Théâtre
Benjamin Lazar créé un Maldoror drolatique au Théâtre de l’Athénée

Benjamin Lazar créé un Maldoror drolatique au Théâtre de l’Athénée

03 octobre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Grandiose dans la reprise de son adaptation baroque Autre monde ou les états et empires de la lune de Cyrano de Bergerac (lire notre article), Benjamin Lazar crée simultanément au Théâtre de l’Athénée un Maldoror fidèle au texte de Lautréamont et non dénué d’humour.

Maldoror, texte de poète maudit, texte qui donne le vertige, texte qui tourbillonne et heurte et promeut un texte plein du sang du « mal du siècle ». L’adaptation du « chant » précieux, précis, de Lautréamont où les animaux grouillent avec tant du cruauté que la vie même semble arriver et contredire la sensation nihiliste est plus cinématographique que vraiment « chantée » : une musique contemporaine, grinçante et très scénique vient soutenir un visuel où règne le drap sur lequel la nature est projetée. Il n’est donc plus question comme dans Cyrano de danser sur de la musique, baroque ou romantique. Nous avions laissé Benjamin Lazar gesticulant merveilleusement, sifflant, grimpant, tourbillonnant à la rencontre de l’autre dans Cyrano et nous le retrouvons comme momifié, ventriloque où plusieurs voix hautes perchées (dont celles de la familles) viennent incarner le monde en putréfaction de Maldoror.

Noir est la couleur, mais plus ce clair-obscur qui laisse espérer qu’on arrive aux Lumières, un noir tragique et statique, malgré et avec un éclairage plus fort et très réussi. Le mal-être de Maldoror se récite, se dit, avec encore une fois une performance d’acteur au service d’un grand texte français et qui dure 1h40. On s’accroche donc au texte, on se laisse bercer, on apprécie les plans de forets et hautes herbes, les projections art nouveau derrière le grand écran, mais la magie qui opérait pour L’autre monde ou les états et empires de la lune ne prend pas ici. Même quand Maldoror se maquille comme un pantin et fait tomber sa veste bleu paillette de saltimbanque, même lorsque l’humour point sous le désespoir, ce qui devrait finir de nous bouleverser, il manque une donnée essentielle dans cette déclamation studieuse: la vitalité extraordinaire du texte.

Gaston Bachelard avait analysé avec admiration la manière dont dans ces chants uniques dans la littérature française, « les malformations de l’imagination humaine retombent à des formes animales réelles ». Dans la performance d’acteur que livre Lazar, dans son choix un peu tiède de mise en scène jolie et symbolique (les fleurs, l’écran-rideau qui tombe…), il manque l’effet de réel et l’effet de force de ce texte qui, lorsqu’on entre dedans, sort de la fable ou de l’allégorie pour devenir un talisman performatif. Un peu plus de cruauté, un geste pour un festin totémique sur scène, auraient peut-être permis d’entrer pleinement dans l’oeuvre et de ne pas voir passer ces 1h40 un peu trop douces. 
visuels (c) Jean-Louis Fernandez

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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