Actu
Le spectacle Oscillations est un « projet en multi-dimension : musicale et littéraire »

Le spectacle Oscillations est un « projet en multi-dimension : musicale et littéraire »

27 juin 2022 | PAR La Rédaction

Le compositeur Olivier Delevingne présente son spectacle Oscillations, un récital littéraire musicale acousmatique, d’après le roman Les Lumières de Granite de Côme Martin-Karl, le 6 juillet au Bal Blomet.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Olivier Delevingne je suis compositeur de musique. Mon métier est d’écrire la musique, de la mettre en forme pour qu’elle soit audible. Je suis également producteur, c’est-à-dire, que je mets moi-même les moyens pour que ces musiques puissent exister et puissent être diffusées vers le public. C’est une des réalités et des grandes évolutions de ces 15 dernières années où les artistes ne sont plus que les interprètes, ils sont parfois auteur de leur musique et ils sont aussi les artisans de la mise en œuvre pour la faire exister.

Vous avez fait beaucoup de choses différentes, de la musique pour enfants de la musique pour la télévision, publicité, documentaire puis vous vous êtes tourné vers la lutherie électronique. Pouvez-vous préciser ce qu’est la lutherie électronique ?

Tout ça ce sont des moyens parce que la musique pour enfants, pour la télévision pour des films sont des utilisations de la musique. Mais au départ ça reste de la musique, et pour pouvoir arriver à accéder à la musique il faut, dans mon cas, pouvoir la jouer. Si tous les musiciens savent jouer d’un instrument, tous ne savent pas forcément écrire la musique. Alors qu’en revanche tous ceux qui l’écrivent jouent d’un instrument. L’écriture de la musique ne permet finalement que de pouvoir transmettre aux autres la possibilité de la rejouer. Surtout à une époque ancestrale où la musique n’était pas fixée sur un support sur un vinyle, un cd, un stream et de nouveau maintenant un vinyle. Les instruments qu’on a à notre disposition pour que la musique soit jouée sont multiples. De mon côté, je m’intéresse depuis très longtemps maintenant, car j’ai commencé à faire de la musique il y a très longtemps, à tous les instruments de musique électroniques donc cette lutherie dite électronique. Et ce sont les instruments qui influencent la musique. Quand Jean-Sébastien Bach doit composer pour l’orgue dans une église il sait qu’il doit plutôt composer une musique avec des notes longues parce qu’il sait que ça va résonner dans l’Église. Mozart lui va plutôt faire des petites choses nerveuses car sa musique sera jouée dans un salon où les robes et le mobilier vont absorber les notes, il y aura peu de résonance. Et ce que permettent les instruments de cette nouvelle lutherie électronique c’est de modifier le rapport à la musique et la manière dont on va la composer.

Vous travaillez beaucoup avec le modulaire, qui est un instrument des plus communs. Comment on apprend à jouer du modulaire ? Comment joue-t-on d’un tel instrument ?

Quand vous pensez au synthétiseur modulaire, il faut penser plutôt au train électrique : donc les rails je les assemble pour faire un chemin puis je mets les wagons sur les rails puis je fais un train. Le modulaire c’est ça, avoir tous les éléments d’un synthétiseur sous forme complètement éclatée, sans que ce soit rassembler dans un même instrument.  Là on l’a en version multiple et il faut soit même créer le câblage de cet instrument pour pouvoir obtenir des sons. La notion de jouer du modulaire est à deux niveaux, la première c’est la création d’un son ou d’un timbre et ensuite ce qu’on choisit de faire avec ce son. Et c’est là évidemment où ça se complique puisqu’en fait on n’est jamais réellement sur du résultat qu’on va obtenir.

Vous allez présenter le 6 juillet votre récital littéraire musical Oscillations, pouvez-vous nous parler de la genèse du projet ?

L’idée phare que j’avais en redéployant ma carrière autour de l’utilisation de ces nouveaux instruments et, donc d’une nouvelle musique, est inspirée des recherches de grands chercheurs de la musique contemporaine, notamment dans l’électronique, je pense au français Pierre Henry, mais également à Iannis Xenakis dont on fête le centième anniversaire de la naissance cette année avec une exposition remarquable à la Cité de la Musique. Les contemporains de cette recherche musicale avaient dès le départ envisagé que la musique puisse être associé à d’autres formes d’expression, d’autres formes d’arts. Pierre Henry très connu, notamment, pour sa collaboration avec Maurice Béjart. Xenakis qui était également architecte avait pensé à comment agencer les notes de musique dans la partition et donner une dimension architecturale à la musique en plaçant l’orchestre d’une façon non-conventionnelle pour que le spectateur puisse entendre la musique d’une façon non-conventionnelle. L’idée que j’ai reprise à mon compte est celle disant qu’on peut mélanger d’autres formes d’expression avec cette musique qui est elle-même hors code, et le premier choix s’est porté sur la littérature. Mélanger musique et littérature, je n’ai rien inventé Claude Debussy l’a fait bien avant moi.

Pourquoi avoir choisi ce texte de Côme Martin-Karl ?

C’est une rencontre avec la maison d’édition Malo Quirvane qui édite ce roman. À la lecture de plusieurs œuvres de la maison j’ai trouvé celui-là absolument formidable notamment pour le sujet qui est étrange. D’avoir un roman qui parle de lumière, auquel je pourrais associer des ondes sonores. La lumière étant également une onde cela m’est apparu intéressant à tenter. Et surtout, je voulais rester sur un créateur contemporain, puisqu’il y a beaucoup de musique associée à des œuvres du répertoire. Et là c’était vraiment l’idée de faire cohabiter deux œuvres contemporaines.

