Théâtre
Oh les beaux jours de Samuel Beckett aux Bouffes du Nord

Oh les beaux jours de Samuel Beckett aux Bouffes du Nord

17 octobre 2021 | PAR David Rofé-Sarfati
Kathryn Hunter et Marcello Magni proposent une lecture mise en espace du texte de Samuel Beckett dans l’écrin de la salle du théâtre des Bouffes du Nord. L’immense talent des deux comédiens ne suffit pas. 

Beckett, Brooks Hunter et Magni

Le plaisir était grand et partagé de retrouver Kathryn Hunter et Marcello Magni pour une lecture à table de Oh les beaux jours de Samuel Beckett, orchestrée par Peter Brook. La voix éraillée et profonde de Kathryn Hunter et la gestuelle clownesque de Marcello Magni semblent appartenir un peu à l’univers de Beckett. 
 
La pièce raconte la fin de vie d’une femme, Winnie, qui s’enfonce dans un mamelon, sa future tombe, et qui, ensevelissement faisant, se raccroche aux petits détails de la vie du quotidien, tandis que le temps passe inexorablement.  Kathryn Hunter magnifie  le monologue triste d’une femme emportée par la vacuité de son existence et feignant de s’accrocher à une quotidienneté faussement essentielle. Winnie, le mari, veut ne rien en savoir. Beckett livre une pièce foncièrement pessimiste avec une coquetterie du réel à la Henry Miller. Le temps passe inexorablement pour Winnie et Willie. Le sens de la vie tiendrait à l’évocation des souvenirs des beaux jours. Mais tient-il vraiment? 

Winnie – Un temps – Godot

Peter Brook explique : « Après avoir monté Oh les beaux jours avec ma femme, Natasha Parry, je l’ai monté à nouveau en allemand avec Miriam Goldschmidt, et un jour où on ne pouvait pas installer le décor dans une école de théâtre, nous avons décidé de lire la pièce à la table. Ce fut une révélation. Le mari, habituellement confiné dans le bas du décor, était présent tout le temps, et trouvait sa place naturelle. Tout était limpide, clair, et très touchant. C’est cette version « à la table » de Oh les beaux jours que nous voulons faire revivre ».

Dans une monotonie quotidienne, tout devient prétexte à l’émerveillement. Kathryn Hunter et Marcello Magni livrent une lecture qui donne corps aux personnages de Beckett.  Cependant, nous quittons vite la simple lecture à la table. La pièce prend forme  avec sa mise en scène et sa scénographie. Brooks a choisi de rajouter au texte lu l’ensemble des didascalies de Beckett. Il a choisi aussi que ces didascalies soient non pas dites mais jouées, et donc accompagnées d’une intention par Marcello Magni. Il est curieux de forcer notre interprétation des silences prévus par l’auteur. Les nombreux « un temps » (on entend « attends ! » jeté par Winnie à sa femme) ajoutent un bruit de fond lassant et le spectateur est dépossédé de son imaginaire. Le geste rate sa cible.
 
 
Oh les beaux jours
De Samuel Beckett
Une lecture conçue par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne
Lumières Philippe Vialatte
Eléments scéniques réalisés par Oria Puppo

Avec Kathryn Hunter et Marcello Magni

Crédit Photo ©Pascal Gelly
Danse « Delhi » de Ivan Viripaev, mise en scène tout en intensité par Gaëlle Hermant
Girly/Ungirly – The playlist
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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