Politique culturelle
Municipales à Paris : la culture dans les programmes des candidates

Municipales à Paris : la culture dans les programmes des candidates

19 mars 2014 | PAR Marie Boscher

Alors que les candidats aux présidentielles de 2012 avaient délaissé la culture dans leurs programmes, les candidates à la Mairie de Paris, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet, ont bien compris l’intérêt de la placer au cœur de leurs propositions. Le rayonnement culturel de la capitale et les travaux engagés par le maire sortant font de la culture un élément clé des programmes des candidates qui peut leur permettre de gagner le vote des parisiens. De la restructuration ambitieuse de NKM aux projets d’Anne Hidalgo, tour d’horizon des projets culturels des candidates.

Éducation artistique

L’éducation artistique est le fer de lance des programmes culturels des deux candidates. Face au constat des inégalités d’accès à la culture dans la ville de Paris, Anne Hidalgo et NKM proposent de privilégier l’accès à l’éducation artistique dès le plus jeune âge. L’élargissement des plages horaires des musées et la création de nouvelles places en conservatoires sont des idées communes aux deux programmes, avec des conservatoires « hors les murs » pour Anne Hidalgo et la construction de nouveaux bâtiments pour NKM. Cette dernière propose également de supprimer la gratuité permanente dans les musées. D’après elle, « ériger la gratuité en principe absolu de la démocratisation de la politique culturelle est inefficace (…) et donne l’impression que l’immatériel n’a pas de valeur« . Pour NKM, il est nécessaire avant tout de construire des partenariats entre les institutions culturelles, les artistes et les lieux d’éducation pour sensibiliser dès le plus jeune âge.

Les bibliothèques constituent également une base de l’éducation artistique. Anne Hidalgo propose pour cela d’étendre les horaires d’ouvertures et d’y créer des espaces de co-working pour développer des connivences entre les usagers, notamment les étudiants à qui elle souhaite ouvrir le prêt de liseuses numériques. Pour NKM, la culture de proximité doit s’appuyer sur les horaires des bibliothèques qu’elle souhaite aussi élargir. Elle propose de même la création d’une carte qui permettrait de décloisonner les « privilèges » et les rendre accessibles à tous les titulaires de celle-ci.

Espaces de création artistique

el-seedUn autre moyen de rendre la culture accessible à tous : permettre aux parisiens de créer en leur offrant des espaces de création artistique. Pour cela, les candidates rivalisent d’imagination avec des projets parfois très ambitieux. NKM, par exemple, présente l’idée de recouvrir 5 portes de Paris pour rapprocher les communes limitrophes séparées de la capitale par le périphérique, et créer des lieux culturels. Par exemple, entre la Porte de Vanves et la Porte d’Orléans, elle souhaiterait créer de 3 à 4000 logements et ateliers d’artistes pour créer un nouveau « Montparnasse ».

Anne Hidalgo, plus pragmatique, imagine des ateliers et des salles de répétition éphémères qui seraient installés dans des bâtiments municipaux en attente de réfection afin d’élargir la proposition parisienne de lieux de création. Afin de mutualiser les moyens techniques et d’accompagner les nouveaux projets, la candidate socialiste propose de mettre en place une régie culturelle.

La culture urbaine a aussi sa place dans les programmes. Quand NKM avance l’idée d’intégrer aux alentours des gares du Nord et de l’Est des espaces urbains d’expression (skate-park, murs de tags), Anne Hidalgo suggère de lancer des projets similaires à celui de la Tour 13 et la création de « La Place », un lieu dédié au hip-hop au cœur des Halles.

Lier le passé et le futur

Là où les programmes des candidates divergent franchement, c’est au niveau de la gestion de la mémoire culturelle de la ville et des idées d’innovations pour l’avenir. Anne Hidalgo semble vouloir garder une rupture plus ou moins poreuse entre la conservation des vestiges du passé et les perspectives modernes pour la ville. Si elle souhaite faire numériser les œuvres parisiennes (tous arts confondus) pour les rendre accessibles et leur donner une dimension actuelle, elle reste dans une dynamique de préservation et de conservation des biens historiques. Pour cela, elle propose un « plan églises » qui viendra financer la restauration des églises parisiennes. Anne Hidalgo soumet également l’idée de rénover les musées pour les rendre plus visibles.

Pour NKM, la césure entre passé et avenir est beaucoup moins franche. Ses propositions amènent plutôt l’idée de réinvestir les biens délaissés pour aller de l’avant. Son projet très médiatisé de transformer les stations fantômes du métropolitain en lieux culturels divers (restaurant, boîte de nuit, salle de théâtre, piscine, …) entre dans cette volonté de reprendre l’ancien pour faire du neuf. La petite ceinture serait également réinvestie. Cet ancien chemin de fer qui faisait le tour de la petite couronne est aujourd’hui laissé à l’abandon mais représente une trentaine de kilomètres prêts à être utilisés. Pour cette rénovation, NKM entend laisser le choix aux riverains sur les lieux qui y seraient installés. L’ancien hôpital Saint Vincent de Paul, aujourd’hui désaffecté, serait transformé en une cité des arts et des sciences.

La culture en plein air

Les espaces extérieurs ne sont pas en reste dans les programmes des candidates. Les bois représentent 1841 hectares à Paris et seule la moitié des parisiens en profitent. NKM propose donc de les valoriser afin de réconcilier les habitants avec la nature toute proche en y instaurant des lieux culturels divers. Elle soumet également l’idée d’un projet de centre de recherche bio-végétale entre les portes de Bercy et de Charenton.

Anne Hidalgo voit bien revenir les fameux bals qui ont marqué la vie parisienne jusque dans les années 50. Chorales publiques, concerts dans les kiosques : la musique se pratiquera en plein air. Elle propose aussi la mise en valeur des jardins des musées ainsi que la découverte du Paris caché à travers des parcours pour découvrir les trésors de la ville Lumière. Pour réaliser ces projets, 1% du budget serait entièrement dédié à l’urbanisme.

Mécénat et financement

Le projet de fondation Paris Lumière proposé par NKM amène l’idée qu’à chaque euro investi par le privé, la ville investira la même somme à son tour. La fondation viendrait financer tout type de projet et chaque don sera déductible des impôts à hauteur de 66%. La candidate de droite espère ainsi redonner une impulsion au mécénat. Les projets seraient étudiés par un comité d’investisseurs indépendants, d’artistes et de représentants des investisseurs privés.

Si elle est élue, Anne Hidalgo déclare s’engager à développer le mécénat et le financement participatif en faveur des créateurs et des entrepreneurs culturels, sans expliquer par quels biais elle souhaiterait mettre cela en place.

Les projets des deux candidates en matière de culture sont nombreux et souvent ambitieux. On connaît le rayonnement culturel de la capitale et la nécessité de le décloisonner. Comme pour toutes les promesses de campagne, il reste à espérer que la future élue saura les respecter.

Visuels : Affiches de campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet et Anne Hidalgo.
Tour 13 © Elseed
Esquisses stations fantômes © Oxo architectes & Laisné Architecte

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Marie Boscher

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