Danse
Dans l’énergie de Via Katlehong au Festival d’Avignon

Dans l’énergie de Via Katlehong au Festival d’Avignon

17 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Festival d’Avignon invite la compagnie sud-africaine Via Katlehong Dance, pour un double programme composé de deux parties, førm Inførms chorégraphié par Marco Da Silva et Emaphakathini d’Amala Dianor.

 

Créée en 1992, la compagnie Via Katlehong Dance, menée par Buru Mohlabane et Steven Faleni, tire son nom du township éponyme dans l’East Rand. Un quartier déshérité où est née la culture contestataire pantsula. Nourrie d’une forte identité communautaire, Via Katlehong Dance poursuit une mission éducative, culturelle et sociale à l’attention des jeunes d’Afrique du Sud. Sur le papier, les collaborations avec ces deux chorégraphes dont nous aimons les danses étaient très alléchantes. Malheureusement, Marco da Silva Ferreira livre avec førm Inførms un exercice de style sans âme.

Ils et elles sont des interprètes qui se jettent dans le mouvement. Il est rapide, très rapide. Nous avons la sensation ( et cela n’est pas un reproche), de voir les écritures chorégraphiques de Tik Tok sortir de l’application pour entrer en scène. La lumière est très belle, dans des roses très pop. La danse très vite devient prévisible, elle déroule un solo, du collectif, un porté. Mais rien n’y fait. Les danseurs s’exécutent sans nous donner envie d’y croire. La déception est d’autant plus grande que le chorégraphe portugais, avec Brother en mai 2017, avait participé à révolutionner tout en profondeur, mais aussi tout en douceur, la danse contemporaine. Celui qui confiait dans l’interview donnée à Toute la culture vouloir « travailler à partir de quelque chose qu'[il] ne [voit] pas habituellement » nous donne à voir avec førm Inførms une danse de divertissement qui ne nous remplit pas.

Heureusement, la partition d’Amala Dianor est plus profonde dans le fond. Emaphakathini est un bonbon, une légèreté qui pourtant vient vraiment se nicher dans le ventre des danseurs et danseuses. Nous sommes dans une fête de village, il y a un dj qui mixe sur scène, ses platines suspendues aux cintres.

Les interprètes arrivent avec des glacières, prêts à passer un moment entre amis. Et cela marche. Ils et elles se « parlent », se transmettent leurs phrases et leurs motifs chorégraphiques. Là encore nous sommes dans l’énergie des « chorés Tik Tok ». Mais à l’inverse de la première partie, cela est plus vrai. Nous comprenons ce que veut dire ce mot « pantsula », qui est une façon de se battre par le corps, sans violence mais à 180 BPM. Une danse de tripes, une danse de désespérés qui est communicative et lumineuse.

førm Inførms (répétitions), Marco da Silva Ferreira, 2022 © John Hogg

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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