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« L’heure bleue de Peder Severin Krøyer », une douceur singulière

« L’heure bleue de Peder Severin Krøyer », une douceur singulière

26 février 2021 | PAR Laetitia Larralde

Le musée Marmottant Monet nous fait voyager au Danemark, dans la lumière si particulière de Peder Severin Krøyer, avec la première exposition monographique qui lui est consacrée en France. Promenade en bord de mer et bain de lumière en plein Paris.

Une vie artistique idéale

L’histoire de Peder Severin Krøyer n’est pas celle d’un peintre maudit, loin de là. Né en Norvège en 1851 et élevé par sa tante au Danemark, il trouve très tôt un riche mécène alors qu’il est encore à l’Académie des Beaux-Arts de Copenhague, ce qui le mettra à l’abri pour le reste de sa vie. Il fut riche et célèbre de son vivant et est considéré avec Vilhelm Hammershøi comme l’un des plus grands maîtres de la peinture danoise de son temps. Ce film réalisé pour l’exposition en collaboration avec le Skagen Kunstmuseer permet de se faire une première idée de l’œuvre et de la vie de Krøyer.

Une peinture naturaliste franco-danoise

A de nombreuses reprises, il a séjourné en France, notamment à Paris où il fut l’élève de Léon Bonnat. Ses œuvres sont présentées plusieurs fois aux Expositions universelles et au Salon officiel, dont il fut médaillé, rencontrant le plus souvent le succès auprès du public parisien. Pourtant, il ne s’intéressait pas à la ville et à ses populations aisées. Fortement influencé par Zola, ses attentions se sont vite portées sur la campagne et le monde ouvrier, le plaçant ainsi dans le courant naturaliste.

Cette inclination ne s’est pas démentie par la suite. A partir de 1882 il séjourne tous les étés à Skagen, petite ville de pêcheurs au nord du Danemark où un couple de ses amis s’est installé, formant une colonie d’artistes. Passant ses hivers à Copenhague pour peindre des portraits le plus souvent commissionnés par de riches personnalités de Copenhague, il consacre ses étés à peindre la nature et les pêcheurs du Nord. Ce sont sur ces étés-là que se concentre l’exposition du musée Marmottan.

Il règne dans les salles de l’exposition comme une sensation de parenthèse enchantée. Krøyer, entouré de ses amis artistes, libéré de ses obligations de la ville, peut y peindre les sujets qui lui tiennent le plus à cœur. Le paysage et la nature sont les personnages principaux de ses tableaux, habités de pêcheurs, d’artistes ou d’enfants jouant dans les vagues. Si les couleurs de la scénographie, jaune tournesol, rouge vermillon et beige, peuvent paraître très osées au premier abord, elles créent une ambiance chaleureuse. Le rouge et le jaune complètent le bleu de Krøyer pour une version danoise des couleurs primaires.

La lumière avant tout

Ce qui frappe le plus dans les tableaux présentés ici, c’est la lumière. Tantôt chaude lumière de l’après-midi d’été venant jouer sur les convives d’un déjeuner en extérieur ou sur la femme de Krøyer dans une chaise longue au jardin, tantôt éclat des vagues, c’est pourtant celle du crépuscule qui reste en mémoire. Car cette fameuse heure bleue, celle des longs crépuscules d’été des pays du nord de l’Europe où le soleil ne se couche pas tout à fait, apporte un certain mystère aux tableaux. Les bateaux flottent entre le jour et la nuit et les couleurs ne correspondent complètement ni aux gammes de la lumière de jour, ni à celle de nuit.

L’exemple le plus marquant est celui de Soirée calme sur la plage de Skagen, Sønderstrand. On y voit deux femmes marcher au bord de l’eau en fin de journée, la plage s’étirant jusqu’à l’horizon dans un camaïeu de bleus tandis que leurs robes blanches sont éclairées d’une lumière dorée presque irréelle. Ce tableau dégage à la fois une sensation de calme et d’étrangeté qui provoque une douce mélancolie.

En ces temps où nous sommes privés d’horizons et d’ailleurs, les tableaux de Peder Severin Krøyer nous permettent de voyager dans la douceur de ces nuits d’été danoises, entre déjeuners entre amis et longues marches dans la nature. Une heure bleue un peu magique, en somme.

 

L’heure bleue de Peder Severin Krøyer
Du 28 janvier au 25 juillet 2021
Musée Marmottan Monet – Paris

Visuels : 1 – Peder Severin Krøyer, Soirée calme sur la plage de Skagen, Sønderstrand (Anna Ancher et Marie Krøyer marchant), 1893 – Huile sur toile, 100 x 150 cm – Skagen, Skagen Kunstmuseer © Art Museums of Skagen / 2-Peder Severin Krøyer, Autoportrait au chevalet, 1902 – Huile sur toile, 54 x 45 cm – Collection de l’Ambassadeur John L.Loeb Jr. © Bill Orcutt / 3- Peder Severin Krøyer, Hip, hip, hip, hourra ! Déjeuner d’artistes, Skagen, 1885-1888 – Huile sur toile, 134,5 x 166,5 cm – Göteborg, Gothenburg Museum of Art © Gothenburg Museum of Art / 4- Peder Severin Krøyer, Pêcheurs de Skagen, Danemark, coucher de soleil, 1883 – Huile sur toile, 135 x 190,5 cm – Skagen, Skagen Kunstmuseer © Art Museums of Skagen / 5- Peder Severin Krøyer, Roses, 1893 – Huile sur toile, 67,5 x 76,5 cm – Skagen, Skagen Kunstmuseer © Art Museums of Skagen

Vidéo : L’Heure bleue de Peder Severin Krøyer, 2021. Immersive Stories pour le Skagens Kunstmuseer, Danemark, Musée Marmottan Monet, Paris et Le Bicolore – Maison du Danemark, Paris.

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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