Théâtre
La douleur de Duras par Dominique Blanc, au-delà de l’amour

La douleur de Duras par Dominique Blanc, au-delà de l’amour

02 octobre 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Au TNP, théâtre national populaire de Villeurbanne, dix ans après la création originale, Dominique Blanc reprend la pièce La douleur tirée du roman de Marguerite Duras. Les forces intemporelles du texte et de la comédienne sont confirmés

En 2008, en collaboration étroite avec Thierry Thieû Niang, Patrice Chéreau s’emparait de ce texte et en confiait l’interprétation à Dominique Blanc. Au fil des ans, le texte de Marguerite Duras est devenue un compagnon de route pour Dominique Blanc.

Envie d’abord de retravailler avec Dominique Blanc, envie de partager quelque chose, de faire exister ce quelque chose. Envie alors de se confronter à ce texte terrible. De se ressouvenir de ça : la Résistance, la Libération, les camps, cette période impensable et qu’on a oubliée. Et puis le retour incroyable de cet homme dont Marguerite Duras s’est séparée et qu’elle aime, l’horreur de l’attente, la splendeur de sa résurrection à lui – qui est aussi un peu son œuvre à elle. L’espoir fou. Transmettre tout cela, humblement, à des spectateurs. Patrice Chéreau en 2008, lors de la création de La Douleur

Une magnifique reprise

Plus de dix ans après la création originale que TouteLaCulture avait encensée, Thierry Thieû Niang, chorégraphe et artiste associé au TNP, reprend seul la mise en scène. La scénographie est délicate, mais intense. Dominique Blanc sait que la mise en scène offre et qu’elle oblige. L’histoire se déroule à Paris, durant la Seconde Guerre mondiale. Après des années, Marguerite retrouve un vieux journal dans lequel elle avait écrit ses peurs, ses inquiétudes et ses envies presque incessantes de retrouver son mari prisonnier dans un camp de concentration. La Douleur fait le récit des jours qui suivirent la libération au printemps 1945.  Marguerite Duras y raconte l’insupportable attente de Robert, le retour, l’amour, le désamour, la convalescence.

Une histoire en partie falsifiée

C’est à partir de journaux que Dominique Blanc aligne avec précaution devant elle que s’écrit ce roman d’amour. Se nourrissant de ses notes et des faits historiques, Duras reconstitue dans l’après-coup ce qu’elle a vécu de loin ou de près. Duras a certainement arrangé la réalité. Robert l’avait quittée en 1942, l’année où elle a eu son enfant  mort à la naissance. À l’époque elle n’était plus l’épouse de Robert depuis longtemps. Robert avait une liaison. Ils n’étaient plus ensemble, mais on disait les Antelme, et ils vivaient dans le même appartement, celui de Robert.

Sur les camps de concentrations Duras fait preuve aussi d’approximations. Cependant, nous risquerions l’anachronisme à nous épouvanter de voir dissout les 6 millions de morts de la Shoah dans les onze millions de victimes évoqués par Duras dans son texte. Nous nous garderons aussi de critiquer la vision romantique de l’ancestral communisme qui voulait que de l’horreur absolue ne soient coupable que le côté sombre de l’humanité, effaçant les vrais responsables, anonymisant les bourreaux.  Il n’empêche : le devoir de mémoire reste pleinement accompli.

Dominique Blanc au centre du texte

La tension entre la sobriété du dispositif scénique et l’intensité de la parole scintille en nous. Comme nous captive ce corps qui palpite tout entier vers cette chose si simple et si tragique qu’est la douleur. Nous cheminons dans le vertige du texte avec une confiance aveugle en Dominique Blanc, puissante comédienne. Et c’est un au-delà de l’amour qui saisit la salle. Un lieu où se confondent l’amour et la haine, l’élan et  la déception, la vie et la mort. La plume de Marguerite est comme à son habitude, rude, rêche et bouleversante. De cette plume elle dissèque une attente, un amour qui meurt, une douleur. Elle dissèque la douleur. Et Dominique Blanc vit le texte, incarne le trouble, légitime le geste littéraire. Elle est lumineuse. 

 

La douleur, de Marguerite Duras reprise de la mise en scène de Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang

 

Calendrier des représentations
• mercredi 28 septembre à 20 h 30
• jeudi 29 septembre à 20 h
• vendredi 30 septembre à 20 h 30
• samedi 1er octobre à 20 h 30
• dimanche 2 octobre à 16 h
• mardi 4 octobre à 20 h 30
• mercredi 5 octobre à 20 h 30
• jeudi 6 octobre à 20 h
• vendredi 7 octobre à 20 h 30
• samedi 8 octobre à 20 h 30
• dimanche 9 octobre à 16 h

Tournées 2022-2023
• du 29 septembre au 9 octobre 23 au 24 octobre 2022, Théâtre National Populaire de Villeurbanne
• du 19 au 21 octobre 2022, Comédie de Clermont-Ferrand scène nationale
• le 25 octobre 2022, L’Archipel – Paris
• les 8, 9 et 11 novembre 2022, Théâtre d’Avranches
• le 18 novembre 2022, Théâtre d’Aurillac
• le 20 novembre 2022, Scènes du Golfe, Théâtre Anne de Bretagne – Vannes
• du 23 novembre au 11 décembre 2022, L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet – Paris
• du 13 au 18 décembre 2022, Théâtre des Bernardines – Marseille
• le 23 mai 2023, Maison des Arts du Léman – Thonons-les-Bains
• les 30 et 31 mai 2023, La Coursive – Scène Nationale La Rochelle
• les 2 et 3 juin 2023, Théâtre National de Nice
• du 6 au 8 juin 2023, MC2 de Grenoble

Crédit Photo © Simon Gosselin

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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