Politique culturelle
Béatrice Castaner :  » la présence des femmes, artistes ou sujets des récits est très forte aux Zébrures d’automne « 

Béatrice Castaner :  » la présence des femmes, artistes ou sujets des récits est très forte aux Zébrures d’automne « 

03 septembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Du 22 septembre au 2 octobre, Limoges vivra au rythme des Zébrures d’automne. Béatrice Castaner, Secrétaire générale du festival, nous parle de cette édition féministe et centrée sur les textes. 

 

La première question est bien évidemment liée au contexte sanitaire, quels sont les aménagements que vous avez dû faire pour accueillir le public ?

Nous mettons tout en œuvre pour que le public et les artistes puissent vivre au mieux ce moment, et que la qualité de la rencontre ne soit pas altérée. Nous suivons les consignes sanitaires en vigueur pour l’accueil des publics, que ce soit dans les salles de spectacles ou à la caserne Marceau qui est le « cœur » du festival : nous vérifions que chaque spectateur de plus de dix-huit ans possède un « passe sanitaire » valide pour entrer dans les différents lieux : salles de spectacle, chapiteau, restaurant des Zébrures d’automne… et nous ferons preuve de pédagogie !

 

Votre belle programmation est internationale, est-ce que faire venir certains artistes est compliqué ?

À ce jour, l’une des créations est annulée : il s’agit de Folie, car les chorégraphes Claude Brumachon et Benjamin Lamarche n’ont pas pu se rendre à Madagascar en août, pour poursuivre et finir leur travail de création avec la jeune troupe malgache avec laquelle ils travaillent depuis quelques années. Cela a été une vraie catastrophe pour ces jeunes artistes malgaches. Ce travail devrait être reporté d’un an minimum.

Les autres compagnies, bien sûr, connaissent toutes les consignes sanitaires (vaccination, tests, obtention des visas, quarantaine possible…). Chacune surveille l’évolution des consignes, s’adapte, car les artistes veulent jouer. Ce n’est pas « compliqué » à ce jour mais pourrait le devenir si la situation empire.

 

A ce sujet qu’avez-vous appris de cette période ? Avez-vous envie d’intégrer plus la relation au numérique, en proposant pourquoi pas des spectacles sur zoom comme Arthur Nauzyciel a pu le faire ?

C’est une question qui a quelquefois été posée à Hassane Kassi Kouyaté durant la période que nous venons de vivre. Pour lui, rien ne remplace ce qui se passe de manière « informelle » dans une salle de théâtre entre des artistes et des spectateurs, et  entre les spectateurs eux-mêmes; cette énergie, ces sensations, ces émotions partagées qui ne peuvent pas se transmettre à travers un écran.

 

Parlons du fond. Les Zébrures d’automne font entendre des textes autrement. Quel sera le fil conducteur de cette édition ?

Pour les treize créations présentées, il n’y a pas vraiment de fil conducteur. Il reste des traces de cette envie de départ qui était de montrer en majorité le travail d’artistes d’Asie et du Moyen-Orient. La crise sanitaire a mis à l’arrêt toutes les créations en cours pendant un an. Mais, de ce premier projet, il reste les créations de Flying Chariot(s) l’épopée tragi-comique de la droiture conçu et mis en scène par Koumarane Valavane, Une Pierre de patience d’Atiq Rahimi mis en scène par Clara Bauer, La mer est ma nation de Hala Moughanie mis en scène par Imad Assaf, Les contes fabuleux de Shéhérazade par Jihad, Layla et Najoua Darwiche et la rencontre avec Yoshi Oïda.

Les créations que nous présentons abordent de nombreux sujets : les enfants des rues et la manière dont ils construisent leur imaginaire, le règne du féminin dans le matrimoine des femmes africaines, la question de la maternité et de la transmission entre générations, le devenir de la mémoire familiale d’une mère atteinte par la maladie d’Alzheimer, un soldat indien lanceur d’alerte, l’exil et le déracinement, la notion d’appropriation d’un espace physique… Par delà d’une thématique, une grande tendance se dessine : la présence des femmes, artistes ou sujets des récits qui est très forte cette année aux Zébrures d’automne, bien plus que les années précédentes.

 

Les autrices sont bien représentées dans votre festival, est-ce un combat pour vous ?

Oui, lorsque nous avons compté des auteurs et autrices qui étaient venu·e·s en résidence d’écriture, nous avons constaté que sur plus de deux cents auteurs·trices accueilli·e·s seuls 10% étaient des femmes ! Et leurs textes ont des difficultés à parvenir à un aboutissement scénique. Nous avons donc conçu depuis deux ans deux programmes d’écriture par an réservés aux femmes autrices qui viennent en résidence d’écriture à Limoges et dont les textes sont lus l’année suivantes lors des Zébrures du printemps. Au cours de leur résidence elles peuvent, entre autres, bénéficier d’un accompagnement dramaturgique notamment pour celles qui viennent avec le programme « Découvertes » réservé à des autrices faisant leur premier pas en écriture.

 

Parlez-moi de la place de la création dans cette édition qui compte 13 spectacles que vous accompagnez de A à Z, si j’ai bien compris.

Les créations deviennent le cœur de nos missions aux Zébrures d’automne et de printemps. Pour « Les Francophonies – Des écritures à la scène » : chaque création a son histoire. La plus complète est celle qui va de l’accompagnement de l’auteur·trice (résidence, bourse, accompagnement dramaturgique, lecture publique des textes mise en circulation de ces textes auprès de professionnels..), jusqu’à la coproduction du spectacle scénique et sa diffusion. Toutes les créations ne suivent pas l’entièreté de ce chemin, mais toutes ont parcouru des étapes avec Les Francophonies -Des écritures à la scène.

 

Pour finir, j’aimerais bien que vous me parliez de votre approche du spectacle vivant. Car, aujourd’hui les Zébrures ce ne sont pas uniquement des textes mis en scène. Comment imposez-vous cette approche qui est « une dans le pluriel » ?

Au cœur du spectacle vivant, les artistes développent une pluralité de langages et travaillent de plus en plus avec d’autres artistes qui ne viennent pas du théâtre. « Les Francophonies – Des écritures à la scène » accompagnent évidemment cette tendance, d’autant plus qu’elle n’est pas nouvelle dans la sphère francophone : des plasticiens sont intimement liés aux créations de Les Enfants hiboux ou les petites ombres de la nuit, Ce silence entre nous, Macabre Carnaval ; un artiste « performateur » avec Supiim ; des musicien·ne·s et chanteur·se·s avec Flying Chariot(s) l’épopée tragi-comique de la droiture… Et nous continuons à offrir aux auteurs et autrices dramatiques du temps, des bourses de résidence, des mises en lecture de leurs textes afin de contribuer à l’émergence et au développement de nouvelles « plumes » au théâtre.

Visuel © : Affiche

Imany : « J’ai toujours aimé l’exercice de la reprise » (Interview)
Cinédanse : Mura Dehn, l’esprit qui danse
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture