Théâtre

<em>Splendid’s</em> à l’Athénée : un Genet coup de poing

Splendid’s à l’Athénée : un Genet coup de poing

21 septembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Un an après le centenaire de la naissance de Jean Genet, l’Athénée  programme trois pièces de l’auteur du « Journal du voleur » : Splendid’s, Les Bonnes et Divine. Ouvrant le feu, la mise en scène par Cristèle Alves Meira de « Splendid’s » est une performance éblouissante. Dans une scénographie signée Yvan Robin, jeux de pouvoirs et jeux de rôles s’emboîtent et se déboitent avec toute la vitalité et la violence requises. Un vrai théâtre de la cruauté à voir d’urgence avant le 8 octobre.

Splendid’s met en scène un groupe de voyous qui ont pris en otage la riche héritière d’un magnat américain dans un hôtel de luxe de Tanger. Tous armés mais disposant seulement de quelques balles, encerclés par les forces de l’ordre qui ne savent pas encore que les assaillants ont déjà étranglé leur otage, les 7 hors-la-loi et un policier n’ont plus que 2 heures à vivre et plus rien à perdre. Sans espoir et sans réel enjeu, commence alors une partie d’échec de jeux de pouvoirs où la lâcheté pourrait bien être la dernière expérience à faire…

Cristèle Alves Meira a tout compris à Jean Genet, à ses jeux de rôles cruels et à cette  transgression bestiale qu’est « Splendid’s ». Prenant au mot la phrase de Genet selon laquelle la scène est « un lieu voisin de la mort, où toutes les libertés sont possibles »,  Yvan Robin dispose le couloir de l’hôtel au centre du théâtre. Éclairé directement par la lumière du théâtre et diffusée par Jérémie Gaston-Raul, dans l’univers sonore brouillé et dérangeant de Nicolas Baby, le public est immédiatement aux prises avec la bataille rangée que mènent les 8 personnages pour s’affirmer dans une authenticité enfin rendue possible à l’heure où les rôles sociaux ne sont plus attribués par une société de pure domination. A l’heure où les 8 « terroristes » n’ont plus rien à perdre, l’Orient peut jouer le texte du dominant et en arabe à travers les mots du policier (formidable Saïd Bey); hors de tout système, chacun des personnages peut tour à tour se tailler la part du lion. Deux camps existent au début : hors-champ, l’équipe de Bravo (Tewfik Jallab) décide de pousser l’activisme jusqu’au point de non retour. Sur scène, le  raisonnable Johnny qui est à l’origine le chef (Lahcen Razzougui) perd vite pied et se laisse dépasser, et habiller en femme. Mais le pouvoir peut également appartenir au mystique Pierrot (Pascal Tagnati, qui livre une performance mémorable) qui pleure son frère dans une nudité effrayante et effarée, ou encore au placide Scott (Hammou Graïa) qui sous ses airs d’exécutant finira bien par avoir le dernier mot… A moins que les dés ne soient déjà pipés et que malgré ses divers « retournements de gants », le policier finisse à rejouer son rôle… Véritable performance, cette version de « Splendid’s » respecte par ses infidélités mêmes (traduction d’une partie du texte en arabe, corps à corps violents malgré le désir de Genet que les personnages ne se touchent pas) les ressorts du texte de Genet. Dans ce rituel halluciné et hallucinant, les relations se fondent et s’effondrent en un jeu cruel de colère sociale, et dans un climat sourd d’érotisme, et mettent avant tout en valeur la langue simple, concrète et donc lyrique de Saint Genet.

« Splendid’s » de Jean Genet, mise en scène Cristèle Alves Meira, cie Les Arts-en-Sac, dramaturgie : Valérie Maureau, scénographie Yvan Robin, son : Nicolas Baby, lumières : Jérémie Gaston-Raul, costumes : Benjamin Brett,avec Cédric Appietto, Saïd Bey, Nebil Daghsen, Hammou Graïa, Tewfik Jallab, Jean-Emmanuel Pagni, Lahcen Razzougui, Pascal Tagnati. Durée du spectacle : 1h30.

Photos : Mirco Magliocca

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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