Théâtre
Splendid’s Jean Genet / Arthur Nauzyciel : It’s all i can do…….. I go there with you …

Splendid’s Jean Genet / Arthur Nauzyciel : It’s all i can do…….. I go there with you …

26 novembre 2020 | PAR Sylvia Botella

Plus que l’usage de l’outil technologique, Splendid’s / Jean Genet / Arthur Nauzyciel, création sur Zoom native et en live, signerait-elle une révolution dans les arts vivants !? Telle est la question. Entre échappée, apparition et nouveau traitement esthétique…. c’est un rendez-vous…même si l’important c’est d’aimer dans une salle de théâtre.

Certaines œuvres ont l’aura révolutionnaire et pour longtemps. Parmi elles, il faut compter désormais Splendid’s, de Jean Genet, création sur Zoom, native et en live, mise en scène par Arthur Nauzyciel découverte au Festival Fantôme au Théâtre National de Bretagne sur écran M – – en novembre 2020. Pourtant comme le régisseur écran et acteur Daniel Pettrow le rappelle, « Aux Etats-Unis, il y a déjà eu bon nombre d’expériences artistiques live sur Zoom. La pandémie de la COVID-19 y est pour quelque chose. La situation des acteur.trice.s américain.e.s est catastrophique. La plupart ne travaillent plus et ne retravailleront pas avant des mois. Comme dans de nombreux pays, des spectacles filmés ont été diffusés sur divers supports. Mais ce geste tient plus du témoignage ou de la manière de documenter un évènement que de le recréer ou mettre en scène ».

A quoi tient la puissance énigmatique de Splendid’s création sur Zoom (2020) par à rapport à sa création « originale » au théâtre en 2015, toutes deux de Arthur Nauzyciel ? A son dépaysement ?! A son oscillation constante entre le réel et l’imaginaire, entre le réel de la performance Zoom dans l’ici et maintenant et la projection dans le monde de Genet qui, étonnamment rompt la frontalité à l’Italienne malgré les écrans interposés ?! A sa manière de toucher sensoriellement et dramaturgiquement l’utilisateur.trice/Zoom au plus profond de lui.elle-même jusqu’à retrouver son corps de spectateur.trice à la première personne ?!

Parions sur le fait que Arthur Nauzyciel invente quelque chose d’autre. Plus que l’usage de l’outil technologique, il semblerait que nous soyons face à une autre (?) « esthétique de l’apparition » (?) où l’écran M – – ne serait plus (ou pas seulement) le support d’un monde « représenté » mais celui d’un « hypermonde ».
Et l’on pourrait dire que cet « hypermonde » est véritablement une affaire de vivant (corps, visages), de mise en scène (jeu, dialogue, distance physique), et de spectateur.trice.s.réinterrogé.e.s par le médium et le « map in time » de l’évènement – présentation par Arthur Nauzyciel, projection du film court noir & blanc Un chant d’amour / Jean Genet (1950), création sur Zoom, native et en live, de la pièce de théâtre posthume Splendid’s / Jean Genet (1993) et conversation live & chat/artistes & publics.

Comment l’équipe artistique de Splendid’s s’y prend-elle ? D’abord, il faut tou.te.s les nommer tant la prouesse artistique est sidérante : Arthur Nauzyciel, Neil Bartlett, Raphaël Haberberg, Daniel Pettrow, Florent Dalmas, Charles Lefebvre, Ilja Fontaine/Panthea, Bertille Kapela, Riccardo Hernandez, Damien Jalet, José Lévy, Scott Zielinski, Xavier Jacquot, Frédéric Nauczyciel, Jared Craig, Xavier Gallais, Ismaïl Ibn Conner, Michael Laurence, Rudy Mungaray, David Barlow, Timothy Sekk, et la voix de Jeanne Moreau.

