Architecture
Fermeture du Tacheles à Berlin, la fin d’un mythe

Fermeture du Tacheles à Berlin, la fin d’un mythe

07 septembre 2012 | PAR Christophe Candoni

A Berlin, le mythique squat artistique, le Tacheles, a été évacué en début de semaine, le mardi 4 septembre au matin, par des huissiers aidés du renfort de la police. Il se voit dorénavant officiellement et définitivement contraint à la fermeture et peut-être bientôt à la démolition. Un triste évènement, symbole de l’embourgeoisement progressif de la capitale allemande qui peut néanmoins se targuer d’une vie culturelle toujours foisonnante.

Situé dans le quartier juif (son nom « Tacheles » signifie « franc-parler » en yiddish), à proximité de la synagogue, le bâtiment, imposant et peu banal, d’architecture moderne et bétonnée, a été construit en 1909 pour devenir une galerie commerciale laissée à l’abandon puis utilisé comme prison nazie durant la seconde Guerre Mondiale,

L’immeuble et son terrain qui s’étendent de la Friedrichstrasse à l’Oranienburger Strasse dans l’ancienne RDA, sont occupés peu après la chute du mur en 1990 et jusqu’à aujourd’hui par une communauté d’artistes bohèmes venus de tous les pays d’Europe. Peintres, sculpteurs, plasticiens ont investi les lieux pour y installer leurs nombreux ateliers, galeries, magasins, églises, bains-douches, bars et restaurant (le Zapata), salle de cinéma dont regorgent les cinq étages de la bâtisse grande de 1.250 m2.

Ce temple de la culture alternative punk, tombé en ruine aujourd’hui, demeure un lieu unique en son genre, historique même car de nombreux squats y ont vu le jour après la chute du mur à l’Est de Berlin; il n’en reste à peu près aucun, le quartier étant de plus en plus prisé et bobo.

Un esprit créatif mais aussi de résistance et de contestation faisait l’identité de ce lieu atypique et emblématique à Berlin ; il s’est un peu perdu mais pas sa renommée car cette galerie d’art très courue attire chaque année la curiosité d’environ 400 000 visiteurs venant de tous pays.

Ce mardi matin, les artistes expulsés se rassemblaient résignés en entamant une oraison funèbre au piano sur le trottoir. « C’est le vol d’une œuvre d’art protégée par la police » a dénoncé Martin Reiter, le porte-parole du Tacheles, devant une centaine de sympathisants et journalistes qui dans le calme et la nostalgie disaient adieu à l’édifice mais plus encore à un certain état d’esprit et une époque révolus. « Berlin n’est bientôt plus sexy », était écrit sur une pancarte placardée sur la devanture, en référence au slogan de Berlin, «ville pauvre mais sexy». Les temps changent.

Photo : Christophe Candoni

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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