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Pigments, un spectacle suspendu dans le crépuscule …

Pigments, un spectacle suspendu dans le crépuscule …

17 juillet 2022 | PAR Jane Sebbar

Dans la cadre du festival Paris l’été, les 15, 16 et 17 juillet,  la compagnie CirkVOST nous emporte avec elle dans son envolée poétique vers le ciel … à la tombée de la nuit … sur la place de la Fontaine-aux-Lions, à la Villette. Un spectacle suspendu dans le crépuscule, qui nous balance d’avant en arrière et de bas en haut. Acrobatique, mais surtout chorégraphique. 

Vous ne pouvez pas la rater, cette gigantesque installation métallique qui trône sur la place de la Fontaine, à côté du théâtre de la Villette. Elle a ce profil squelettique qui fait le charme de la Tour Eiffel. Mais lorsque les 11 acrobates s’emparent de l’appareil, c’est tout le métal qui prend vie. Une sorte de métamorphose qui fait trembler le sol sous les pieds des spectateurs. L’installation devient le repaire fourmillant des acrobates, qui montent et qui descendent, qui s’envolent et qui se réceptionnent, qui jouent avec le rythme et qui dansent avec férocité. Une sorte de toile d’araignée, un véritable écosystème qui se meut avec une harmonie déconcertante.  

En suspension …

La musique a beau insinuer un calme crépusculaire, on sent que quelque chose se prépare. Un rythme qui met en alerte. On attend. Quand est-ce que ça va dégénérer ? Les artistes forment d’emblée un amas de matière, qui se désolidarise pour mieux se réagglomérer. Ils traversent cette poutre métallique en suspension qui fait le lien entre les deux tours squelettiques. Ils épousent le rythme de la musique suspicieusement calme … Lorsque le son se tarit, le groupe s’immobilise, suspendu dans les airs, et dans le temps. Lorsque le rythme reprend, les acrobates continuent d’avancer, en alerte. 

Et la musique accélère, l’écosystème entre en effervescence. 

Écosystème 

C’est du cirque, il n’y a pas de doute. Et pourtant, ce n’est pas sous un chapiteau, mais à ciel ouvert. Ce n’est pas une succession de numéros acrobatiques, mais un écosystème de voltigeurs et de porteurs. Peu importe où le regard se pose, il y a quelque chose à voir. Un clown gris en bermuda qui se laisse tomber sur le trampoline. Des acrobates qui grimpent les tours métalliques, aussi agiles que l’écureuil qui monte sur son arbre. Du trapèze fixe. Du trapèze volant. Des porteurs en ballant. Des voltigeurs qui réussissent. D’autres qui échouent. Ce qui importe ce n’est pas le numéro de cirque en lui-même, c’est le mouvement général. Chaque acrobate fait corps avec les autres. Certains ne réussissent pas leur rattrape, eh bien ils recommencent ! CirkVOST nous invite à contempler de l’acrobatie brute, en train de se faire, avec ses tentatives et ses imperfections. Un mouvement général qui n’est pas toujours fluide, mais qui fait aussi partie des réalités de la performance. 

Les acrobates sont mis à nu. Il n’y a pas de coulisses, il n’y a pas de plateau. Il n’y a que la scène, et quelle scène ! Une scène à la verticale, en suspension, qui grouille de mouvements et de couleurs. Les voltigeurs changent de costumes. Se déshabillent et se rhabillent devant nous, puis rejoignent le groupe. On commence avec des performeurs tous vêtus de bleu, la couleur du ciel. On finit avec un arc-en-ciel de PIGMENTS. Du bleu, du jaune, du violet, du rouge. L’écosystème a pris vie …

Sisyphe 

On tombe, et on se relève. Pour retomber encore. Et se relever, toujours. Juste avant la scène de fin, une acrobate s’empare de l’attention du public et de celle de ses coéquipiers. Elle se sert d’une corde souple comme d’un trapèze, placée au milieu des deux tours métalliques. Son corps au milieu de la corde en V se débat avec le rythme du ballant. Le ventre coupé en deux par la corde, elle entreprend une remontée, vaine. Ses bras tentent de saisir l’insaisissable. Ses jambes essaient de la sortir de cette posture qui l’emprisonne dans le mouvement répétitif. D’avant en arrière. D’avant en arrière. C’est bien plus qu’une performance acrobatique, c’est une danse féroce et poétique. Une tentative de s’extraire de ce mouvement existentiel qui nous dépasse tous et qu’il faut pourtant apprendre à aimer.  

Ce n’est pas tant une scène, mais plutôt un tableau en mouvement qui vient clore ce spectacle. Un porteur qui lance un voltigeur. Une acrobate qui fait de la balançoire. Un autre qui traverse l’installation, tenu par une corde. Une artiste qui se tient à un trapèze et qui suit le rythme du ballant. Un autre qui se balance sur la poutre avec la seule force de ses bras. Ni calme, ni effervescent, simplement apaisant. La nuit est tombée. L’écosystème a repris son rythme. D’avant en arrière. D’avant en arrière. 

« Il faut imaginer Sisyphe heureux » disait Camus, n’est-ce pas ? 

 

 

Dernière date, ce soir à 21h 30, c’est gratuit

Visuel : © affiche officielle Pigments CirkVOST 

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Jane Sebbar

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