Entre Un Chant d’amour et Splendid’s, entre le réel et le fantasme, entre le passé et le présent, c’est précisément à une aventure du corps que nous invite Arthur Nauzyciel. Le corps de l’acteur est coincé dans « l’outil Zoom », dans le carré parfait d’une prison sans entrée ni sortie. Pourtant, il n’est jamais prêt à se figer – saluons ici la collaboration artistique avec le chorégraphe et danseur Damien Jalet ! D’où un jeu d’acteur incroyablement vivant et non cérébral jouant de la géographie physique et de la profondeur du champ avec la webcam (et donc avec le.la spectateur.trice), du regard (droit dans les yeux ou non) et de la lumière – des traits du visage assombris à la tonalité presque douce du visage éclairé.

Ce magnétisme, Splendid’s en donne la forme la plus métaphorique, poétique : la « cellule Zoom » est la chambre d’hôtel dans laquelle chaque gangster de Splendid’s y attend la catastrophe ; la « cellule Zoom » est la cellule du prisonnier dans Un chant d’amour ; la « cellule Zoom » est la cellule de Jean Genet lorsqu’il écrit Splendid’s en prison. La « cellule Zoom » a beau être de tous les plans, c’est comme si elle échappait constamment au réel immédiat de l’acteur et du spectateur.trice.

L’acteur parvient à tracer une voix singulière dans le dialogue. A cet égard, rarement la langue anglaise n’a aussi bien regardé et fait résonner la version originale française du texte, métamorphosée en sous-titres. Le texte est une contagion, il contamine tout ce qui l’entoure, du « je » au « il », en une effervescence commune. « Les mots passent de la bouche de l’un à l’oreille de l’autre comme la fumée passe de la bouche du prisonnier à la bouche de celui qu’il aime, à travers le trou dans le mur dans Un chant d’amour. Chaque acteur tente d’entrer en contact avec l’autre par le texte sans savoir si l’autre existe ou s’il est rêvé ou encore enfermé, de l’autre côté du mur. Ce qui était probablement le cas de Jean Genet lorsqu’il a écrit en prison cette pièce de théâtre, onirique et fantasmatique, peuplée de gangsters qui étaient autour de lui ou qu’il avait connus. Cette écriture est une échappée imaginaire tellement puissante qu’elle peut se confondre avec le réel », explique Arthur Nauzyciel.

Le saillant, pour ainsi dire dans la création sur zoom, native et en live, est affaire d’apparition étonnamment (re)mise en jeu (ou abîme) dans l’incroyable nécessité de s’adresser à celui.celle qui est « absent.e » : du metteur en scène à l’acteur, du personnage à l’acteur, de l’acteur à l’acteur (entre les acteurs), de l’acteur au spectateur.trice (entre les spectateur.trice.s). C’est autant et indissociablement l’un que l’autre. Comme l’affirme l’acteur Xavier Gallais, nous sommes tous et toutes, pris dans cette quête infinie : « la nécessité de fantasmer l’autre pour survivre à la réalité ».
Et c’est probablement de là que Splendid’s de Arthur Nauzyciel tient sa beauté tragiquement fulgurante, sa force hallucinante. L’art vivant est une question de frontière, sans cesse floue, mouvante et ambiguë. “It’s all i can do… i go there with you”.

Post-scriptum :

Tel un gangster (ou Mademoiselle), j’aimerais revivre, danser, laisser traîner ma main très haut, réveillée par un frisson, des spasmes et des cambrures… et le parfum des fleurs. A Jeanne Moreau. A Jean Genet.

Les extraits des entretiens de l’équipe artistique ont été enregistrés lors de la conversation live & chat / artistes & publics sur Zoom le 19 novembre 2020.

Le titre du présent article est inspiré des paroles de la chanson « Where The Streets have no Name » in album The Joshua Tree de U2 (1987).

Captures écran de Splendid’s création sur Zoom en live le 19 novembre 2020 par Sylvia Botella (c) Splendid’s de Arthur Nauzyciel

S’il y avait une bo, ce serait celle-ci :

« Je ne suis plus inquiet », Scali Delpeyrat sur le divan
Agenda des expositions du 26 novembre
Sylvia Botella

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