Danse
Revisor, Crystal Pite se répète à la Villette

Revisor, Crystal Pite se répète à la Villette

22 avril 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Six ans après sa création, Le Revisor, la dernière pièce de la chorégraphe arrive à la Villette dans le cadre de l’éternelle programmation hors les murs du Théâtre de la Ville. Une nouvelle fois, des interprètes magnifiques servent l’écriture théâtrale désormais très reconnaissable de l’artiste canadienne.

Des corps très engagés

Après le grand succès de Betroffenheit, Crystal Pite et Jonathon Young montent le Revisor, d’après la pièce écrite en octobre 1835 par Gogol. L’auteur russe y critique l’oligarchie dans ses penchants les plus vils. La corruption, les mensonges et les petites tractations sont légion. Dans la traduction corporelle du récit, Doug Letheren, Rena Narumi, Gregory Lau, David Raymond, Ella Rothschild, Cindy Salgado, Jermaine Spivey, Tiffany Tregarthen et Swing Renée Sigouin incarnent chacun les personnages très définis. Une épouse volage, un directeur stressé, un homme de poste prêt à “avaler” un secret pour le faire disparaître… Chaque verbe, chaque émotion sont mis en mouvement. On entend “quel est le meilleur mouvement” ? Comme toujours chez Pite, les corps sont très engagés. Les têtes roulent, les jambes sont ancrées dans des ouvertures très vastes. Les épaules s’étendent vers l’arrière. C’est virtuose, c’est intense.

Au début, nous jubilons. Nous sommes au théâtre, Gogol option Feydeau. Le décor est là : un vrai bureau et bien sûr, une porte prête à claquer et prête à s’ouvrir surtout sur une infidélité ou un mensonge !

Les danseurs et les danseuses doublent en synchronisme les voix des comédiens et des comédiennes exactement comme ils le feront deux ans plus tard dans Body and Soul. Kathleen Barr, Ryan Beil, Alessandro Juliani, Nicola Lipman, Scott McNeil, Gerard Plunkett, Meg Roe, Amy Rutherford et Jonathon Young “jouent” un texte édulcoré, compréhensible pour des non anglophones. Les traductions sont d’ailleurs posées de façon à n’être vues qu’à partir du milieu de la salle, ou des côtés pour les premiers rangs. Il est évident qu’elles ne servent à rien.

Donc, c’est la tempête. Il y a de quoi se porter en s’attrapant par la tête, de quoi virevolter très haut dans les airs en laissant une jambe flirter avec le ciel. C’est jour de nouvelle, le directeur et toute la bonne société trépignent d’impatience à l’idée d’un grand changement, qui dans l’humour russe devient “une virgule”. Ils croient reconnaître en un homme du peuple le tant attendu “Revisor”, qui évidemment se jouera d’eux.

On ne peut pas reprocher à une chorégraphe d’être reconnaissable…

Mais rapidement, le procédé très essoré de Pite nous ennuie. Elle quitte le jeu théâtral qui nous amusait tant par son côté absurde pour une fausse introspection aux allures de danse contemporaine. L’image est datée, elle semble fausse, mise là pour être jolie, pour montrer une fois de plus à quel point les interprètes sont vastes dans leurs corporalités. On ne peut pas reprocher à une chorégraphe d’être reconnaissable, non ça c’est génial, personne ne reprochera jamais à Hofesh Shechter ses accélérations ni à Anne Teresa De Keersmaeker ses déphasages. Il en va de même avec Pite : ses scansions qui font “bugger” les corps, ses cambrures et les fluidités des scènes de groupe sont très caractéristiques et impeccables. Mais on se demande vraiment à quoi servent ces scènes d’introspections.

Finalement, c’est quand elle assume d’aller vers du théâtre dansé, quasiment de la comédie musicale, que l’absurde du Revisor nous parvient.

Jusqu’au 24 avril. Grande Halle de la Villette. Vendredi à 20h, samedi à 19h et dimanche à 15h.

Visuel : ©Michael Slobodian

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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