Danse
« La Sylphide » à l’Opéra de Paris, un dépaysement romantique

« La Sylphide » à l’Opéra de Paris, un dépaysement romantique

25 juin 2013 | PAR Marie Boëda

La Sylphide invite à la rêverie, s’apprécie comme un conte qui nous plonge dans un univers fantastique. On s’évade grâce à ce ballet, précurseur du romantisme dans la danse classique. On aime ou pas les tulles, voiles, la pureté de l’histoire, mais l’interprétation du ballet de l’Opéra, en nous permettant de redécouvrir un pan de l’histoire du ballet classique, suscite l’admiration grâce à l’habilité requise, entre petites batteries rapides et lent déploiement du buste et des bras.

Sur un livret d’Adolphe Nourrit, c’est le paysage brumeux et boisé de l’Ecosse qui entoure la vie trop banale du héros romantique stimulée par la présence de créatures imaginaires et inaccessibles, les sylphides (qu’on retrouve dans la littérature du XVIIIe). James (interprété par le danseur étoile Mathieu Ganio) s’apprête à épouser une jeune paysanne. L’ennui et la mélancolie le projettent dans une rêverie dans laquelle la Sylphide (l’étoile Dorothée Gilbert) immaculée, ornée de perles blanches, de voiles et de tulles le séduit.

Le premier acte se déroule dans une chaumière d’Ecosse, dans laquelle défilent tous les villageois dont Effie, la promise, interprétée par Mélanie Hurel touchante et pétillante. Le corps de ballet entame des variations enjouées et laisse place au Pas de deux des Ecossais avec Muriel Zusperreguy et Emmanuel Thibault. Dynamiques et souriants, ils illuminent le premier acte à eux tous seuls. Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio subliment leur rôle dans le deuxième acte, rôles faits sur mesure. Dans le domaine sylvestre des Sylphides, le deuxième acte est rythmé par des solos et des Pas de deux du couple d’étoiles. La technique de ce ballet à l’italienne demande une forte rapidité des jambes associée à la lenteur gracile du buste. Mathieu Ganio impressionne par une série de petits sauts précis et rapides et des grands sauts exécutés avec une assurance et une prestance toute princière. Le rôle de la Sylphide convient parfaitement à Dorothée Gilbert dont la grâce est révélée par les mouvements de ses bras et celui de son buste en apesanteur, technique qu’elle maîtrise si bien. Le charme émanant d’elle semble avoir conquis toute la salle.

La musique de Schneitzhoeffer vive et légère exprime joliment la fugacité et l’insaisissabilité de cet idéal qu’incarne la Sylphide et rythme l’agilité nécessaire pour ce ballet. Considéré comme le premier ballet romantique, la Sylphide a été chorégraphiée par Philippe Taglioni en 1832 et remontée par Pierre Lacotte en 1972. En plus d’une histoire qui peut sembler désuète, les décors et costumes restent au plus près de la tradition. Une femme imaginaire soumise et inoffensive, une sorcière maléfique et un héros romantique certes, mais une virtuosité technique qu’on doit à la première interprète de la Sylphide, Marie Taglioni, la fille du chorégraphe. Ballet éthéré qui dès sa création a envoûté toute l’Europe, les Sylphides ne dansent pas, elles volent, grâce à une mécanique de câbles et de poulies, elles donnent l’illusion d’un spectacle résolument magique.

Du 22 juin au 15 juillet à Garnier avec l’orchestre de l’Opéra national de Paris (sous la direction de Philippe Hui). Chorégraphie de Pierre Lacotte, musique de Jean Madeleine Schneitzhoeffer.

Visuels (c) : Anne Deniau.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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