Cirque
Plongeon sous le chapiteau de la cité du cirque du Mans

Plongeon sous le chapiteau de la cité du cirque du Mans

17 novembre 2022 | PAR Thomas Cepitelli

Le Plongeoir-Cité du Cirque ouvre en fanfare son nouveau chapiteau permanent. Un lieu pensé pour s’intégrer dans un quartier populaire de la ville du Mans mais aussi pour être une possible ouverture vers l’autre et le lointain. Une ouverture réussie en tout point : convivialité, poésie, humour …

Une soirée poétique et magique 

Tout au long de cette ouverture, les spectacles se succèdent entre fanfares, cirque plus traditionnel et créations contemporaines. Autant de pistes (si l’on nous permet le jeu de mots) empruntées par la programmation artistique du Plongeoir. La première proposition est en ce sens tout à fait révélatrice. Avec le projet Moon / cabinet de curiosités lunaires, la cie Barks et Bastien Dausse nous offrent un temps suspendu, tout d’abord sur le parvis du chapiteau puis en nous invitant à entrer dans son hall. Bien sûr, le signe paraît simple ou attendu mais il n’en est pas moins fort ni moins réussi. Nous n’avons eu la possibilité que de voir deux des six parties de ce geste poétique de toute beauté. Dans un premier temps, deux acrobates évoluent dans une sculpture-agrès avec ses éléments du quotidien (table et chaises) qui penchent comme pour proposer d’autres usages mais aussi d’autres postures amoureuses et manières d’être à l’autre. Dans un second temps, Bastien Dausse se fait astronaute sur la Lune, plume légère mais artiste plein et entier. Proposé dans cet espace pensé pour l’accueil, la poésie brute qui se dégage de ces minutes suspendues est à couper le souffle et émeut. 

De son côté, en fin de soirée et dans son théâtre-camion, le magicien Yann Frisch nous propose de réfléchir à la magie elle-même et à ce qu’elle nous fait ressentir. De la méta-magie en quelque sorte, une réflexion profonde, nourrie de références et aussi d’un humour tantôt corrosif tantôt potache. Assis à son bureau années 30, dans l’écrin de ce que pourrait être le cabinet de travail d’un magicien nous laissant pénétrer son intimité  il enchaîne les tours de cartes (et de verres de whisky japonais). De la disparition totale, à la manipulation (des objets et du public), le cartomagicien nous place devant notre paradoxe (et pas seulement celui de Georges comme le laisse entendre le titre du spectacle). Pourquoi payer une place? Venir un soir au théâtre? Nous réunir avec des inconnu-e-s pour se faire croire qu’un type devant nous accomplit des miracles? …alors que l’on sait que non. Et que justement, comme nous ne comprendrons pas, nous serons frustré-e-s et amusé-e-s, énervé-e-s et émerveillé-e-s tour à tour ou en même temps. On ressort le sourire aux lèvres devant son spectacle dont le talent (on a presque envie de parler de génie) le dispute à la générosité. 

Un chapiteau ouvert sur le quartier…et le monde.

Une grande partie des structures culturelles oeuvre à l’accueil de tous les publics. C’est un minimum sommes-nous tentés de penser tant il va de leurs missions et plus précisément du cahier des charges qui sont les leurs. Mais cela ne fonctionne  pas toujours. Ici, c’est tout le contraire. L’intégration du projet culturel et artistique mené au Mans semble être naturelle tant elle est réussie. On sait pourtant tout le travail qu’il faut pour arriver à ce genre de résultat. Toutes les enquêtes sociologiques le prouvent : il ne suffit pas d’être dans un quartier dit « politique de la ville » pour que les habitant-e-s du quartier s’en emparent. Tout comme il ne suffit pas d’avoir des prix attractifs pour remplir la salle de ces mêmes habitant-e-s. Non, loin de là. Même une porte ouverte ne suffit pas à être une invitation. Il faut inviter les gens presque individuellement,  passer une tête au marché, dans les commerces, se mettre sur le seuil de la porte, sourire, inviter encore. C’est un travail long, parfois ingrat, exigeant, épuisant. Force est de constater que toute l’équipe du Plongeoir-cité du cirque s’y est attelée avec un rare talent. La fête d’ouverture (qui se prolonge jusqu’au 20 novembre) en est la preuve. Près de 6000 personnes sont venues voir des spectacles, découvrir le lieu, s’approprier l’espace. 

Pour en savoir plus sur la naissance de ce projet de chapiteau, sa réalisation, son implantation dans le quartier, on ne saurait trop conseiller de regarder l’excellent documentaire de Bertrand Guerry Le Chapiteau à retrouver en streaming sur le site de FranceTV. On y apprend comment le projet s’est monté, sans rien cacher des questionnements voire des réticences des habitant-e-s du quartier. 

et HOP ! continue jusqu’au 20 novembre et sera suivi de l’excellente programmation de ce nouveau lieu auquel on souhaite 

crédit image : Bertrand Guerry image tirée de son documentaire Le Chapiteau 

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Thomas Cepitelli

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