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Festival de Seillans. Focus sur Dima Bawab, une jeune soprano au parcours singulier

Festival de Seillans. Focus sur Dima Bawab, une jeune soprano au parcours singulier

14 août 2019 | PAR Paul Fourier

Dima Bawab participe à plusieurs concerts de l’édition 2019 du Festival de Seillans (lire ici); c’était l’occasion de lui poser quelques questions.

 Dima, qu’est ce qui fait que vous participez au Festival de musique cordiale de Seillans ?

J’ai débuté il y a 10 ans au Festival. On montait les Noces de Figaro et j’ai été Susanna. Ça n’était pas de tout repos car, à l’époque, j’avais un concert par soir. Vous imaginez le travail que cela représente ! Dans l’édition 2019, je participe à trois concerts (dont celui auquel nous avons assisté le 11 août et où elle chantait un air de Vivaldi). J’adore cette ambiance studieuse et amicale.

 Vous avez une histoire tout à fait singulière.

En effet, je suis franco-jordanienne d’origine palestinienne. Je suis arrivée en France à l’âge de 18 ans pour ne jamais repartir. J’ai intégré le Conservatoire de Toulouse puis le CNSCMD de Paris en 2004. Au bout de trois ans, je pouvais commencer ma carrière; mon premier rôle a d’incarner Blonde de l’enlèvement au sérail de Mozart, dans un Festival en Bretagne. Puis en 2010, même si j’y avais déjà tenu un petit rôle dans l’Etoile de Chabrier en 2007, j’ai eu le bonheur de débuter à l’Opéra Comique, sous la direction de John Eliot Gardiner dans Pelléas et Mélisande (rôle de Yniold). Cette aventure nous a conduits aux BBC Proms de Londres puis en Croatie. J’ai ensuite participé à une extraordinaire expérience.

Oui, le spectacle de Peter Brook aux bouffes du Nord…

En effet, Brook a monté UNE flûte enchantée, une expérience théâtrale unique autour de l’œuvre de Mozart. Ça a été un véritable travail d’équipe avec de l’improvisation, des exercices de théâtre (dont je me sers encore aujourd’hui). Cette aventure a duré trois ans et nous l’avons présentée en Amérique du Nord (notamment au Lincoln Center Festival de New-York), au Brésil, au Paraguay, au Chili, dans beaucoup de pays d’Europe et même au Japon, en Australie, en Chine et en Russie. J’y chantais le rôle de Papagena puis, un jour de Noël, Peter Brook m’a demandé de chanter le rôle de Pamina. Ce fut un beau cadeau. En rentrant en France, il a tout de même fallu que je passe par une reformation de ma voix, un retour à la technique, tant cette expérience avait été singulière et marquée par le théâtre.

Aujourd’hui, vous faites une belle carrière dans les maisons françaises.

En effet, j’ai chanté Barberine dans la mise en scène de Caurier et Leiser des Noces de Figaro, Taumännchen dans Hansel et Gretel à l’opéra de Angers-Nantes et Sophie de Werther à l’Opéra de Lorraine avec Stéphanie d’Oustrac que je retrouverai bientôt dans Orphée et Eurydice au Festival de la Côte Saint-André. J’ai tenu mon premier premier rôle avec Suzanne dans les Saltimbanques de Louis Ganne à l’Opéra d’Avignon. C’était une belle production très marquée par le cirque. J’ai également chanté Berta du Barbier de Séville à l’Opéra de Toulon. Je vais prochainement aborder Despina (Cosi Fan Tutte) et faire un opéra contemporain à l’Opéra de Nantes. Entre tout cela, il y a évidemment des récitals. 

J’imagine que vos origines vous mènent au Proche-Orient ?

Oui, bien sûr, j’ai à cœur d’aller donner des concerts en Jordanie et en Palestine même si vous vous doutez que ça n’est pas facile alors même que j’ai un passeport français. Je travaille soit avec le Etihad Chamber Orchestra (qui n’est pour le moment qu’un orchestre de cordes), soit avec un jeune orchestre palestinien. Nous bénéficions de peu de financements mais je suis toujours très contente car nous sommes toujours superbement reçus par le public et les concerts sont toujours « sold out ». En revanche, on m’a proposé de participer à The Voice Middle East et franchement, ça n’est pas pour moi car je suis une chanteuse classique et je préfère défendre cet art. 

Merci Dima et bonne chance pour la suite.

Visuel : © Stephanie Mcgehee

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Paul Fourier

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