Opéra
La trilogie Mozart / Da Ponte à l’Opéra National de Bordeaux : Cosi fan tutte, épisode 3/3

La trilogie Mozart / Da Ponte à l’Opéra National de Bordeaux : Cosi fan tutte, épisode 3/3

27 mai 2022 | PAR Hélène Biard

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) a composé vingt-six opéras dans sa courte vie ; et dans ce corpus opératique non négligeable, trois d’entre eux ont le même librettiste : le poète Lorenzo Da Ponte (1749-1838). C’est cette trilogie que l’Opéra National de Bordeaux a décidé de présenter à son public, venu en nombre, en ce chaud mois de mai. Les trois opéras sont mis en scène par Ivan Alexandre et dirigés par Marc Minkowski.

Dernier opéra de la trilogie Mozart / Da Ponte, Cosi fan tutte a été composé en 1789 et créé en janvier 1790 à Vienne. Dans cette production, qui finalise le projet grandiose de la maison bordelaise, nous retrouvons Alexandre Duhamel (Don Giovanni / Don Alfonso), Robert Gleadow (Figaro / Leporello / Guglielmo), Ana Maria Labin (la comtesse des Noces de Figaro qui incarne ici Fiordiligi) et Angela Brower (susanna / Dorabella dans Cosi). Le chœur de l’Opéra de Bordeaux, également présent est installé dans les loges de côté d’où il chante avec vue directe sur la fosse d’orchestre.

Une mise en scène hilarante

Ivan Alexandre s’est laissé aller sur cette dernière production au point de laisser une marge d’improvisation plus large à ses artistes. Ainsi, ce sont des séquences d’une ou deux minutes qui ne manque pas de faire réagir un public amusé par le sens de l’humour aigu d’Alexandre Duhamel que nous retrouvons avec plaisir en Don Alfonso. En ce qui concerne les décors, ce sont les rideaux qui changent, encore, pour cette production de Cosi, que Alexandre et Fontaine ont voulu légère et enlevée, après le glaçant Don Giovanni de la veille.

Un orchestre et un chœur au top malgré des tempos très inégaux

L’orchestre et le chœur de l’Opéra National de Bordeaux répondent présents une fois de plus pour ce Cosi exceptionnel. Nous regrettons cependant que Marc Minkowski, pourtant attentif à ses artistes, adopte des tempi excessivement rapides pour les passages choraux militaires au « départ » et au « retour » de Guglielmo et de Ferrando. C’est d’autant plus incompréhensible que la situation n’a aucune urgence particulière. Il est aussi dommage que le chef n’ait pas profité de cette occasion pour introduire les airs alternatifs de Guglielmo et de Ferrando très peu donnés et pourtant si beaux, comme Mozart savait si bien les composer.

Une distribution au rendez-vous malgré une certaine fatigue

Sur les six solistes invités pour Cosi fan tutte, on notera la présence de deux « nouvelles têtes ». En l’occurrence, il s’agit du ténor anglais James Ley qui incarne un Ferrando de haute volée ; la voix claque dans la salle avec l’insolence de la fraîcheur et les deux airs du personnage sont interprétés sans faiblesse.
La Despina de Miriam Albano, la seconde « nouvelle » de la soirée séduit le public par sa gouaille ravageuse ; la jeune femme campe une soubrette avec du répondant, mais finalement fort naïve. Cela étant dit, les deux arias de la jeune femme sont interprétés avec panache.
Nous retrouvons avec plaisir Alexandre Duhamel dans le rôle de Don Alfonso. Visiblement éprouvé par la représentation de la veille, où il chantait le rôle-titre, Duhamel n’en donne pas moins une très belle lecture du personnage cynique et désabusé qu’est Alfonso.
Ana Maria Labin, terne comtesse des Noces de Figaro, est nettement plus convaincante en Fiordiligi. Elle campe une jeune certes très amoureuse, mais naïve à souhait et donc facile à duper. Si les deux arias qui sont dévolus à Fiordiligi sont chantés avec une belle autorité, le duo avec Ferrando au second acte est de toute beauté et le « mariage » des deux voix fait mouche immédiatement.
Angela Brower, très belle Susanna des Noces de Figaro, change de registre et incarne une Dorabella charmante et pleine de vie qui ne fait qu’une bouchée de ses deux arias.
Robert Gleadow, qui, en artilleur de talent, est présent dans les trois opéras (Figaro, Leporello, Guglielmo) incarne un Guglielmo de très belle tenue ; autoritaire, aussi bien dans ses deux arias que dans les ensembles il ne semble pas ressentir la fatigue d’un tel marathon. Fou amoureux de sa belle, il est aussi naïf qu’elle, mais déterminé à aller jusqu’au bout de son pari avec Don Alfonso.

Si la fatigue se fait sentir après cette dernière première, l’ensemble des artistes donne une performance d’un très haut niveau. On ne peut que saluer l’initiative de l’Opéra National de Bordeaux qui a invité des artistes jeunes et talentueux qui font honneur aussi bien à Mozart qu’à la salle qui leur a permis de se mettre en valeur avec talent. Et le public ne s’y est pas trompé en réservant un accueil triomphal aux artistes présents sur le plateau et dans la fosse.

Visuels : © Éric Bouloumié

À l’Opéra National de Bordeaux jusqu’au 6 juin.

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