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La révolution Xenakis : Une exposition à la Cité de la Musique.

La révolution Xenakis : Une exposition à la Cité de la Musique.

08 mars 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

La Philharmonie de Paris présente au musée de la Cité de la musique, du 10 février au 26 Juin 2022, une exposition consacrée au compositeur et architecte Iannis Xenakis.

Un inventeur de génie

Pour commémorer le centenaire de sa naissance, la cité de la musique rend hommage au compositeur Iannis Xenakis. Architecte, ingénieur, mathématicien, compositeur : ses talents sont vraiment multiples ! Il a été le pionnier de la musique électro acoustique et de l’informatique musicale. Sept ans après celle consacrée à Pierre Boulez, cette exposition vise aussi à promouvoir la musique et la création contemporaines. Les deux commissaires sont Thierry Manniguet, conservateur au musée de la musique et Makhi Xenakis, dessinatrice, sculptrice et fille du compositeur.

Le mariage de la musique et de l’architecture

Le visiteur pénètre d’emblée dans un monde surprenant. Le visuel s’allie au son, la musique jaillit des dessins, des chiffres et des croquis, elle est intimement liée à l’architecture. L’exposition est un parcours comportant six tableaux thématiques. Elle débute par quelques photos de famille et de son pensionnat dans l’Ile grecque de Spetses. Iannis Xenakis est né en 1922 à Braila dans une communauté grecque de Roumanie. Sa mère meurt alors qu’il avait 5 ans et il fera ses études en Grèce. Résistant pendant la guerre, il sera grièvement blessé en 1945 puis exilé politique en France à partir de 1947. Le pavillon Philips a été construit par Xenakis et Le Corbusier pour l’exposition universelle de Bruxelles de 1958. On peut en admirer l’élégante silhouette tout en écoutant Metastasis et son « glissando ». C’est la première œuvre écrite, en 1954, selon des règles et des procédures mathématiques qui seront reprises pour la construction du pavillon Philips. Un croquis à main levée, montre le lien entre ces deux œuvres. L’ « alliage » entre musique et architecture est aussi illustré par le dessin de la façade du couvent de la Tourette. Cette façade représente les touches et le rythme qui sont aussi ceux de la partition graphique de Pithoprakta. Le visiteur pourra aussi admirer les photographies et dessins des« Polytopes » de Montréal, du Mexique et de Cluny.

Le compositeur et le dessinateur

Brusque interruption, la lumière décline, la musique de la légende d’Eer retentit. Les flashs de lumière venus du plafond sont rythmés par la musique qui est très fluide comme un liquide qui s’écoule. Le visiteur est immergé dans le spectacle audio visuel. Etrange, impressionnant. Xenakis a travaillé « l’espace temps », la diffusion spatiale du temps et du son. Il demandait aux musiciens de se déplacer ou aux auditeurs de s’asseoir au sein de l’orchestre. Les très beaux schémas dictant la disposition de l’orchestre sont exposés pour l’interprétation de Terrotektorh ou de Persephassa. Le dessin enfin. Les dessins de Xenakis sont de véritables œuvres d’art comme les célèbres courbes graphiques de Metastasis, l’arborescence d’Erythron, le diatope de Beaubourg.
Retour à l’intimité du compositeur, avec les lettres à Olivier Messian dont il était très proche, ces carnets de notes, la reconstitution de son bureau.
L’exposition est complétée par trois projections : celle de la construction du pavillon Philips avec la musique du « Poème électronique », le ballet de Kraaney chorégraphié en 1969 pour Roland Petit et Persephassa. Persephassa est une œuvre pour percussions, jouée en plein air à Persépolis en 1969. Une musique envoûtante accompagnée par l’ombre des guerriers perses et des danseuses. Superbe. L’exposition se termine par une splendide maquette du pavillon Philips et par la projection sur écran de la partition de Metastasis, les deux œuvres les plus célèbres de Xenakis
Fondateur de l’art numérique, Xenakis est l’auteur d’une œuvre considérée encore maintenant comme révolutionnaire. Sa musique peut surprendre, désorienter l’auditeur mais elle est aussi émouvante, sensible. On a ainsi parlé « du Mystère Xenakis ». L’exposition à la cité de la Musique permet de découvrir ou redécouvrir son œuvre musicale mais aussi ses talents d’architecte et de dessinateur. Une pratique multidisciplinaire, totalisante de l’art qui est très impressionnante. Une exposition qui mérite d’être visitée pour explorer la musique de la deuxième moitié du 20ème siècle.

NB : Visuel : La partition de Metastasis

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Jean-Marie Chamouard

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