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Marie-Claire Blais : l’écriture vitale

Marie-Claire Blais : l’écriture vitale

07 décembre 2021 | PAR Clémence Duhazé

Marie-Claire Blais s’est éteinte le 30 novembre dernier, à l’âge de 82 ans. L’autrice avait à cœur de porter la voix des âmes marginales de la société.

Marie-Claire Blais a grandi dans un milieu modeste, à Québec, ce qui l’a poussée à travailler pour subvenir à ses besoins. Elle a du abandonner temporairement l’écriture pour cette raison ; ce qui a été une souffrance, tout comme une « expérience de la vie« . Elle l’évoque lors d’une interview pour l’émission Le sel de la semaine en 1967 : « ce que l’on veut c’est écrire« , dit-elle en dépeignant le travail de l’écrivain. 

Elle est finalement repérée par Edmund Wilson, ce qui lui permet d’obtenir deux bourses Guggenheim et de s’installer aux Etats-Unis. Un peu plus tard, elle publie son roman Une saison dans la vie d’Emmanuel, en 1965, grâce à Jacques Hébert qui souhaite l’éditer. « Il est responsable de tout ce qui est arrivé de meilleur« , évoque à son propos l’écrivaine lors d’un entretien pour Radio-Canada en 2005. En 1966, le livre remporte le Prix Médicis. Marie-Claire Blais ne s’arrête plus d’écrire après cela. 

Le symbole de l’écriture

Elle entame alors le cycle Soifs, composé de 10 romans ! C’est l’une des œuvres les plus ambitieuses de la littérature québécoise. Le dernier livre, publié en 2018, se nomme Une réunion près de la mer. L’écriture entière de ce cycle est très particulière : composée de longues phrases avec peu de ponctuation. Elle explique auprès de Radio-Canada qu’ « une fois qu’on est rentré dans la phrase, on doit se laisser emporter, charmer et envoûter« . Elle ajoute que ce style unique est aussi un reflet de la société actuelle, où tout est rapide et agité. Les mots sont alors l’image de nos pensées qui filent et sautent d’une idée à une autre.

Elle a aussi écrit pour le théâtre, notamment L’Exécution, sa première pièce, qui est aussi la plus célèbre. La Nef des sorcières, pièce féministe, a également connu un grand succès dans les années 1970. Son œuvre est donc variée, aussi empreinte de poésie, ce qui l’avait toujours attirée. Elle aborde cependant des thèmes sombres, créant des personnages parfois en marge de la société. Pour elle, cela tient de l’évidence : « étant écrivain, c’est notre premier devoir : d’avoir l’âme ouverte à tout et de tout comprendre« . Elle a également pour habitude de transmettre sa passion de l’écriture. C’est le père Georges-Henri Lévesque qui l’a poussée, elle, à écrire et à publier son premier roman : La Belle Bête (1959). A son tour, lors de ses visites dans des universités ou collèges, elle encourage les élèves à ne pas abandonner l’écriture et à oser publier leur premier roman. « Je leur dis de continuer« , livre-t-elle. Puis elle se rappelle qu’elle aussi devait continuer : « c’était plus fort que tout« . 

 

Visuel : Marie-Claire Blais au Salon du livre de Montréal, en 2010 © Asclepias – CC BY-SA 3.0 – Wikipédia 

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Clémence Duhazé

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