Vous l’avez rencontré ?

Bien sûr, plusieurs fois. On a travaillé sur le texte, je lui ai même demandé quelques modifications pour pouvoir s’adapter au format récital et à ce qu’on allait proposer. C’est une tradition dans la littérature d’adapter l’œuvre pour la diffuser puisqu’au départ le livre est fait pour être lu et ici nous allons faire en sorte qu’il soit entendu.

Quel est le processus de création pour Oscillations ?

Au départ, j’ai essayé de trouver des sonorités, donc de fabriquer des sons à partir du système modulaire qui pourraient correspondre à ce que m’évoquais l’atmosphère du roman, des personnages et de sa dramaturgie. Et comme on est dans ce format de récital musical et littéraire où je dis, je lis et je parle le texte en même temps que j’en fais la musique, j’ai retrouvé mes réflexes de compositeur à l’image en m’appuyant sur les temps forts, les temps faibles, pour pouvoir habiller un peu tout le roman. Mais on n’a pas d’image, donc il faut faire uniquement avec le son. On est plus dans un format de livre-disque et là, je me sous souvenu des centaines de livres disques jeunesses auxquels j’ai pu collaborer. Ce qui est facile, c’est que c’est un roman avec un histoire qui se déroule donc c’est mon fil conducteur. À partir de là, j’ai essayé de concevoir des tableaux sonores et d’alterner, pour ne pas lasser le spectateur, avec différentes atmosphères, différents climats musicaux. Et surtout, l’idée autour de ça c’est de mettre une 3e dimension. On ne va pas se contenter d’avoir la musique et le texte mais l’ensemble est proposé dans une spatialisation. Donc un son totalement immersif. Et l’idée est que le spectateur se retrouve au milieu d’une diffusion sonore, il est donc à la fois au centre de l’action, il se retrouve à la fois tantôt dans une attitude diégétique, tantôt extra-diégétique et participe au spectacle. Pour qu’il y ait une dimension encore plus surprenante, le synthétiseur génère aléatoirement des notes. Il y a donc des parties musicales au milieu du récital sur lesquelles je n’ai que très peu de contrôle. Les notes sont générées par le modulaire et je devrais m’y adapter le mieux possible. Ce qui fait que ce spectacle on peut le voir plusieurs fois, il ne sera jamais vraiment pareil. Comme beaucoup de spectacles me direz-vous, mais c’est particulièrement tangible dans ce cas précis.

Le fait que ce soit une expérience immersive, ça a été un choix dès le début ou avez-vous imaginé une version non-immersive ?

L’immersif on le met un petit peu à toutes les sauces. Je préférerais dire que le son est spatialisé ou qu’il surround. Immersif tout le monde le comprend, j’avais même inventé le barbarisme « immertionel » qui me semblait plus correspondre à la réalité. On est sur un projet en multi-dimension : musicale et littéraire. Il était dommage de ne pas faire ça aussi avec le son. Et ce que je ne voulais surtout pas faire, c’était un son spatialisé après coup, mais plutôt concevoir dès le départ la musique comme étant diffusée sur quatre sources. Il y avait même l’idée au départ de me positionner au milieu du public. Mais c’est difficile de trouver une configuration de salle comme ça. Mais bien sûr, il pourrait y avoir une version non immersive, non « immertionelle », mais ce serait un autre projet.

Vous étiez au SynthFest de Nantes en avril dernier, vous y avez présenté Oscillations ?

Le SynthFest a été l’occasion de tester quelques passages d’Oscillations, musicaux, sans le texte. Il y a eu la possibilité d’utiliser un système développé par un luthier français qui s’appelle « La voix du luthier », qui fabrique des résonateurs en bois. Dont un s’appelle l’onde, donc le sujet était parfaitement choisi, on a placé ces résonateurs tout autour du public et j’ai pu tester quelques ambiances musicales du projet, pour voir comment s’était perçu et pour valider quelques choix artistiques.

Quels sont vos projets après le 6 juillet ?

Il faudrait que cette oscillation continue à osciller un peu partout. J’aimerais pour ce spectacle le destiner à être jouer dans des tiers lieux, pas nécessairement des lieux fait pour ça. Mais plutôt des lieux adaptés à l’idée du projet, par exemple, au Conservatoire des Arts et Métiers au milieu de toute la machinerie car le modulaire se trouvait tout à fait à son aise. Le jouer dans des espaces, comme peuvent être les abbayes, qui permettent en plus d’utiliser le lieu comme un résonateur, comme un des instruments de musiques du spectacle. Tous les lieux seront les bienvenus. Et évidemment, puisque cette histoire se passe dans les Monts d’Arrée en Bretagne, une grande tournée bretonne s’impose avec certainement un final sur le site des alignements de Carnac.

Informations pratiques :

Le 6 Juillet à 20h au Bal Blomet, 33 rue Blomet, 75015 – Durée estimée 55 minutes

Pour réserver, c’est par ici.

Visuels : © D.R

Anne Paceo entraîne son public dans des ambiances S.H.A.M.A.N.E.S à la Cigale
Remise en cause du maître au musée Picasso ?
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture