Théâtre
« Chambre avec vieux », l’incroyable spectacle de Fabrice Gorgerat aux Zébrures d’Automne 2022 !

« Chambre avec vieux », l’incroyable spectacle de Fabrice Gorgerat aux Zébrures d’Automne 2022 !

02 octobre 2022 | PAR Chloé Coppalle

Cette année, les Zébrures d’Automne n’ont pas oublié de nous surprendre avec des œuvres audacieuses, dont l’incroyable Chambre avec vieux, de Fabrice Gorgerat. La pièce évoque la question du désir et du corps qui vieillit dans une atmosphère surnaturelle et spatiale qui permet d’aborder ces thèmes avec rock et dignité. Une mise en scène risquée, mais géniale !

Une mise en scène audacieuse qui fonctionne

Une mise en scène simple : un sol rappelant des motifs des seventies, un grand rideau blanc couvrant un mur de briques en arrière plan et sur le côté, une étrange palette blanche située à la verticale, comme l’étrange porte noire du début de 2001 L’Odyssée de l’Espace. Zeus arrive avec un air à la fois dédain et joueur, loin de la voix grave et sérieuse qu’on lui accorde souvent. Zeus porte un pull en laine parce que Zeus a l’indifférence d’être comme tout le monde. Par la suite, un tableau collectif présente sur scène tous les personnages. Enfin, toutes les créatures qui composeront la pièce : Aurore, personnage féminin amoureuse du jeune Tithon, un zombi-techno qui n’est qu’une autre amoureuse de Tithon, mais de Tithon qui vieillit; une Reine qui parle une langue de l’Olympe, peut-être du Grec ancien ou d’une langue rencontrée dans un épisode de Star Trek. Et bien sûr trois  »personnes âgées » comme les présente le dossier de presse, qui ressemblent à des parents lambda mais qui font rapidement penser aux Oompa Loompa de Willy Wonka dans Charlie et la Chocolaterie parce qu’ils commentent l’intrigue en chantant. 

Le mythe de Tithon et d’ Aurore pour parler du temps : un choix judicieux

Cette atmosphère spatiale parle du temps qui passe, de la beauté. Pour cela, Fabrice Gorgerat met en scène le personnage de Tithon, prince de Troie aimé par la déesse Aurore. Tithon est un des personnages forts et musclés de la mythologie grec. Éprise de ce dernier, elle demanda à Zeus de lui donner l’immortalité. L’immortalité, oui, mais Aurore oublia de lui demander aussi la jeunesse éternelle… Alors Tithon continue de vieillir comme un mortel. Mais est-elle prête à rester près de lui avec les années qui passent ? N’est-elle finalement pas que focalisée sur sa beauté réduite à une jeunesse ne connaissant aucune péripétie du temps ? La mise en scène a été inspiré du tableau Le Lever de l’Aurore de Louis Jean-François Lagrénée (1765) pour raconter ce mythe, dont l’emploi est bien pensé car il permet d’aborder le sujet de la vieillesse et de son impact sur le corps avec une élégante modernité. Ce choix narratif permet une entrée en matière très fine.

Le deuxième personnage féminin, l’amoureuse de Tithon vieillissant, décide de demander à Zeus de devenir elle-même mortelle pour avancer avec lui, au même rythme que lui. Alors Tithon décide de prendre la parole dans un moment simple et seul sur scène où il raconte la fleur, dont il emprunte la métaphore à Boris Vian dans L’Écume des Jours pour parler de la tumeur. Et puis il y a la prostate qui fait partie des sujets difficiles à aborder car ils représentent la pudeur d’une virilité ébranlable et redéfinissable. La force de ce passage est que le sujet est évoqué avec une normalité honnête qui rappelle celle de Tahar Ben Jelloun dans L’Ablation, où il retrace l’opération puis la rémission d’un ami.

Certaines passages plus mélancoliques, avec des battements de cœur, des enregistrements d’EHPAD ou des témoignages, gagnent en émotion avec cette mise en scène qu’on attend pas là. Absurde, surréaliste, un peu psychédélique, rock, Chambre avec vieux trouve une manière d’aborder la vieillesse sans l’alourdir et en donnant beaucoup de dignité aux personnages. La pièce est en audacieuse et cela fonctionne. Un grand bravo !

 

©Fabrice Ducrest
Tableau : dossier de presse. Louis Jean François Lagrenée, Le Lever d’Aurore, 1763, huile sur toile, 121 x 170 cm, Vicence, Galerie Alfonsi Dipinti Antichi.

Concept/Mise en scène : Fabrice Gorgerat
Assistanat : Mathilde Aubineau
Jeu : Fiamma Camesi, Catherine Travelletti, Armand Deladoey, Victor Poltier, une comédienne âgée et un comédien âgé à distribuer
Le chœur : 5 personnes âgées recrutées dans les sociétés de chant locales
Son/Musique : Aurélien Godderis-Chouzenoux
Composition des chœurs : Stéphane Blok
Lumière : Luc Gendroz
Scénographie : Stefan Jakiela
Costumes : À distribuer
Direction technique : Yoris Van den Houte
Médiation : Pauline Castelli
Coordination scientifique : Alain Kaufmann, Université de Lausanne
Administration : Ivan Pittalis 

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