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Peter Brook, une légende du théâtre s’éteint

Peter Brook, une légende du théâtre s’éteint

04 juillet 2022 | PAR Zoe Grandjacques

Le metteur en scène britannique, considéré comme l’un des plus influents du XXe siècle, Peter Brook, nous a quitté ce samedi à 97 ans. 

Rejeter le théâtre bourgeois 

Peter Brook nait à Londres le 21 mars 1925, de parents parents immigrés juifs, originaires de Lettonie (alors part de l’Empire Russe). La culture russe et britannique, surtout Shakespeare dont il jouait Hamlet, à cinq ans, dans son théâtre de marionnettes, se mêlent tout au long de sa carrière et dans son œuvre. 

Alors qu’il rêve de cinéma et d’être réalisateur, il se dirige très tôt vers le théâtre. À seulement 17 ans, il signe sa première mise en scène. À 20 ans, il est diplômé de littérature russe à l’université d’Oxford et metteur en scène professionnel. À 22 ans, il entre dans la mythique salle shakespearienne, Stratford-upon-Avon, avec son Roméo et Juliette. Son succès est fulgurant, à 23 ans, il est nommé directeur de production à l’opéra royal de Covent Garden, mais il rejette le conformisme qu’il nomme « théâtre bourgeois » ou « théâtre mort » et se retrouve licencié après une mise en scène de Salomé, de Strauss, dans les décors surréalistes de Dali. 

Dans les années 50, il bifurque, délaisse les classiques et le conforme, il met en scène Cocteau, Sartre, Genet, Arthur Miller, Bernard Shaw. Et en 1962, son théâtre du vide s’affirme avec le Roi Lear, avec la royal Shakespeare Company, inspiré par le théâtre de la cruauté d’Arthaud. Il s’attaque à des sujets politiques avec Marat-Sade et L’instruction de Peter Weiss, puis US sur la guerre du Viet Nam, une création collective qui repose sur l’improvisation de la troupe. Il rompt avec le théâtre traditionnel. 

L’espace du vide et le théâtre partout

Cette rupture est théorisée en 1968, dans son ouvrage L’espace Vide, où il écrit : «  Je peux prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Quelqu’un traverse cet espace vide pendant que quelqu’un d’autre l’observe, et c’est suffisant pour que l’acte théâtral soit amorcé. ». En 1971, il créé son Centre international de recherche théâtrale (CIRT), lieu d’émulation entre acteurs de différentes culture et de pays.  Sa phrase écrite dans Points de suspension fait écho : « Je n’ai jamais cru en une vérité unique. Qu’il s’agisse de la mienne ou de celle des autres. Je crois que toutes les écoles, toutes les théories peuvent être utiles en un certain lieu, en un temps donné. ». 

Avec cette troupe, il traverse le monde pendant trois ans, en France, en Amérique, au Moyen Orient, il est le premier metteur en scène à s’adresser à l’Afrique et pas uniquement à l’Orient, et ils vont surtout là où le théâtre ne va traditionnellement pas, dans des endroits à l’abandon, dans des hôpitaux, dans des bidonvilles, au milieu du désert. Et à l’issue de ces expériences, il découvre le théâtre des bouffes du nord, sur le point d’être démoli. Il voit dans ce théâtre situé dans un quartier populaire de la capitale, à La Chapelle, l’occasion de synthétiser son travail de recherche de proximité avec le public et le réel. Il y joue des pièces mythiques, en ouvrant sans surprise avec Shakespeare qu’il l’a accompagné tout au long de sa carrière (Timon d’Athènes), La Cerisaie de Tchekov avec Michel Piccoli et son spectacle emblématique Le Mahabharata, une épopée hindoue de neuf heures, jouée par des comédiens des quatre coins du monde. En 2010, il passe le relai de la direction de son théâtre parisien mais continue à travailler. À 95 ans, il ouvre la saison du théâtre national populaire de Villeurbanne où il s’interroge « Pourquoi faire du théâtre ? ».

Salué comme le meilleur metteur en scène du XXe siècle par le jury espagnol du prix Princesse des Asturies, l’homme de théâtre s’éteint avec une vie antithétique à sa théorie du vide.

©Visuel : John Thaxter Travail personnel

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Zoe Grandjacques

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