Cirque
La délicate Empreinte d’un duo de clowns

La délicate Empreinte d’un duo de clowns

26 juin 2022 | PAR Thomas Cepitelli

Servane Guittier et Antoine Manveau quittent leur nez de clown mais pas leurs instruments ni leur poésie pour nous faire faire un joli tour de piste. Inoubliable. 

Il aura fallu attendre la fin de la pluie en cet après-midi estival manceau pour pouvoir assister à la toute nouvelle création de la compagnie L’attraction Céleste. Loin d’être désagréable, ce moment d’attente créé une ambiance particulière et sensible entre les spectateurs. On partage quelques minutes l’appréhension de ne pas pouvoir assister au spectacle, on se sourit pour se donner espoir. La pluie cesse de nous menacer, le spectacle peut enfin commencer.

Des clowns sans nez

Deux petits gradins en arc de cercle se font face. Les spectateurs et spectatrices sont accueilli-e-s individuellement et même nommément : donner son prénom ici équivaut à tendre son billet. Un homme et une femme nous reçoivent sur cette piste qui est chez eux. Elle est joviale, rieuse presque moqueuse, nous reçoit avec générosité. Lui, semble plus lunaire, plus triste, plus taciturne mais nous sourit lui aussi. 

De suite, s’installe ce duo si connu des pistes : l’Auguste et clown blanc. Mais ici ce n’est pas le plus drôle qui semble le plus inadapté. Les premiers moments sont drôles, enjoués, avec l’aide du public qui se prête bien volontiers au jeu mais tout bascule en un instant. Antoine n’y arrive plus, il arrête, s’assoit sur les gradins les yeux dans le vide. Il ne joue plus. Servane le regarde avec l’amour de la compagne de toujours, avec la générosité de celle qui partage les galères d’un spectacle sans le sous.  Elle s’excuse du regard, nous sourit tendrement. C’est bouleversant. On sait que c’est « pour de faux que le monsieur est triste » comme a pu le dire le jeune spectateur assis derrière moi. Oui, c’est pour de faux, mais c’est d’autant plus émouvant.

…mais pas sans poésie 

C’est un petit cirque de bric et de broc, forcément un peu croche qui nous est offert. Ici les oiseaux dressés sont faits de fer forgé. Leur forme est rudimentaire, naïve. On pense tout de suite au petit cirque de Calder. En effet, loin des formes monumentales qu’on lui connaît, il a rendu hommage au cirque en forgeant tout une animalerie, une imagerie des disciplines en les sculptant avec un fer, comme il eut fait d’un coup de crayon. L’empreinte est de la sorte, c’est un cirque « simplement » esquissé ce qui équivaut ici à dire sublimé. Cette empreinte, qui donne le titre au spectacle se réfère très précisément aux arts plastiques, est celle pratiquée par les deux artistes. L’image d’un couple qui valse qui sera suspendue à la sortie du « chapiteau ».

Comment peut-on être mené au bord des larmes parce qu’un homme debout sur un tabouret en déséquilibre, coiffé d’un entonnoir fait tourner un grande branche de bois sur celui-ci ? Comment l’oiseau de fer juché sur celle-ci peut-il nous sembler vivant ? Il faut du temps, un peu, du talent, beaucoup, de la poésie, énormément et surtout de la folie. 

Visuel © E.Veneau

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