Théâtre

« Splendid’s » au Théâtre du Nord : un bal macabre de gangsters chorégraphié par Nauzyciel

« Splendid’s » au Théâtre du Nord : un bal macabre de gangsters chorégraphié par Nauzyciel

09 avril 2015 | PAR Audrey Chaix

Tout commence avec la projection, sur grand écran, du court-métrage Un Chant d’amour, réalisé par Jean Genêt juste après l’écriture de Splendid’s. Nauzyciel a choisi de montrer au public l’intégralité de ce film, 24 minutes qui racontent les pulsions sexuelles de voyous en prison, sous l’œil lubrique d’un maton pervers. En écho à ce film, qui a fait scandale dans les années 1950, Nauzyciel présente une interprétation très esthétisée de Splendid’s, une pièce désavouée par Genêt : il en déchira le manuscrit avant sa mort. Une copie fut retrouvée dans les affaires de son éditeur, ce qui a permis à la postérité de prendre connaissance de cette œuvre que Sartre jugeait meilleure que Les Bonnes.  

À l’image des films de gangsters américains des années 1950, Nauzyciel a choisi de faire jouer des acteurs eux aussi américains, qui parlent dans leur langue originale. Seul Xavier Gallais, qui interprète le flic retourné à la cause des gangsters – reflet du maton que l’on a vu plus tôt dans le film – est français, et lui aussi joue en anglais. L’action se passe au septième étage d’un luxueux hôtel d’une ville qui pourrait être New York ou Chicago, et l’heure est grave : les gangsters, qui ont kidnappé, puis étranglé la fille d’un milliardaire, sont cernés, la police s’apprête à donner l’assaut. Régulièrement, une voix sort d’une radio : c’est celle de Jeanne Moreau, qui donne à entendre la fatalité de leur destin.

Ils sont sept gangsters et un flic, fasciné par leur cause. Sept hommes à moitié dévêtus, dont les corps musclés, magnifiques, sont recouverts de tatouages de taulards. Mais la ressemblance avec l’image traditionnelle du gibier de potence s’arrête là : les corps sont esthétisés, les gestes sont chorégraphiés avec beaucoup de grâce, le décor même évoque plus le boudoir feutré d’une femme du monde que le théâtre d’un meurtre. Nauzyciel a ainsi choisi de sublimer la forme, au détriment parfois du fond qui est déjà, dans le texte même, particulièrement statique et introspectif.

Car si les gangsters sont condamnés à choisir entre une mort héroïque ou une mort en lâche, ils sont pris, dans le texte de Genêt, au moment de profondes interrogations existentielles qui peuvent paraître un peu lourdes au plateau. Nauzyciel fait ainsi le choix d’une mise en scène très théâtralisée, qui assume un parti pris très marqué pour la représentation symbolique – le travail sur les ponts avec le film Un Chant d’amour est remarquable. Cependant, pour qui n’adhère pas à ce parti pris esthétique très marqué, il est difficile de se plonger dans une pièce qui présente un hiatus important entre le thème abordé et la mise en scène, ce qui crée une distance gênante entre le plateau et le spectateur.

Cela n’altère en rien la performance remarquable des comédiens, qui font un travail immense sur leur corps pour s’approprier l’espace avec une présence fascinante. Nous n’avons cependant pas été emportés par ce Spendid’s, avec beaucoup de regret.

Lire la chronique de Christophe Candoni sur Toute La Culture

Photos : © Frédéric Nauzyciel

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