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« Héroïnes romantiques » : muses tragiques et sublimes

« Héroïnes romantiques » : muses tragiques et sublimes

07 avril 2022 | PAR Iseult Cahen Patron

Cléopâtre, Jeanne d’Arc, Ophélie d’Hamlet, Marie Stuart, Desdémone d’Othello, Sappho, Atala… Nombreuses sont les figures féminines historiques ou fictives qui ont inspiré les peintres romantiques. Jusqu’au 4 septembre, le Musée de la Vie romantique consacre une exposition à ces héroïnes tragiques et fascinantes par bien des aspects. 

Empreintes des plus vives passions humaines, les figures féminines dans la peinture romantique traduisent l’ambition de peintres tels que Girodet, Delacroix, Chassériau, Gros, Cogniet ou Burthe. Elles sont l’incarnation même des sentiments puissants et cathartiques. Impliquées dans des dilemmes cornéliens ou victimes d’abjectes manipulations, ces femmes et leurs légendes sont profondément ancrées dans la culture collective d’hier et d’aujourd’hui. Elles sont aujourd’hui mises à l’honneur dans l’exposition « Héroïnes romantiques » au Musée de la Vie romantique.

Une certaine vision du féminin

Au XIXe siècle, leurs représentations – qu’elles soient plastiques ou scéniques – traduisent une certaine idée et vision du féminin que l’exposition propose d’interroger. Bien que la création de l’époque soit majoritairement masculine, l’exposition met en lumière les œuvres d’artistes femmes telles que Marie d’Orléans, Félicie de Fauveau, Frédérique O’Connell, Madame de Staël ou George Sand. Le parcours en trois temps (Héroïnes du passé, Héroïnes de fiction et Héroïnes en scène) tisse des liens entre les Beaux-arts, la littérature et les arts de la scène. 

Au bord du précipice 

La première œuvre de l’exposition donne le ton : Sapho à Leucate d’Antoine-Jean Gros. Désespérées d’amour à l’image de Juliette, d’Ophélie et de Sapho, accusée à tort d’adultère telle Desdémone, femmes transgressives comme Marguerite de Faust ou Médée, les figures mythologiques et de fiction sont de formidables porte-étendards du tragique. Dans ce cadre, les artistes privilégient la représentation de l’instant critique. Au bord du précipice, Sapho s’apprête à tomber. Ophélie se fait engloutir par les eaux et s’accroche, dans un dernier souffle, à la branche d’un saule. Poings liés au bûcher qui s’embrase, Jeanne d’Arc lève les yeux vers le ciel. Juliette expire une dernière fois dans les bras de son Roméo. 

Interroger les archétypes féminins : la belle mort

L’exposition – dont le commissariat a été assuré par Gaëlle Rio et Élodie Kuhn – propose une lecture juste de la période dénuée d’anachronisme. Elle n’en est pas moins consciente des archétypes féminins qui sont en jeu. Les figures féminines des Romantiques ont le teint diaphane. Vêtues de drapés vaporeux, elles sont vacillantes ou gisantes au sol, sans prises sur leur destinée. Ainsi, le topos de la « belle mort » est privilégié et visible dans les œuvres sélectionnées : le macabre devient sublime. Alors que le souffle se fait court et que l’âme s’évapore, la chair demeure vivante et bombée. Une certaine forme d’érotisme est évidemment perceptible dans ces œuvres. 

 
 
 
 
 
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Une programmation musicale attrayante

La dernière salle du parcours est consacrée aux mondes du théâtre, du ballet et de l’opéra et à ces icônes tombées dans l’oubli mais étoiles d’alors : Mademoiselle Mars, Mademoiselle Rachel, Maria Malibran, Giuditta Pasta, Marie Taglioni. La pièce comprend des œuvres picturales, sculpturales ainsi qu’un costume de scène. De plus, un espace de projection réunit une sélection d’œuvres d’opéra, de ballet, de cinéma classique et contemporain.

En dépit de la qualité et de la diversité des productions exposées, une petite déception se fait ressentir dans cette salle qu’on aurait aimé plus chargée en costumes et en extraits audiovisuels. Finalement, la programmation concoctée autour de l’exposition nous fait rapidement oublier cette déconvenue. En effet, le musée (en collaboration avec le Conservatoire à rayonnement régional de Paris) proposera un cycle de concerts de compositrices romantiques. Le 12 avril, la pianiste Marie Vermeulin assurera un récital de piano. Concluons sur cette thématique musicale : on ne peut résister à la tentation de vous insérer un extrait de l’opéra Hamlet d’Ambroise Thomas où la soprano Sabine Devieilhe interprète une Ophélie dévastée mais somptueuse. 

L’intégralité de la programmation autour de l’exposition est à retrouver ici

 

Visuels : 

  • Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824), Atala (détail), vers 1808, huile sur toile, 49 x 60 cm, Châtenay-Malabry, Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups – Maison de
    Chateaubriand © CD92 / Vincent Lefèbvre
  • Antoine-Jean Gros (1771-1835), Sapho à Leucate, 1801, huile sur toile, 118 x 95 cm, Bayeux, musée d’art et d’histoire Baron-Gérard © RMN-Grand Palais / Jean Popovitch
  • Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850), Jeanne d’Arc sur le bûcher, 1822, huile sur toile, 37,2 x 24,6 cm, Rouen, Musée des Beaux-Arts © Agence Albatros /Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie
  • Vues de l’exposition « Héroïnes romantiques », Musée de la Vie romantique, 2022 ©Iseult Cahen-Patron
Agenda des vernissages de la semaine du 7 avril
L’Open ferme
Iseult Cahen Patron

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