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Érudition et sarcasme féminins aux « Salons littéraires » du Musée de la vie romantique

Érudition et sarcasme féminins aux « Salons littéraires » du Musée de la vie romantique

25 mai 2019 | PAR Yuliya Tsutserova

En collaboration avec le Petit Palais, le comité scientifique du Musée de la vie romantique, Gaëlle RIO (directrice) et Élodie KUHN (directrice adjointe), présente le volet littéraire de l’exposition « Paris Romantique 1815-1848 »

 

Dans cet ancien atelier-salon du peintre romantique Ary Scheffer, de 22 mai au 15 septembre 2019. On y retrouve tous les grands hommes des lettres – Hugo, Balzac, Dumas, Chateaubriand, Baudelaire – oui, en companie de leurs confrères artistiques, mais aussi sous le regard discriminant et taquin féminin, comme celui de Mademoiselle MARS en assistance à la lecture de Brutus à la Comédie-Française par François-Guillaume Andrieux (représentée ci-dessus).

Mais il faut regarder de très près pour le deviner. Les lithographes de « Traviès » présentent la position précaire de la femme entre deux feux : son soutien indéfectible est peu apprécié à la maison (« – Laisse-moi donc finir mon vaudeville […] tu es toujours sur mon dos ! » ), et son talent dramaturgique au théâtre est pris pour une invitation à la séduction (« Vous avez joué le rôle de ma jeune fille innocente et persécutée avec le plus rare talent… tant de vertu mérite sa récompense, il faut que je vous embrasse ! »). Stendahl remercie son patronage avec « une jeune blonde dont tout Paris admire les beaux vers » (au sujet de Delphine DE GIRARDIN), et Sainte-Beuve condescend qu’elle « ne tint jamais plus de place dans le monde que quand elle fut dans cet humble asile » (au sujet de Juliette RÉCAMIER).

Les panneaux identifient les femmes d’abord en termes de leur filiation ou appartenance conjugale : Delphine de Girardin est tout d’abord femme d’Émile Girardin, propriétaire du quotidien prestigieux La Presse, « doté des moyens financiers importants ». Marie NODIER est fille de Charles Nodier, bibliothécaire du comte d’Artois à l’Arsenal, représentée par Jean Gigoux « apprêtée et coquette, dans une discrète délicatesse ». Ça n’est qu’en passant qu’on apprend qu’à part recevoir Gautier, Balzac, Sand, et de Musset à son salon au 11, rue Saint-Georges, Delphine de Girardin publiait, sous le pseudonyme de « vicomte de Launay » ses Chroniques parisiennes, était une femme « rompue à l’art de la conversation », « conseillère et protectrice des lettres ». Qu’à part jouer aux cartes et danser avec Hugo, Dumas, de Musset, de Nerval, et Sainte-Beuve, Marie Nodier était « souvent citée…par les artistes et poètes invités » et collectionnait la musique romantique. Que le pianoforte et l’harpe faisait probablement plus qu’une partie de décor ou l’accompagnement des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand dans le salon de Juliette Récamier au rue de Sèvres à l’Abbaye-aux-Bois. L’on a envie de savoir plus sur les compétences, la production créative, et les pensées de ces critiques culturelles.

Entre George SAND, qui n’a nul besoin d’être présentée. À l’étage de l’exposition, l’on découvre avec grande joie ses talents en caricature : avec Auguste CHARPENTIER, elle exécute un Éventail (1838) orné d’une équipée la plus ridicule et délicieuse : « histoire d’amour dans un décor champêtre ». Le lutin elle-même est déguisée en nymphe-bergère Sandaraque avec le minuscule Frédéric CHOPIN en « oiseau sacré Chopinios » accroché à sa main. Et l’on sent que ce n’est que le début de cette histoire… !

Visuels : © Yuliya Tsutserova

Infos pratiques

Apollo Théâtre
Auditorium de Lyon
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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