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Incendie de la cathédrale de Nantes : entre restauration et adieu à notre patrimoine parti en fumée

Incendie de la cathédrale de Nantes : entre restauration et adieu à notre patrimoine parti en fumée

20 juillet 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Samedi 18 juillet au matin, les flammes faisaient rage dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes. Après les nombreux débats suscités par la reconstruction de Notre-Dame de Paris et alors que l’on constate tout juste les dégâts, la question de sa restauration se pose déjà.

Deux jours après l’incendie, les experts sont à pieds d’œuvre pour tenter de déterminer l’origine du sinistre et déjà, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui va pouvoir être sauvé, restauré et reconstruit dans cette cathédrale gothique située au cœur de Nantes. D’après les premiers constats, le bâtiment dans son ensemble ne parait pas tellement endommagé, notamment grâce aux rénovations récentes dues à l’incendie de janvier 1972 qui a entraîné la reconstruction totale de la toiture en armature béton. Ce n’est donc pas la première fois que l’édifice est touché par les flammes, mais cette fois-ci, nous pouvons nous rassurer, les dégâts sont nettement moins importants. Et même si la comparaison avec l’incendie de Notre-Dame en avril 2019 est évidente, les deux incidents ne sont pas comparables.

Des bijoux historiques perdus

Construite entre 1434 et 1891, la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes est classée monument historique depuis 1862 et a porté l’histoire de sa région depuis Anne de Bretagne jusqu’aux bombardements de Nantes en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale. On peut en effet y admirer les tombeaux du duc François II de Bretagne et de son épouse Marguerite de Foix, les parents de l’ancienne Reine de France, réalisés au début du XVIe siècle et considérés comme de véritables chefs-d’œuvre de la sculpture française. Ceux-ci sont miraculeusement restés intacts. Autre contribution d’Anne de Bretagne à la cathédrale de Nantes, une immense rosace en vitrail située entre les deux tours sur la façade de l’édifice. Celle-ci a littéralement explosé dans l’incendie. Perte inestimable, il ne reste donc rien de ces magnifiques vitraux, les seuls qui étaient encore d’origine. Si certains espèrent retrouver quelques morceaux dans les débris, il sera quasiment impossible de refaire la rosace à l’identique selon Jean-Pierre Beaussier, délégué régional de la Fondation du patrimoine dans les Pays-de-la-Loire 

Autre joyau parti en fumée, le tableau d’Hippolyte Flandrin, grand peintre religieux du XIXe siècle originaire de Lyon, Saint-Clair guérissant les aveugles. La toile monumentale se trouvait à coté d’une armoire électrique qui a complètement brûlé. Élève favori d’Ingres, il remporte le grand prix de Rome en 1832, lui ouvrant les portes de la prestigieuse villa Medicis pendant 6 ans, où il peindra ce magnifique tableau détruit par le feu. Il fera l’objet d’une exposition aux cotés de ses frères, eux aussi peintres, au musée des beaux-arts de Lyon en 2021, qui s’appuiera principalement sur le processus de création artistique des frères Flandrin. 

Mais le véritable bijou de cette cathédrale, c’est le grand orgue, qui a été, lui, entièrement détruit par les flammes. Vieux de 400 ans, il avait résisté à la Révolution, aux guerres et à l’incendie dévastateur de 1972. Plusieurs fois restaurés, il n’a pour autant par résisté et la plateforme sur laquelle il se situe est très instable et menace de s’effondrer. Sur les premières images de l’intérieur du bâtiment, l’orgue n’est même plus visible, les tuyaux et le coffre en bois de chêne sculpté datant de l’Ancien Régime, sont vraisemblablement en cendres. « C’était un très beau monument », « un orgue baroque du XVIIe siècle, très ancien », souligne auprès de l’AFP Paul Chopelin, maître de conférence en histoire moderne à Lyon et membre du CTHS (Comité des travaux historiques et scientifiques). Avec ses 6 500 tuyaux et ses quatre claviers, il permettait de jouer un large répertoire, du XVIIe siècle à la musique contemporaine. 

Financer un nouvel orgue va coûter très cher et cinq années de construction. D’après Michel Bourcier, organiste de la cathédrale de Nantes, le nouveau projet se fera en concertation entre l’État, les musiciens locaux et le clergé. Un expert devrait être mandaté par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) afin de faire des propositions autant techniques qu’artistiques. La question qui se pose désormais est celle de la reconstruction à l’identique ou non. « Je pense que l’on pourrait repartir sur non pas une reconstruction à l’identique, mais sur un projet similaire » indique Michel Boursier, « Un projet qui se souvient de ce qu’a été l’orgue, un grand orgue de nature française et qu’il soit ouvert à la modernité ». Jean-Pierre Beaussier, lui, souligne que « le facteur d’orgue qui a fait la dernière restauration a fait des relevés sur cet orgue » et « connaît l’orgue dans les moindres détails ». Grâce à ces « relevés précis », « cela va être possible de restituer l’orgue tel qu’il était avant cet incendie ». Si le grand orgue et son buffet sont reconstruit à l’identique, le budget est déjà estimé entre 5 et 10 millions d’euros. 

Et avec quel argent ?

Concernant le financement, Bruno Le Maire, ministre de l’économie, a d’ores et déjà annoncé ce matin sur BFM TV que « l’État prendra à sa charge la restauration de la cathédrale de Nantes ». « C’est une obligation pour l’État parce que c’est sa propriété, c’est une obligation parce que c’est notre culture, donc nous répondrons présents » a-t-il ajouté. L’État est propriétaire de plus de 80 cathédrales en France. Le ministère de la Culture finance tous les travaux d’entretien, de réparation et de restauration des cathédrales, « dans la limite des dispositions de la loi de 1905 relative à la séparation des Eglises et de l’Etat », souligne le site du ministère de la Culture. 

En parallèle, la Fondation du patrimoine, en partenariat avec le ministère de la Culture, a lancé dès samedi après-midi une collecte de fonds qui a permis de réunir déjà presque 30 000 euros pour financer la rénovation de la cathédrale. Les dons se font sur le site de la Fondation

En attendant que des décisions soient prises, l’association des amis de l’orgue de Nantes et de Loire-Atlantique, dont la centaine d’adhérents s’occupent de faire la promotion du patrimoine des orgues en Loire-Atlantique, souhaite organiser un concert à l’automne afin de récolter des fonds. Le lieu et la date restent à déterminer.  

 

Visuel : © Nicolas Raymond

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One thought on “Incendie de la cathédrale de Nantes : entre restauration et adieu à notre patrimoine parti en fumée”

Commentaire(s)

  • ciossa

    très bel article; on comprend tout desuite les difficultées pour la restauration.

    juillet 21, 2020 at 14 h 37 min

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