Théâtre
Valère Novarina réanime l’Atelier Volant au théâtre du Rond Point

Valère Novarina réanime l’Atelier Volant au théâtre du Rond Point

07 septembre 2012 | PAR Bérénice Clerc

Valère Novarina fait naître à nouveau le théâtre, réinvente le temps, l’espace, le corps et le rythme des mots humains avec L’Atelier Volant sa première pièce jusqu’au 6 octobre au Théâtre du Rond Point à Paris puis en tournée dans toute la France.

Jour de première, l’été indien va à merveille au teint encore hâlé du gotha culturel parisien, heureux de se réunir pour une rentrée artistique sous le signe du « Novarina », espèce rare d’auteur, artiste, metteur en scène, inventeur de mots, « déniaiseur » de langue, amoureux des acteurs, passionné par la vie.

Pleins pouvoirs au cerveau, toute confiance en l’acteur, le théâtre du Rond point a la chance d’accueillir en ses murs et sur ses planches la résurrection de l’Atelier Volant, pièce écrite en 1971, montée pour la première fois en 74 et jouée dans le monde entier.

L’Atelier Volant fait trembler la lutte des classes, une usine, le patron cherche des employés pour la faire tourner. Il demande à son docteur d’en trouver, des français en bonne santé avec de belles dents et des cerveaux non exploités pour les rendre corvéables à merci et augmenter encore et toujours la cadence. Travailler plus pour gagner plus, mériter son pain, travaille, consomme et ne pense pas, salaires, dépenses, crédits, fatigue ouvrière, patronat hors du monde réel, tout y est même les prémices de la révolte, rien n’a changé ou juste empiré peut-être.

Valère Novarina est (hélas) visionnaire et réaliste au sujet de l’exploitation des masses, la toute puissance du langage, la publicité, le marketing, la consommation écœurante, la souffrance quotidienne, la perte du sens de la vie, la France d’en bas qui aime la vie au point de se tuer à petit feu à grand coup de travail, de cigarettes et d’alcool…

Mise à part quelques coupes nécessaires, pas une syllabe n’a été modifiée pour la remise en mouvement de l’Atelier Volant paralysé dans le livre.

L’émotion est retrouvée grâce au travail d’orfèvre des acteurs, du metteur en scène et du scénographe. Le talentueux Philippe Marioge livre une vision d’atelier sur fond noir comme le monde ouvrier, une bâche peinte par Valère Novarina de couleurs et d’or, des cubes, des boîtes, des objets aux couleurs vives se déplacent et habitent l’espace avec éclat. Sobre, délicat et lumineux, le décor rend la pièce absolument lisible.

Monsieur Boucot, le grand patron est un rôle cousu sur mesure pour le corps, la peau, la langue, le jeu et le rythme d’un Louis De Funès. Comme il n’était pas libre Olivier Martin Salvan endosse le costume très serré du personnage. Il se débat, transpire, gesticule et peine à imprimer un rythme réel au langage à la chaine malgré une volonté et une énergie généreuse.

Madame Bouche, son double, est diaboliquement interprétée par Myrto Procopiou dans un extraordinaire costume, dont elle joue à merveille.

Fantastique ange bleu, grande dame, gorgone, méduse aux tentacules multiples surfe sur les vagues langagières et livre un jeu finement ciselé au marteau grinçant et percutant de l’humour.

Les ouvriers, sans nom, des lettres sans cœur ni esprit, juste bons à être manipuler.

Tous pareils, ils ne quittent quasiment jamais le plateau et font vibrer la scène de leur corps malgré un manque certain de lisibilité des costumes,  pourtant imaginés par Rénato Bianchi le directeur des ateliers de costumes de la Comédie Française où il brille depuis de nombreuses années.

Des moments collégiaux magnifiques, des  chansons et musiques de Christian Paccoud en chœur et le somptueux passage « des congés payés », tous face à la mer en maillot de bain, offrent une poésie rare et des images riches particulièrement l’écriture d’une carte postale du personnage interprétée par Valérie Vinci.

Énergique et pétillante, du début à la fin, la ravissante comédienne étincelle de son sourire enjoué et vit ses personnages jusqu’au bout des doigts, des mots et du regard.

Dominique Parent n’est pas en reste, ouvrier modèle, sa représentation évidente, sans caricature même dans les moments les plus comiques où accents et défauts de prononciation sont des perles qu’il enfile avec légèreté et passion.

Nicolas Struve sautille, danse et fait rire en paroles comme en chansons.

Une brochette d’acteurs fidèles, travailleurs et talentueux, l’excellent régisseur générale Richard Pierre ici dans un vrai rôle de docteur, rejoint par des « nouveaux » comme Julie Kpéré et René Turquois ouvriers du réel, laboureurs de langage.

La pièce est un peu longue, elle gagnerait à être resserrée tant le texte est fantastique, la scénographie et le jeu des acteurs l’habitent.

Le théâtre de Valère Novarina est à vivre. Mâcher, mastiquer, avaler, digérer, inventer sa propre histoire, tel est le travail à fournir par le spectateur.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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