt au musée des beaux-arts de Marseille © Ville de Marseille, Dist. RMN-Grand Palais / Jean Bernard / 3- Paul Cezanne, Cinq baigneurs, 1900-1904, Huile sur toile 42 x 55 cm – Paris, Musée d’Orsay. Donation de Philippe Meyer, 2000 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Adrien Didierjean / 4- Dhomínikos Theotokópoulos, dit le Greco, Portrait de jeune fille – Huile sur toile, 43 × 36,5 cm – Collection particulière © Valentina Preziuso / 5- Paul Cézanne, Nature morte, poire et pommes vertes, vers 1873 – Huile sur toile 22 x 32 cm – Paris, musée de l’Orangerie, collection Jean Walter et Paul Guillaume © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski / 6- Giorgio Morandi, Nature morte avec bouteille et verres, 1945-1955 – Huile sur toile, 30,3 x 45 cm – Remagen, Arp Museum Bahnhof / Sammlung Rau für UNICEF © Peter Schälchli, Zürich

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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